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Nuits-Saint-Georges est l’une des dix communes de Côte-d’Or dotées d’un aérodrome. Comment fonctionne ce lieu, géré par l’aéroclub local, et quels sont ses enjeux ? Entretien avec Raphaël Gougnot, son secrétaire.

Entre passions d’enfants ou de grands enfants, réalités économiques et défis environnementaux, l’aviation de loisir a-t-elle encore sa place en 2026 ? Quelques jours après le passage de la Patrouille de France au-dessus du Château du Clos de Vougeot, Raphaël Gougnot ouvre grand les portes de l’aéroclub de Nuits-Saint-Georges.
Raphaël Gougnot : C’est vrai qu’aujourd’hui, l’aérien est un peu le vilain petit canard médiatique pour tout ce qui concerne les nuisances sonores et la consommation énergétique. Il faut savoir remettre les choses à leur place et casser les préjugés. Les premiers avions électriques arrivent et nos motorisations se modernisent pour consommer moins de carburant et faire moins de bruit. De plus, l’aviation légère, qui est une aviation de loisir et sportive, a encore toute sa place dans les modes de déplacement et de formation.
Oui, c’est indéniable. Le plaisir du vol, c’est un rêve d’homme depuis toujours. Les jeunes sont très friands de ça. À l’aéroclub, notre élève le plus jeune a 15 ans. Chez ces jeunes, il y a une vraie volonté de faire carrière, que ce soit dans le civil ou le militaire. L’avion, c’est un peu comme la moto : il y a ce plaisir de se balader, de profiter du beau temps, sans notion d’utilitaire au départ, mais qui débouche sur une magnifique valorisation professionnelle.

C’est une véritable exception culturelle française qui date des années 30 et de l’après-guerre. En France, la majorité des futurs pilotes, même ceux qui deviennent pilotes de ligne, sont formés au sein d’aéroclubs qui sont des associations loi 1901. Nous sommes 600 en France, dont neuf en Côte-d’Or. Chez nos voisins européens, ce sont des écoles privées à 99%, avec des coûts bien différents. Les compagnies aériennes recherchent d’ailleurs notre profil, car les pilotes formés en aéroclub font généralement de très bons professionnels.
On enseigne la licence de pilote privé, ce qu’on appelle le PPL. Pour l’obtenir, c’est comme la voiture : il y a un examen théorique et une épreuve pratique après des heures de vol en double commande, puis en solo. Cette licence permet de faire du vol à vue (VFR), c’est-à-dire qu’on ne voyage pas dans les nuages ni de nuit. Après, libre à vous de rajouter des qualifications : l’anglais aéronautique pour passer les frontières, ou la qualification montagne pour se poser à Megève ou à l’Alpe d’Huez. La liste n’est pas exhaustive ! (rires)
On veut casser l’image élitiste de l’aviation de loisir. Il y a des hobbys terre à terre et des sports mécaniques qui coûtent bien plus cher que ça ! Pour maintenir sa licence, la réglementation impose un minimum de 12 heures de vol par an. Avec un coût horaire de 150 à 160 euros tout inclus ici à l’aéroclub de Nuits-Saint-Georges, cela représente un budget annuel minimum d’environ 2 000 euros. Notre club repose sur le bénévolat, on fait des journées travaux pour l’entretien, ce qui permet de contenir les prix de vol. Ce n’est pas un sport de riche, et il n’y a pas besoin d’avoir fait Math Sup pour piloter un avion léger.

À Nuits-Saint-Georges, l’aérodrome fait plus de 40 hectares, et la piste (ndlr, en herbe) n’en occupe qu’une maigre partie. Ce sont de véritables réservoirs de biodiversité et des poumons verts pour les agglomérations. Nous avons lancé des diagnostics écologiques avec la fédération : nos terrains abritent des lapins, des biches, des plantes rares sur pelouse calcaire.
Les seules vraies limites sont celles que l’on se donne. Notre membre le plus ancien a dépassé les 80 ans et notre plus jeune a 15 ans. Pour la sécurité, l’aviation est très cadrée : il y a une visite médicale aéronautique obligatoire et régulière. À partir de 50 ans, c’est tous les ans. La sécurité repose surtout sur l’autoévaluation. Quand il fait très chaud comme ces derniers jours, les performances de l’avion changent, la densité de l’air n’est pas la même et on peut vite attraper un coup de chaud et piquer du nez, sans vilain jeu de mots. C’est au pilote d’être assez lucide pour dire : « Je ne pars pas ». En l’air, on ne peut pas s’arrêter sur le bord de la route pour faire une sieste ! (rires)

Carrément ! Les cartes sont hyper réalistes, on peut simuler une approche sur Nuits-Saint-Georges à l’identique. Certains de nos membres utilisent le simulateur ou Google Maps pour découvrir un terrain inconnu avant d’y aller en vrai. Pour autant, cela ne remplace pas un instructeur pour la réglementation ou la radio, et le vrai plaisir du pilotage.
C’est surtout une question de génération ! (rires) Dans les années 70, on pouvait traverser la France sans radio en évitant certaines zones, qu’on se partageait de bouche-à-oreille. Aujourd’hui, quand on regarde une carte aéronautique, il faut la concevoir en 3D. Ce sont des couches qui s’empilent, avec des zones militaires, des zones interdites et des espaces contrôlés où il faut montrer patte blanche. Depuis 2024 et les tensions en Europe de l’Est, les exercices militaires confisquent parfois un dixième du territoire français. C’est contraignant, mais l’espace aérien est partagé. Une fois que c’est appris et intégré, on fait avec. On ne fait pas n’importe quoi dans le ciel.

On a vu les choses en grand ! On veut faire découvrir l’aviation sous toutes ses formes. On proposera bien sûr des vols de découverte, la présentation de nos formations et un défilé d’aéronefs visiteurs tout au long de la journée. Les plus curieux pourront même grimper à bord d’un avion au sol pour s’installer en place pilote. On a convié de nombreux partenaires, comme l’Association des Anciennes Caisses de Gevrey pour une exposition de voitures anciennes, le Musée bourguignon pour les véhicules militaires, le club d’aéromodélisme de Chenôve pour un clin d’œil à mes débuts (ndlr, Raphaël a commencé au club d’aéromodélisme à Quetigny), et le lycée Astier de Paray-le-Monial pour la maintenance aéro. Il y aura aussi un simulateur de vol pour s’essayer au pilotage sans quitter le plancher des vaches. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que la météo soit avec nous !
👉 Journée portes ouvertes
📍 Aérodrome de Nuits-Saint-Georges : Route de Boncourt-le-Bois 21700 Nuits-Saint-Georges
🕞 Dimanche 7 juin (10h-18h30)
💶 Entrée libre