Laurent Rivière est un écrivain nivernais, spécialisé dans le polar. © Rui Lourenco

Enfant de la balle des cités ouvrières de Varennes-Vauzelles (Nièvre), Laurent Rivière a passé le confinement dans ce cadre où tout évoque la résistance. Une raison de plus pour cet écrivain de polars d’y situer l’intrigue de son prochain livre…

Propos recueillis par Antoine Gavory

Ce confinement a t-il été une source de travail, de doutes, de questionnements ?
J’ai la chance que mon lieu de confinement soit au cœur de mon prochain polar. Après Bibracte, les Tambours du Bronx et la Loire, j’ai placé mon flic, Bostik, au cœur d’une enquête dans la cité-jardin de Vauzelles qui fête son centenaire en 2020. Donc, quand je vais courir dans ces rues, le soir, c’est un peu comme si je poursuivais le travail d’écriture de la journée. 

Avez-vous redécouvert des auteurs, dramaturges, musiciens, films ?
J’ai du mal à absorber de nouvelles lectures quand j’écris, alors j’ai seulement fini le bon roman noir d’un pote, Air Bag de Jim Roudier, et j’ai relu les romans de James Sallis auquel je veux rendre hommage dans mon prochain polar. Et j’ai aussi podcasté beaucoup d’émissions d’histoire de France Culture

« Cette crise est un sujet épuisé et épuisant à mes yeux, mais je suis certain que de jeunes artistes auront un regard neuf ou décalé. »

Comment avez-vous fait face à la solitude ?
La solitude est précieuse quand on pratique l’écriture qui nécessite du silence, de la concentration. Mais en période de confinement, c’est comme de l’argent mal acquis, on a dû mal à en profiter librement… Elle pèse, elle fait douter de soi, du monde. La solitude me fait même culpabiliser quand je pense à Emilie, Alice, Daniel, des amis, infirmière, éducatrice en foyer, ouvrier à Alfa Laval, qui ne peuvent pas goûter ce privilège « maudit ».  

Cette crise est-elle une quelconque source d’inspiration ?
Non. Tout a été dit là-dessus dans les infos, les talk-shows, ou sur les réseaux sociaux. C’est un sujet épuisé et épuisant à mes yeux, mais je suis certain que de jeunes artistes auront un regard neuf ou décalé pour écrire, peindre ou jouer des choses intéressantes sur ce sujet.  

Ce confinement a t-il changé votre rapport à votre art ? Aux autres ?
Oui, le confinement me confirme que la posture d’écrivain solitaire, sauvage, derrière laquelle je me planque depuis un moment, a trouvé ses limites. Sans les échanges humains, les rencontres, les prises de tête ou coups de cœur partagés entre potes, on devient un type sec, comme les couilles à Taupin ! Si on se contente de se nourrir de ses propres émotions, on s’empoisonne.

« Si les artistes ont réellement les crocs, ils iront chercher leur place dans ce monde. Si on les écarte, ils entreront par la porte, la fenêtre, le soupirail. On reconnaîtra les vrais. »

Quelle est la première chose que vous avez envie à présent ?
Mettre une fleur sur la tombe de mon père, parce que j’ai raté son anniversaire. Puis, je me poserai dans la pelouse de ma résidence pour regarder mes mômes rejouer enfin avec leurs copains. Ce monde leur appartient, ils en sont privés depuis trop longtemps.

Quelle place avez-vous envie de donner à la culture dans le monde « d’après » ?
La culture aura la place que ses artistes méritent. Si les artistes attendent tout des subventions, des aides pour recréer, la culture aura une part réduite dans ce monde d’après. La ligne culturelle est souvent la première à sauter sur les budgets en réduction, mais si les artistes ont réellement les crocs, ils iront chercher leur place dans ce monde. Si on les écarte, ils entreront par la porte, la fenêtre, le soupirail. On reconnaîtra les « vrais », ceux qui font ça par pulsion, par passion, et pas juste pour gagner leur vie. Perso, si mon éditeur coule, je me ferai imprimer en auto-édition et je vendrai mes bouquins de la main à la main, au black, dans les petits salons, les médiathèques du coin…

BIO EXPRESS : LAURENT RIVIÈRE
Laurent Rivière est footeux, écrivain et journaliste et très investi dans le milieu associatif. La Diagonale du Loup, Prix Polar en Nivernais 2019
, sortira dans quelques semaines aux Editions du Toucan.

Déjà parus

#1 Marie Vindy : « Qu’on repense la chaîne du livre »
#2 Christine Bonnard : « Les arts font voyager sans bouger de chez soi, il faudra s’en souvenir »

Laisser un commentaire