Dijon Beaune Mag
Une coiffe sur la tête, un masque noir préservant le mystère et un remix électro du ban bourguignon comme tube : découvrez Pilippe le Hardy, le premier « DJuc » de Bourgogne.

Si vous vous baladez dans les rues en Bourgogne, vous pourriez croiser une silhouette pour le moins intrigante : une veste bordeaux coupée court, un pantalon noir surmontant des chaussettes pourpres, et surtout, une tête entièrement masquée d’un tissu noir sous une coiffe ornée de perles et de franges scintillantes. Dans ses mains, un grand drapeau aux armes de la Bourgogne.
Ce personnage mystérieux, c’est Pilippe le Hardy, le premier Djuc (comprenez DJ et Duc) de Bourgogne. Né d’une envie de secouer le patrimoine local avec des basses electro, il souhaite conquérir via les réseaux sociaux le cœur et les oreilles des Bourguignons. DBM est allé à sa rencontre, ou plutôt à celle de l’artiste caché derrière le masque.
Pilippe le Hardy : C’est évidemment une référence directe au premier duc Valois de Bourgogne, Philippe le Hardi. Historiquement, il tenait son surnom de sa bravoure lors de la bataille de Poitiers, où il a vaillamment défendu son père. C’est un nom qui évoque une force, mais une force tranquille, pas une violence brute. C’est exactement cette énergie que je veux insuffler. Et pour l’orthographe, c’est « Pilippe » sans « H » !
Au final, il n’y a qu’un seul véritable élément d’inspiration historique directe : la coiffe, qui rappelle celle de Marie de Bourgogne, avec ses perles, ses drapés et ses éléments scintillants. Tout le reste est un anachronisme complet que j’ai créé de toutes pièces, et je l’assume. Je voulais un personnage stylisé, moderne, qui arbore fièrement les couleurs de la Bourgogne (le bordeaux « burgundy » et le noir). Le masque noir, lui, crée une identité anonyme, un côté Deadpool ou super-héros de BD qui me permet de jouer avec le public.

Dans la vie de tous les jours, je travaille dans le monde de l’audiovisuel en freelance, donc ce projet n’a pas vraiment d’impact direct sur mon travail. Ce masque, c’est avant tout un choix esthétique et artistique. Je trouve que cela donne une dimension de spectre, un côté mystérieux de fantôme historique qui renaît au goût du jour. De plus, la mascotte est universelle : n’importe qui peut se projeter derrière ce tissu noir. C’est un masque rassembleur, pas clivant.
La mélodie originale est en mode majeur, très joyeuse mais parfois un peu perçue comme ringarde ou purement folklorique par les jeunes générations. Je l’ai transposée dans un mode mineur, beaucoup plus moderne, teinté d’électro EDM avec un côté « hymne de stade ». C’est un style très énergique, libérateur, presque physique. Je sais que les puristes préféreront toujours l’original, mais mon but est de remettre cet hymne dans les familles, de faire danser les enfants et de donner des codes culturels accessibles à ceux qui s’installent dans la région. Ce morceau, et les prochains dont un qui arrive très prochainement, sont disponibles sur toutes les plateformes et sur ma chaine YouTube.
Complètement. L’électro, surtout quand elle est mélodique et travaillée, se marie incroyablement bien avec le patrimoine. Regardez ce que font des festivals comme Image Sonore ou les événements à Chambord et Versailles. Quand c’est fait de manière respectueuse, pas ostentatoire, avec de belles lumières et du mapping, ça permet d’attirer un public nouveau dans des lieux magiques. Pilippe a totalement sa place sur la façade d’un château bourguignon.
Au tout début, j’ai eu un coup de stress parce que certains commentaires sur les réseaux sociaux tentaient de récupérer le personnage à l’extrême droite, tandis que d’autres, très à gauche, m’accusaient d’être un facho. En France, dès que tu sors un drapeau en dehors du foot ou du rugby, c’est compliqué ! J’ai donc publié une vidéo claire pour fixer ma « charte » : Pilippe est totalement apolitique. Ses valeurs sont la fête, le vivre-ensemble, le partage et l’ouverture. Je refuse catégoriquement que ce personnage soit récupéré par un parti. Dans d’autres pays, comme au Maroc, les gens sont fiers de leur drapeau et de leurs musiques traditionnelles sans que cela pose de problème ; je veux que l’on puisse célébrer notre patrimoine bourguignon avec la même légèreté et la même fierté, de manière festive et bon enfant.
Pour l’instant, c’est une équipe très réduite. Je travaille principalement avec un ami qui joue le rôle de mon intendant et qui est historien de formation. C’est une aide précieuse, car il valide mes idées d’un point de vue historique pour m’éviter de grossières erreurs.
Oui, il y a une sorte de confrérie invisible ! En Bretagne, il y a Demi-Sel qui est aussi masqué ou Perceval qui joue sur le côté médiéval-électro. En Occitanie, en Auvergne… il y en a dans toutes les régions ! On revisite chacun nos folklores avec des musiques modernes. Mon rêve secret, ce serait de monter un festival des régions où chacun viendrait représenter son coin. On se ferait une petite guerre des drapeaux amicale, ce serait drôle !

Je suis en train de monter un dossier pour une tournée des kiosques à musique en Bourgogne. Ces kiosques datent souvent des années 1900 et ils sont magnifiques, mais complètement sous-utilisés. Mon ambition est de proposer une scène à 360 degrés au cœur des villes, de collaborer avec les municipalités pour créer un moment de fête partagée. J’aimerais beaucoup y associer un côté grand banquet ou grande tablée, un moment convivial où les gens se rassemblent pour manger, boire un coup et faire la fête ensemble avant le show.
La Bourgogne s’est construite sur des métissages. Les Burgondes originaux venaient du nord de l’Europe, ils se sont installés ici en s’adaptant aux coutumes locales. Pilippe est là pour rappeler que nous sommes tous issus d’un mélange, d’une mixité, et qu’il faut en être fier. La musique est le meilleur moyen de rassembler les gens, de gommer les barrières et d’expulser le stress du quotidien ensemble. Bref : la Bourgogne, ça cogne, alors faisons la fête !