À Beurizot, dans l’Auxois, l’éleveuse Emilie Jeannin lance la construction du premier abattoir mobile français, l’aboutissement de sa démarche éthique.

Emilie Jeannin, © Jean-Luc Petit
Emilie Jeannin, dans son exploitation de Beurizot, près de Pouilly-en-Auxois. © Jean-Luc Petit

C’est l’aboutissement de cinq années de « batailles politiques, administratives et financières » : l’éleveuse Emilie Jeannin, installée à Beurizot près de Pouilly-en-Auxois, annonce officiellement le lancement de la construction du premier abattoir mobile pour bovins en France. Sa livraison et les premiers tests d’abattage sont prévus entre les mois de mai et juin 2021. La commande a été confiée, le 23 décembre dernier, à une entreprise finlandaise spécialisée. L’inventeur du concept, la suédoise Britt-Marie Stegs, assurera quant à elle le suivi de construction et la formation des équipes d’abattage.

Le Bœuf éthique

Emilie Jeannin a repris l’élevage familial en 2006, alors qu’elle n’avait que 26 ans. Très vite, elle imprime sa conception des choses : pas d’engraissement avec des céréales, peu digestes pour les bovins, traitements préventifs basés sur la phytothérapie et l’aromathérapie et surtout gros accent mis sur le bien-être du troupeau. Avec un mantra simple : si les bêtes sont heureuses, l’éleveur le sera aussi, car il aura moins de travail à faire. Ainsi a-t-elle mis au goût du jour l’utilisation de chiens de troupeau pour les conduire d’un pré à un autre – la bétaillère, c’est un peu lourd à manœuvrer, et un peu stressant pour les bêtes – et a-t-elle conduit une sélection des animaux basée sur leur caractère. « Pendant les premières années, j’ai sélectionné pour l’abattage les bêtes qui étaient les plus agressives, ce qui a petit à petit tranquillisé tout le troupeau« , note-t-elle. L’éleveuse vend sa viande à la ferme, un circuit tout ce qu’il y a de plus local.

Associée désormais avec son frère Brian, Emilie va pousser sa démarche respectueuse du bien-être animal plus loin encore. D’abord en lançant sa propre marque, Le bœuf éthique, qui commercialisera les viandes d’éleveurs respectueux, à travers un réseau sélectif de partenaires distributeurs, de professionnels de la boucherie et de la restauration et via un site de vente en ligne ouvert au grand public. Ensuite, donc, en construisant le premier abattoir mobile de France.

Avec la SAS qu’elle a fondée, Le Bœuf éthique, Émilie travaille à déployer un camion d’abattage mobile comme il en existe en Finlande, où elle est allée. © D.R.

Le premier abattoir mobile de France

« Aujourd’hui, nous passons par l’abattoir d’Autun, mais nous voulons faire mieux, et à domicile. Il est inutile que les bêtes parcourent des centaines de kilomètres, se retrouvent mélangées avec d’autres troupeaux – ce qui stresse ces animaux sociaux – puis abattues dans un contexte industriel », explique celle qui voit toujours partir ses protégées « avec une boule d’angoisse au ventre ». « Les animaux seront assommés – je refuse l’abattage rituel, par respect pour les animaux – et abattus sur leur lieu de vie. En plus, ça permet d’obtenir une viande de qualité », indique-t-elle. Le budget de mise en œuvre s’avère très conséquent : 850 000 euros pour composer le fonds de roulement de la SAS Le bœuf éthique, dont 250 000 obtenus par financement participatif, et 1,2 million d’euros de prêt bancaire pour la fabrication du camion. La SAS compte recruter 12 personnes pour ses activités. Preuve que le respect et l’éthique, ça peut marcher !

Laisser un commentaire