Thierry Caens, soliste partageur

Le festival Musique au Chambertin (22 septembre – 8 octobre) revient une 29e fois en Côte de Nuits. Thierry Caens, son président-fondateur, présente les grandes lignes d’un événement renouvelé et désormais placé sous la bienveillance de l’Association des Amis de Musique au Chambertin. Un excitant nouveau chapitre pour l’épicurien trompettiste, définitivement soliste et partageur.

« On n’aurait jamais imaginé que cela tienne trente ans », concède avec le sourire Monsieur le président.

Par Michel Giraud
Pour Dijon-Beaune Mag #66
Photos : Jonas Jacquel

Au moment de regarder dans le rétro, Thierry Caens le concède à demi-mot : sa personnalité est sans doute pour beaucoup dans la longévité de Musique au Chambertin. Un festival qui approche de la trentaine et créé de toutes pièces, épaulé par Jean-Claude Robert, alors maire de la commune : « Je trouvais que Gevrey-Chambertin, village mondialement connu pour ses vins, méritait de se dévoiler autrement, à travers son patrimoine notamment. Alors, on a fait du vin et de la musique une porte d’entrée à une exploration de lieux, de villages… »

Pour tous les goûts

Désormais porté par une association, Les Amis de Musique au Chambertin, le festival s’appuie depuis ses origines sur un habile mélange de concerts et de dégustations avec visites du vignoble. Et comme les bourgognes, il y en a pour tous les goûts : « Nous n’avons jamais voulu nous consacrer à un seul style de musique, insiste Thierry Caens. On essaie d’aller partout où la musique se trouve : le classique, le jazz, la variété, les musiques de films… » Bref, une proposition diversifiée en fil rouge de la visite de neuf villages emblématiques de la Côte (Vosne-Romanée a désormais rejoint Marsannay-la-Côte, Couchey, Fixin, Brochon, Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Vougeot et Chambolle-Musigny).

« Outil pédagogique »

« En fait, reprend le trompettiste, Musique au Chambertin a tout de suite été imaginé comme un outil pédagogique à la disposition des acteurs locaux, y compris de la profession viticole. Nous sommes aussi très sensibles aux Climats, à la Cité de la gastronomique de Dijon et de toutes ces initiatives qui valorisent cet axe royal Dijon – Nuits-Saint-Georges, sur lequel le Chambertinois est mine de rien un bien joli point de ralliement ».

Pour cette édition, cette pédagogie joyeuse s’invite aussi dans la musique, puisque deux master class (jazz, le 7 octobre et trombone le 23 septembre) ont été créées, tournées vers les élèves de l’école de musique de Nuits. « On n’aurait jamais imaginé que cela tienne trente ans », sourit l’organisateur, tout amusé et fier à la fois de pouvoir « remuer des montagnes avec un budget ridicule ».

Dans l’affaire, le trompettiste concède volontiers que son carnet d’adresses a « souvent joué » : par amitié et par attrait de la région, « des copains sont venus jouer avec grand plaisir ». Au bout du compte, « la programmation peut compter sur de grands musiciens, des gens simples qui acceptent de conditions raisonnables avec l’envie de partager une aventure artistique ».

Concert fourchette

Des pointures, il y en aura encore cette année. On annonce de jeunes talents (Quatuor Morphing), des spectacles musicomiques (Les Fouteurs de Joie), des solistes internationaux (Ian Bousfield, Hervé Billaut), des grands du Baroque (Gilles Binchois) et ce que le jazz fait de mieux (Sylvain Luc, Patrice Caratini). Sans oublier l’invité d’honneur, Maxime Le Forestier. On se réjouit aussi de la création d’un « concert fourchette » imaginé par Thierry Caens lui-même : «  Une idée qui remonte à quelques années. On divise le concert en trois tiers, idem pour le repas. À chaque intermède, on se déplace entre l’église et la salle des fêtes. C’est ludique et vivant. » Le 29 septembre, à Chambolle-Musigny, Hervé Billaut sera ainsi au piano, pendant que Matthieu Mazoyer, le jeune chef du Millésime à Chambolle, occupera les cuisines. Que ces chefs de piano, chacun à leur manière, soient remerciés. Au nom du chambertin !


Quand la musique est (vraiment) bonne

Quels flacons de la Côte de Nuits pour accompagner notre chemin musical ? Thierry Caens s’essaye à l’exercice. Trois ambiances musicales, une association vineuse à chaque fois : 

Les Fouteurs de Joie ouvriront le festival 2017. Ce sera un véritable feu d’artifice, avec de la musique, du théâtre, des gags…
Un spectacle total, un peu comme les vins de Marsannay ! La seule appellation de Bourgogne aux trois couleurs, du chardonnay au pinot noir, en passant par le rosé. Une diversité qui donne bien des idées pour cet été.

– Musique au Chambertin 2017 accueille une figure française du jazz : Patrice Caratini. C’est un contrebassiste qui a du caractère, « l’artiste aux trois visages » comme on le surnomme dans le milieu ! Et donc le choix d’une appellation de caractère. J’opte ainsi pour la complexité des vins de Morey-Saint-Denis. À moins qu’on l’écoute avec un verre de grand cru, du genre mazis-chambertin…

– Nous accueillons l’ensemble Gilles Binchois, un incontournable de la musique ancienne. Dans les verres un chambolle-musigny Les Amoureuses. Dans les oreilles, il y a la musique de la cour de Bourgogne, dans laquelle le sentiment amoureux est décrit de mille façons. Et le chambolle, c’est pour moi le vin le plus féminin de la Côte de Nuits, entre fruité et fluidité.

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