Jusqu’à la garde : les dessous du tournage beaunois

Jusqu’à la garde recevra le prix Claude-Chabrol 2019 au Festival du film policier beaunois (3-7 avril). Un juste retour aux sources, le thriller familial ayant été tourné en partie dans la capitale des vins. Enquête trois ans après le tournage, entre décor d’appartement, maison et souvenirs…

Léa Drucker et Denis Ménochet ©D.R.

Par Eric Perruchot
Pour
DijonBeaune Mag 74

« À la différence du théâtre où les décors sont souvent conservés, au cinéma, ils sont détruits. On passe vite à autre chose », soutient Rémi Bergman, responsable des Ateliers du cinéma créés par Claude Lelouch à Beaune, qui ont accueilli deux scènes fortes de Jusqu’à la garde.

Appartement en contreplaqué

Une partie du décor en contreplaqué y est encore intact, fabriqué par l’atelier Prelud à Corgoloin. Il sert aujourd’hui aux essais des apprentis cinéastes des Ateliers Lelouch. Un clip de Calogero a même été tourné dans ce qui fut l’appartement de Miriam (Léa Drucker, César de la meilleure actrice) situé, dans le film, au 8e étage d’un immeuble. « Le tournage de Xavier Legrand chevauchait la fin du film de Claude Lelouch, Chacun sa vie. Nous ne pouvions mettre à sa disposition notre studio. Il a pris le parti de faire construire son décor, dans l’entrepôt, à côté. La violence de la dernière scène nocturne était, d’ailleurs, difficilement réalisable dans un vrai appartement », justifie Rémi Bergman.
Porte d’ascenseur, palier, salon, chambres, cuisine et la baignoire où se terrent Miriam et son fils Julien (Thomas Gioria) ramènent à la froide réalité du film. « Il serait temps de penser à ces victimes un autre jour que le 25 novembre (ndlr, journée internationale de lutte contre la violence faite aux femmes) », suggère Xavier Legrand à la remise du César du meilleur film. La conservation de ces vestiges d’un jour ne sera cependant pas éternelle. Le local est promis à la future Maison de l’image et du mouvement Etienne-Jules Marey, ce Beaunois pionnier de la chrono-photographie et précurseur du cinéma.

Jours de magie à Demigny

Quant aux extérieurs, ils ont exigé d’autres cadres, hors studio. À Demigny, à Chalon-sur-Saône ou à Saint-Apollinaire (voir encadré). Et surtout à Ruffey-lès-Beaune, en plaine de Saône, à 10 minutes de Beaune. L’équipe y a arrêté sa logistique du 24 au 27 juillet 2016. Des séquences ont notamment été tournées chez Thierry Buzat, qui possède une petite maison familiale dans le village, devenue dans le film celle des parents de Miriam où elle se réfugie au départ. « Par l’intermédiaire de la mairie, j’ai reçu un mail du fixeur, Bruno (ndlr, le chargé du repérage), qui habite Sainte-Marie-la-Blanche. Il a déniché la maison par le plus grand des hasards, vraiment en désespoir de cause car il n’essuyait que des refus ! Ça s’est jouée très vite avec un contrat de location à la clé », explique le propriétaire. Aussitôt dit, aussitôt fait, l’équipe débarque à Ruffey prendre possession des lieux.
Au fronton de la maison en pierres de Comblanchien, la date 1855 n’effraie pas Jérémie Sfez, le chef décorateur. L’équipe change le décor d’une des chambres « celle de mon arrière-grand-mère », précise Thierry Buzat ému. Ses meubles sont remisés dans la grange. « Tout a été transformé, sauf le papier peint… et remis en place au millimètre près. Même la prise électrique au chevet du lit qu’ils avaient cassé par inadvertance a été remplacée ! » Une première scène d’attente angoissée s’y déroule alors qu’Antoine (Denis Ménochet) s’énerve sur le klaxon. Pour le besoin du cadrage, la porte d’entrée a été changée par « la même qu’il y avait autrefois, avec une petite vitre », se souvient la voisine, Marie-Hélène Tournier.

