Blair Pethel, du journalisme politique aux vignes de la Côte de Beaune

Quitter vingt-cinq ans de journalisme politique et son cocon sur les hauteurs de Washington pour faire du vin en Bourgogne. Tel était le destin de Blair Pethel, qui a embarqué en 2003 femme et enfants pour une vie vineuse à Savigny-lès-Beaune. Portrait.

© Michel Joly

Par Michel Giraud
Pour Dijon-Beaune Mag #66
Photos : Michel Joly 

ll se souvient de sa première vinification comme si c’était hier. L’aboutissement d’un rêve. Ouste ! Derrière lui ses années de journaliste, notamment comme correspondant politique à Londres. Finis, les reportages économiques sur l’Amérique de Clinton. À l’horizon, les vignes de Bourgogne. Ces vignes dont il était tombé éperdument amoureux dans les années 80 et pour lesquelles il a fini par tout plaquer. Ses modèles ? Patrice Rion à Premeaux-Prissey ou Jean-Marc Pillot à Chassagne-Montrachet, aux côtés desquels il a fait ses armes : « Lorsque j’ai décidé de venir en Bourgogne, je m’imaginais être « wine maker » ! L’homme qui fait le vin, dans sa cave. Jamais, je n’aurais imaginé devenir agriculteur, homme de terre. Je ne savais pas que je passerais 80 % de mon temps sur le tracteur, dans les vignes », raconte, un brin nostalgique, celui qui n’avait, à l’évidence, « pas perçu toutes les subtilités du métier. » Blair fut pourtant plus sensible aux règles du terroir bourguignon qu’il ne le dit : « J’ai compris très vite que sans bon raisin il n’est pas de bon vin et que la connaissance de sa terre et de ses vignes est indispensable au vigneron. »

Domaine du Blair !

Le Domaine Dublère (du Blair !), ainsi nommé en clin d’œil à ces Bourguignons qui l’ont accueilli (et sans doute aussi pour faciliter ledit accueil d’un « Ricain » sur notre sol sacro-saint…), représente 9 hectares de vignes, un tiers en propriété, un autre  en location, et un dernier en achat de raisins que Blair vinifie lui-même. Pas moins de 19 appellations sont représentées (9 en rouges, 10 en blancs, jusqu’à Chablis). N’allez pas chercher dans son travail une quelconque influence américaine. Si Blair est « allé voir ce qu’il se faisait aux États-Unis, notamment en Californie », il n’a jamais trouvé de vin qu’il aimait. « C’est ici, en Bourgogne, que j’ai trouvé les plus beaux équilibres, des vins qui se marient avec la cuisine. C’est ça la base de mon travail, faire des vins que l’on déguste à table, qui s’associent avec la gastronomie ».

Aujourd’hui, Blair valorise l’héritage d’une formation solide, menée à la Viti de Beaune et validée dans quelques belles maisons de la Côte. Quatorze ans après son arrivée à Savigny-lès-Beaune, l’homme savoure. Tout n’a pas été rose bien sûr, mais la fierté est là : « J’ai le sentiment que mes amis bourguignons m’ont adopté. Ils voient que c’est moi qui fait le travail, qui transpire, qui monte sur le tracteur… Je pense qu’ils ont apprécié le geste. »

Ce grand gaillard n’a rien du cliché de l’Américain et du vin : il le fait lui-même, les pieds dans les rangs et la tête dans les ceps.

Actuellement, 98 % des vins du domaine Dublère sont écoulés à l’export, le reste étant destiné à la restauration française, du haut de gamme, souvent estampillé Michelin : « Nous commercialisons dans une vingtaine de pays. Longtemps, l’Asie et la Grande Bretagne ont été des marchés porteurs pour nous. Depuis deux ans, les États-Unis ont pris le relais. » Sympa, le clin d’œil. Justement, Blair traversera l’Atlantique en octobre. Une  première depuis longtemps, pour une « tournée marketing », comme il dit. Avant cela, il y aura eu les vendanges, et l’espoir d’une récolte 2017 de belle lignée : « Pour l’instant, tout se présente bien, mais ce serait mieux si le temps s’améliorait (ndlr, l’interview a été réalisée fin juillet, au cœur d’une semaine fraiche et maussade). Il y a des foyers de pourritures par endroit, il nous faudrait un beau temps sec avec du vent du nord ! », détaille-t-il, en spécialiste. Au bout du compte, « c’est la chose la plus importante que j’ai apprise depuis que j’ai épousé ce métier de vigneron : je ne fais pas la pluie et le beau temps ! »


Les bons accords de Blair

© Michel Joly

Les accords ! Lors des premiers contacts avec cette bonne vieille langue française, ils sont parfois source de maux de tête pour les anglophones. Blair Pethel n’a pas ce souci, puisqu’il maîtrise les accords mets-vins autant qu’il respecte Molière. Voici les siens, sur la base des divins breuvages qu’il produit : « Je me souviens d’une invitation dans un club londonien pour une opération de promotion des vins de Bourgogne. J’avais participé à un diner-dégustation avec des clients privés. Mon nuits-st-georges 1er Cru Les Terres Blanches avait été servi avec des Saint-Jacques poêlées sur un lit de topinambours. Le mariage des sensations était génial. Depuis, je cherche à retrouver cet justesse de l’accord, mais je n’y arrive pas ! Sinon, j’aime aussi les côtelettes d’agneau, simplement cuisinées, pour accompagner mon volnay 1er Cru Taillepieds. Pour une côte de bœuf, ce sera un nuits-st-georges 1er Cru Aux Bousselots, un rouge dont les arômes se diversifient avec le temps, allant vers de fines senteurs balsamiques et réglissées. » Miam !

Et les plats de chez nous, dans tout ça ? Blair le concède : « Je ne cuisine pas très bourguignon, en fait. J’aimerais m’essayer aux œufs en meurette, mais je n’en ai jamais eu l’occasion. En tout cas, j’aime les choses simples, comme déguster mon chablis Grand Cru Valmur avec des huîtres… que c’est bon ! »

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