Sous l’impulsion de son directeur Sylvain Pabion, le château de Marsannay ouvre grand ses portes à l’œnotourisme avec une masterclass mets et vins de haut niveau. Surfant sur les savoureuses propositions du traiteur Eric Brionès, en blanc, en rouge ou en rosé, le domaine promet de délicieux moments servis sur un plateau.


Par Alexis Cappellaro

Pour Dijon-Beaune Mag #70
Photos : Jonas Jacquel, sauf mention contraire

« Tout finit par un banquet ! » Avec une élégance décontractée qui lui est propre, le château de Marsannay réinterprète cette maxime d’une fameuse bande-dessinée pour entériner la montée en puissance de l’appellation qu’elle défend. Plus symboliquement, elle accompagne aussi la renaissance de la région viticole dijonnaise. Et quoi de plus efficace que des accords mets et vins pour faire passer le message ?


Sylvain Pabion est le dépositaire de cette démarche. En résumé : à raison d’une petite dizaine de masterclass déjà planifiées pour des groupes (particuliers comme professionnels), cinq vins du domaine (quatre rouges et un blanc, et pourquoi pas du marsannay rosé aux beaux jours) seront servis selon l’inspiration du sommelier caveau Laurent Le Strat. La partition gourmande sera confiée à l’expert du piano Eric Brionès (Les 3 Ducs).
Le directeur place beaucoup d’espoirs dans ces rendez-vous pour boucler la boucle. Dès son arrivée en 2015, sur la base d’une formation d’ingénieur agronome – et « avant tout de vigneron au quotidien » – il a entamé une valorisation très interessante des quelque 28 hectares sous sa responsabilité pour faire naître 40 cuvées, dont la plupart sont issues de climats aux particularités notables. Pour « dépasser le simple cliché des étiquettes que nous buvons », il livre en parallèle une véritable pédagogie ludique avec ces impressionnants monolithes signés de la géologue Françoise Vannier ainsi qu’une cartographie géologique de son sol. C’est d’ailleurs l’introduction, digeste et maîtrisée, de ces accords : une courte présentation de la philosophie du domaine et une visite des caves à 10 m de profondeur, là où « l’hygrométrie est idéale ».
Dans ce château beaucoup plus jeune qu’il ne laisse croire (construit « sans aucun défaut », dixit son directeur, en 1991 par André Boisseaux), l’expérience œnotouristique était plutôt confidentielle jusque-là. Entre 7 000 et 8 000 visiteurs chaque année. Avec cette promesse gourmande où, en toute circonstance, « les plats sont là pour réhausser les vins » (air connu) il devrait y en avoir beaucoup plus. Cela permettra au château de Marsannay de faire astucieusement le lien, « sans aller trop vite », entre terroir et vins, entre vins et gastronomie. La boucle sera ainsi bouclée. Et tout finira par un banquet.


Marsannay in La Closerie

Dans le cadre de la semaine Marsannay in Dijon organisée début mai par Bourgogne Magazine, plusieurs établissements de la cité ducale ont valorisé l’appellation autour de soirées thématiques. Un jeu-concours en partenariat avec SEB a notamment récompensé nombre de participants (étaient en jeu ActiFry et autre ClipsoMinut’Easy) dans un esprit de convivialité. La Closerie était du rendez-vous. Rue Sainte-Anne, l’établissement d’Isabelle Gorecki-Hiltenfink a ainsi accueilli, sous la bienveillance de Philippe le Bon, Sylvain Pabion et le sommelier Patrice Gillard pour une dégustation de trois cuvées (Echezots, Longeroies et Clos de Jeu) accompagnée d’une joue de bœuf mijotée par le chef Arnaud Riandet. Dans les palais ou dans les cœurs dijonnais, l’appellation joue partout à domicile.

Dimanche 17 juin, les ultimes flacons de l’emblématique vigneron de Vosne-Romanée seront vendus à Genève. La cession de l’impressionnante collection personnelle d’Henri Jayer, 1064 bouteilles réparties en 215 lots, sera historique. Et il faudra mettre le prix, cela va de soi.

« Henri Jayer, The Heritage. » Ainsi se nomme la vente historique du dimanche 17 juin, au cours de laquelle 1064 flacons du domaine seront proposés aux enchères. L’hôtel-restaurant du Domaine de Châteauvieux, sur la commune de Satigny (canton de Genève), où officie le chef doublement étoilé Philippe Chevrier, accueillera cet événement hors-norme : 855 bouteilles et 209 magnums réunis, rien de moins que les ultimes bouteilles de la réserve personnelle du vigneron de Vosne-Romanée mort en 2006.

Cros Parantoux, star vénérée

Des 215 lots établis, trois figurent légitimement en tant que « top lots ». Il y a d’abord deux vertigineuses verticales : 15 magnums de vosne-romanée 1er cru Cros Parantoux (millésimes 1978 à 2001) – mise à prix à un peu plus de 240 000 euros pour ce climat qui a forgé la légende Jayer ; 12 bouteilles d’échezeaux grand cru (millésimes 1976 à 1999) ; et enfin 12 bouteilles de Cros Parantoux 1985.

Ces trésors endormis n’avaient encore jamais quitté la cave familiale, désormais placée sous la protection des filles d’Henri Jayer, Lydie et Dominique. À partir de février dernier, cette vente a nécessité une préparation millimétrée (voir vidéo plus bas), avec de nouvelles étiquettes et capsules du domaine sous le contrôle d’un huissier. Ce dernier aura supervisé l’ensemble du processus, de l’inventaire au scellement des cartons puis au transport jusqu’à Genève. Là-bas, sous les coups de marteau de l’organisateur suisse Baghera Wines, une poignée d’investisseurs (que l’on espère buveurs) pourra acquérir ces flacons parmi les plus réputés au monde. Le total des lots a été estimé entre 6 et 11 millions d’euros. Et le caractère historique de l’événement devrait vraisemblablement faire flamber le pinot noir. Tel est le prix de la légende.


Baghera Wines, organisateur de cette vente aux enchères historique, a naturellement soigné sa communication. Voici deux vidéos retraçant les coulisses de l’événement du 17 juin.