À Ruffey-lès-Beaune, le tournage du film a été l’événement du mois de juillet 2016. En particulier dans la maison de famille de Thierry Buzat, devenue celle des parents de Miriam (Léa Drucker), là où cette dernière se réfugie au début du film. © Marie-Hélène Tournier

Derrière l’écran

La coopérative laitière des Tournier est d’ailleurs devenue le QG de la la régie générale et la production a investi le bureau. « Un jour, j’ai trouvé Alexandre Gavras tranquille, peinard, dans mon fauteuil, et le régisseur dans mon salon en train de travailler », s’amuse Marie-Hélène. À l’arrière, leur hangar sert de cantine. « Cafétéria à la bonne franquette le midi, et le soir, repas avec toute l’équipe », se remémore celle qui a sympathisé avec tout le monde et particulièrement avec Léa Drucker. « Nous causions. Elle se faisait du souci pour son chien qui était bien malade. » Aux consignes « Attention ! Moteur ! Ça tourne ! », le tracteur de la ferme est prié de faire silence. Une chance en cette fin de juillet, la moisson est finie. « Un assistant annonçait au talkie-walkie qu’il fallait s’arrêter 5 ou 10 minutes », se rappelle Marie-Hélène toujours prête à assister aux prises de vue, et curieuse de tout ce qui ne paraîtra jamais à l’écran. Autrement dit le hors-champ, balisé par la régie.
Par arrêté municipal, la rue est barrée pour régler, entre autres, le départ en trombe d’Antoine au volant de la Kangoo bardée de caméras sur supports ventouses. « Au moment où le père devait jeter le sac d’école au petit Julien, il y avait trop de soleil. Un paravent noir a été installé pour abattre la lumière. » En face, chez la famille Cretin, le bâtiment agricole a été partiellement végétalisé pour rompre la monotonie du mur crème. « Tout ça a donné un coup de fouet au village », s’exclame Thierry Buzat épaté.
Ce fut aussi pour Marie-Hélène la révélation des ficelles du cinéma, comme le fait de tourner les scènes sans suivre la chronologie du film. À deux pas de Xavier Legrand, la succession des prises la captive. Ce qui lui a valu d’être invitée sur le plateau des Ateliers Lelouch et d’être remerciée, avec son mari, Louis, et monsieur le maire, au générique de fin.

Tournage dans les décors des Ateliers du cinéma à Beaune, dans ce qui est censé être l’appartement de Miriam (Léa Drucker), situé dans le film au 8e étage d’un immeuble. © D.R.

Retombées économiques

Sur un budget global de 2,3 millions euros, le film a bénéficié d’une aide à la production de la Région Bourgogne-Franche-Comté de 160 000 €, et quelque 270 000 € ont été injectés dans l’économie locale en construction de décors, hébergement ou prestations techniques. Le tournage a eu lieu intégralement en Bourgogne durant l’été 2016 (17 jours en Côte-d’0r et 8 en Saône-et-Loire) : gares de Dijon et de Chalon-sur-Saône, salle des fêtes de Demigny, Ateliers du cinéma de Beaune, cité chalonnaise des Prés Saint-Jean, maisons individuelles à Saint-Apollinaire et à Ruffey-lès-Beaune, collège de Nuits-Saint-Georges et France 3 Bourgogne. Le Bureau d’accueil des tournages Bourgogne-Franche-Comté a trouvé la majorité des décors du film, proposé nombre de comédiens dont quatre ont été retenus et mis en avant les techniciens locaux dont 21 ont été embauchés sur la réalisation de ce film.


One thought on “Jusqu’à la garde : les dessous du tournage beaunois

  1. martinez sylvie
    02/04/2019 at 14:04

    bonjour, je viens par ce mail vous indiquer que je possède une ferme de trois bâtiments fermés, une grande allée d’entrée avec deux prés recevant trois chevaux et un âne, un jardin arboré et un bassin, le tout sur deux hectares trois, et ce en plein milieu des champs. je serai enchantée de vous recevoir, si vous en éprouvez le besoin, pour un tournage de film, de pub, de clip..je me situe entre Pontailler sur Saone et Mirebeau
    merci de me faire retour de vos intentions.
    très cordialement.
    sylvie martinez

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