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Cohésion et convivialité : la méthode Pierre Guez pour enfin réveiller la Cité ?

Désormais sous la direction de Pierre Guez, le Village Gastronomique, partie privée de la Cité de la gastronomie et du vin, cherche une nouvelle recette pour redonner le goût pour tous les Dijonnais.

Pierre Guez, nouveau directeur du "Village Gastronomique" à la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin de Dijon
Pierre Guez, nouveau directeur du “Village Gastronomique” à la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin de Dijon – © Jean-Luc Petit

Un diagnostic posé sans détour par celui que tout le monde appelle « Pierrot » : « La Cité a souffert d’un démarrage marqué par une approche parfois trop déconnectée de la réalité, notamment en terme de pouvoir d’achat. Je pense que pendant deux ans, on est surtout resté un peu sur un côté un peu trop élitiste, bobo, qui n’a pas réussi à convaincre les gens de venir », analyse Pierre Guez. Pour l’ancien président de Dijon Céréales et de Vitagora qui fêtera ses 78 printemps en mai prochain, l’erreur initiale a été de vouloir créer un quartier aux accents parisiens, « là où les habitants attendaient de la proximité ».

Reconnaissant que le projet est encore un « bébé de 4 ans » dans le monde des affaires, et sans dénigrer le travail de ses prédécesseurs Richard Viemont et Daniel Jung, il estime qu’il est temps de rectifier le tir. « Aujourd’hui, on veut maintenant faire du populaire. C’est-à-dire qu’on veut ouvrir la Cité aux gens ».

Vers une mutation du Village Gastronomique

Cette mutation est déjà visible dans l’assiette et dans l’organisation de certains commerces du Village Gastronomique, se transformant ainsi de boutiques spécialisées en véritables points de restauration accessibles. La boucherie et la poissonnerie sont devenues des restaurants dédiés, tandis que la Cuisine Expérientielle a laissé place à un « Bouillon », ce concept de restauration traditionnelle offrant des plats typiques à prix modérés.

Cette mutation est également passée par une remise en question profonde de la part des investisseurs, notamment William Krief. « À l’origine, son intention était de recréer à Dijon un concept similaire à celui des Halles en centre-ville, une sorte de deuxième marché ». Cependant, cette stratégie de départ a rencontré des difficultés, marquée par une réticence des Dijonnais au sujet du positionnement géographique de la Cité, et une offre jugée a posteriori trop haut de gamme. 

L’objectif est clair : casser l’idée reçue selon laquelle la Cité serait un sanctuaire réservé aux porte-monnaies les plus aisés. « On va casser cette image qui colle à la peau de dire que la Cité est chère. On veut un lieu accessible à tout le monde ».

Un pont entre ville et campagne

Le nouvel homme fort du Village souhaite également que la Cité devienne un pont entre la ville et la campagne. L’ancien dirigeant de Dijon Céréales veut redonner toute sa place au monde rural au sein de du Village Gastronomique, kilomètre zéro des Climats de Bourgogne. Il déplore que les habitants des communes environnantes se sentent encore parfois exclus : « Il faut qu’on rende accessible la Cité au monde rural. Parce qu’aujourd’hui si on faisait un sondage, et bien je suis persuadé qu’il y a beaucoup de gens à 40 ou à 50 kilomètres qui disent que la Cité est réservée aux riches ».

Pour y remédier, il mise sur des événements fédérateurs comme les repas traditionnels et de banquets, à l’image de celui organisé en février dernier autour de la choucroute. « Je vois bien un grand repas autour du poulet de Bresse ou autour du bœuf bourguignon ».

Une identité à revoir (et à transformer)

Au-delà de la table, c’est toute l’identité du Village Gastronomique qui doit être retravaillée pour renforcer son ancrage local. Pierre Guez prévoit notamment de nommer les rues de ce village pour que les familles puissent se l’approprier plus facilement. Il entend également renforcer les liens avec les clubs sportifs de la ville, du DFCO à la JDA, pour inscrire la Cité dans le quotidien des Dijonnais.

Le succès de la boulangerie, qui « pète tous les scores » grâce aux habitants du quartier qui s’en sont « accaparés », sert de modèle à suivre pour l’ensemble des établissements du site.

Malgré une conjoncture complexe, Pierre Guez reste profondément optimiste. Il invite aujourd’hui ses concitoyens à ne plus fuir ce lieu d’histoire : « Mesdames, Messieurs les Dijonnais, accaparez-vous la Cité. Elle est à vous, on vous l’ouvre ». En se positionnant comme « le médiateur entre les commerçants, le public et les investisseurs », Pierre Guez espère insuffler ce supplément d’âme, « cette humanité, ce coté populaire » qui manquait peut-être au lancement. « Ce que je veux faire, c’est recréer de l’humanisme, recréer de l’amitié, de la cohésion, inclure davantage les habitants du quartier en prenant en compte leur avis. C’est ça qui nous manque ».