Dijonbeaune.fr a déniché sur internet un « Kir italien ». Connaissant le lien de propriété historique qui lie le mot « Kir » à Lejay-Lagoute, nous avons alerté le liquoriste dijonnais de cette bizarrerie. Sa réponse nous rappelle qu’on ne peut pas appeler « Kir » n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. Nota : il est intéressant de constater que dans son attestation, le chanoine et ex-député, sans doute sous l’emprise du charme de son breuvage préféré, avait à l’époque ajouté un deuxième « t » à Lagoute. Mais quand on aime…

Le Kir au café Le Montchapet - Photo Clement Bonvalot

Photo : Clément Bonvalot

« Vous avez tout à fait raison, notre société Lejay-Lagoute a déposé pour la première fois la marque UN KIR® en 1952 après que le Chanoine Kir lui a donné l’exclusivité de l’utilisation de son nom patronymique pour une réclame de vin blanc et de cassis (voir certificat plus bas). Nous avons ensuite déposé LE KIR®, plus facile à utiliser au niveau marketing et, plus tard, KIR Royal®. Nous commercialisons sous ces deux marques des prêts-à-boire.

Nous sommes très attachés à la défense de nos marques et nous faisons le maximum pour les sauvegarder. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens de riposter systématiquement à toute usurpation, surtout sur internet. Nous le regrettons et faisons le maximum avec les moyens dont nous disposons.

Nous vous remercions chaleureusement pour votre aide dans ce sens.

Au-delà de l’aspect commercial, nous souhaitons préserver LE KIR® qui fait partie du patrimoine bourguignon. Évoquer le KIR italien, normand ou encore provençal ne rime à rien. Le terme Kir est ici utilisé pour une recette, un mélange de vin blanc avec autre chose… bien loin du célèbre banc cassis du Chanoine Kir qui ne contenait que de la crème de cassis et du vin blanc ! »

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Elle a eu autant d’appellations que de légendes. La porte Guillaume, notre bien-aimé arc de triomphe dijonnais, est bien plus que la porte d’entrée du centre historique, place Darcy. Elle a joué un rôle dans la défense et la liberté de toute une ville. 

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Par Eva-Marie Debas
Rubrique « Chouette Secret »
en partenariat avec l’office de tourisme de Dijon
Photo de une : Clément Bonvalot

Connaissez-vous l’histoire de la porte Guillaume, cet arc de triomphe imposant qui offre à la place Darcy une atmosphère si particulière ? Symbole d’entrée dans le vieux Dijon – et petite attraction pour les touristes -, elle constitue aussi un des principaux lieux de rassemblements de la ville. Mais en creusant un peu, sa symbolique dépasse les siècles. Cette porte est le témoin des derniers jours de l’Ancien Régime. Érigé au XVIIIème siècle, l’arc classé aux monuments historiques depuis 1938 ne servait pas qu’à faire joli, loin de là !

XIIème siècle : une porte indispensable et salutaire

À l’origine, il existait pour défendre la ville. Flanqué de deux tours rondes, d’un pont-levis et d’un bureau d’octroi, il était même un maillon primordial du système défensif dijonnais imaginé par le duc de Bourgogne Hugues II, dit le Pacifique (qui a pourtant combattu sous la bannière d’un certain Louis VI le Gros… le héros des Visiteurs). À cette époque, la ville était cloisonnée de remparts, on ne pouvait y rentrer que par l’une de ses 12 portes. Celle place Darcy était l’une des entrées principales, puisqu’elle était le point de rencontre des deux routes de Paris provenant de Troyes et de Sens.

Véritable garantie de sécurité en temps de guerres et d’invasions, l’enceinte fortifiée perdit de son utilité avec le temps. Elle tomba progressivement en ruine, provoquant l’ire de certains citadins du XVIIIème siècle, qui rêvaient d’un monument plus esthétique.

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La place Darcy en 1997. L’idée d’un tramway passant par là était alors encore imaginaire.

Pour la liberté, puis pour Volpiano

Ce fut chose faite à partir de 1786 : il fut décidé de détruire l’ancienne porte fortifiée, du moins ce qu’il en restait, et d’ériger à sa place un arc de triomphe. La réalisation du projet fut confiée à l’architecte Jean-Philibert Maret. Son cahier de charges ? Donner aux voyageurs une impression de grandeur de la ville où ils allaient entrer, et rappeler par sa forme triomphale la gloire du Prince de Condé, alors gouverneur de Bourgogne. L’édifice prit d’ailleurs son nom, mais pour assez peu de temps.

La porte Condé fut rebaptisée porte de la Liberté par les Révolutionnaires, qui gravèrent même des extraits de la Déclaration des Droits de l’Homme par-dessus les dédicaces latines adressées au gouverneur. L’arc retrouva finalement son nom d’origine à la Chute de l’Empire, en référence au religieux Guillaume de Volpiano, abbé de Saint-Bénigne.

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Un décor venu de Franche-Comté 

Par la suite, l’esplanade fut aménagée en promenade, puis en chemin menant au réservoir d’eau de la ville conçu par Henry Darcy (qui est aujourd’hui le bien nommé jardin Darcy), avant de prendre son nom actuel de Place Darcy, fermée aux automobilistes depuis le XXème siècle.

On peut encore remarquer un bout de cette histoire à travers les décor du sculpteur franc-comtois Claude-François Attiret : de part et d’autre, un génie présentant à la Bourgogne les armes du prince de Condé ; un autre tendant un document à Minerve, allégorie de la ville de Dijon. Il se dit que la clientèle aristocrate de l’époque lui passait de prestigieuses commandes, comme les bas-reliefs du château de Montmusard ou de l’hôtel de Buffon à Montbard. Voilà comment un Franc-Comtois a instauré, à sa manière, le début d’un rapprochement. Le voilà entériné. La porte Guillaume est encore là pour témoigner.