En presque 40 ans, le plus ancien pub de Dijon s’est entouré d’une clientèle fidèle. L’établissement qui porte le nom d’une charmante station balnéaire d’outre-Manche l’accueille avec un grand « welcome ! » de circonstance… et une IPA bien de chez elle. Patrice Maire, son gérant, n’est pourtant pas du genre à se faire mousser.

Photo : Jonas Jacquel

« Brighton, since 1981. » La mention apposée sur le charmant établissement du quartier des Antiquaires donne l’illusion d’un argument marketing de plus. En réalité, Patrice Maire n’est pas de cette école. « Je trouve ça un peu limitatif. En presque 40 ans, on en a vu passer du monde, mais on n’est pas dans une posture de vedette. » Le maître des lieux et son équipe sont par ailleurs « fiers de constater que le lieu est resté intergénérationnel, où les gens se rencontrent en laissant leurs a priori au vestiaire ». Le pub de la rue Auguste Comte semble même se bonifier avec le temps et analyse le développement de ses confrères sur la ville en toute bienveillance. « C’est la preuve que le marché se porte bien. Ici, la clientèle est fidèle, sincère, elle se sent comme chez elle. » Et trinque à la beer, bien sûr.

Boucle bouclée

Patrice a choisi de créer sa propre bière, qui va cohabiter avec 10 cousines en pression, une centaines de mousses du monde, 60 whiskys (!) et une vingtaine de rhums. Hips ! « Pour cela, j’ai naturellement fait appel à la Micro Brasserie de L’Arquebuse. J’aime leur approche et la possibilité sur mesure qu’ils offrent, pour s’adapter à la demande de nos clients. » Le brasseur installé boulevard de Strasbourg a même créé 3 brassins tests que Patrice Maire s’est empressé de faire déguster aux clients. Le verdict est tombé : l’IPA Brighton est désormais proposée en pression.Didier, l’homme de la Micro Brasserie, se réjouit. Longtemps voisin du Brighton, il en était « déjà un fidèle client ». « La boucle est donc un peu bouclée » pour ce pro issu à l’origine du monde du vin, qui observe comme chacun que « certains vins, notamment les bourgognes, deviennent inaccessibles au grand public. Les restaurateurs l’ont bien compris ; il existe même de bonnes tables qui proposent des accords mets-bières ».
Chacun trouve alors la possibilité, sur la base d’un large choix, de déguster « des breuvages de qualité en 33 cl, moins alcoolisés qu’un verre de vin. Et sans tout le snobisme qui accompagne parfois la dégustation du vin, ce qui en rebute beaucoup. Ce phénomène commence d’ailleurs à nous toucher : les amateurs recherchent des bières de plus en plus complexes. Ce n’est pas ma tasse de thé, je préfère des productions 100 % naturelles et équilibrées : notre mission, c’est de procurer un plaisir simple. »         
Isn’t it ? 

Au Trinidad, 400 demis trinquent en moyenne chaque jour. L’établissement de la place du Théâtre est un bon indicateur du phénomène bière, consommée en terrasse la plupart du temps. Les deux frangins Thibault et Kaveh l’assurent : chaque génération et milieu social y trouve son compte. On appelle ça un brassage à la Dijonnaise.

Photo : Jonas Jacquel

Kaveh est catégorique. « La bière n’est pas un phénomène nouveau. Depuis 10 ans que je fais ce métier, elle est le pilier de notre activité. C’est juste que depuis deux ou trois ans, on en parle un peu plus. Les clichés tombent un à un. Par exemple, plus personne ne regarde de travers une jeune femme qui va commander une pinte. » De son côté, Thibault analyse avec pragmatisme qu’une boisson sur quatre consommée à la Trinidad est une bière. Voyez un peu si le réflexe de se désaltérer avec une bonne mousse est existant. Peu importe l’âge où le sexe, la bière « a clairement pris le pas sur le kir ou le vin blanc à l’apéritif notamment ». Kaveh se félicite d’ailleurs de voir que la bière est de plus en plus considérée avec respect « un peu à l’image du vin, on sent bien que les gens ne la consomme pas pour se saouler, mais avec une vraie démarche gustative. De plus en plus de gens déjeunent et dinent avec, au point de nous demander quelles bières sont adaptées à leurs repas.»

Ouverture d’esprit

Celui qui gère au quotidien le bar-brasserie affirme d’ailleurs que les « amateurs de bières sont très ouverts d’esprit sur les autres régions. D’ailleurs, il est difficile de définir un pays qui réellement soit le pays de la bière ». Toujours est-il qu’ici, à Dijon, le Trinidad fait la part belle à la Bourgogne, qui compte pas moins de 110 brasseurs. « Nous sommes sensibles à la démarche d’Amélie et de Guillaume d’Elixkir, la brasserie basée à Quetigny. Les bières artisanales et leur identité graphique  font leur valeur ajoutée, et ils sont plutôt audacieux dans leurs créations qu’ils nous font tester régulièrement. Une Elixkir, ça se déguste  ! ». Tchin, dans ce cas.