Dijon Beaune Mag
C’est l’une des coquilles administratives les plus heureuses du patrimoine français. Si les majestueuses Halles centrales de Dijon sont toujours présentes au cœur de la cité des Ducs, elles le doivent autant à leur valeur architecturale et patrimoniale qu’à un incroyable quiproquo survenu au milieu des années 1970.

À l’origine du sauvetage des Halles se trouve une erreur de nom au moment le plus opportun. L’édifice a été conçu entre 1873 et 1875 par l’ingénieur municipal Louis-Clément Weinberger et l’architecte parisien Ballard (sans « t », retenez bien cette précision). Pourtant, lorsque la municipalité de Robert Poujade, maire de Dijon de 1971 à 2001 (et imaginé par son prédécesseur Jean Veillet, maire de 1968 à 1971), envisage au début des années 1970 de raser le marché. À l’époque du « tout-automobile » qui a donné lieu à un projet semblable au niveau de la place du 30-Octobre au nord-est de la ville, on voulait y construire un parking automobile. Les défenseurs du patrimoine rédigent alors un dossier de protection en urgence.
Dans la précipitation, une coquille phonétique s’y glisse : le nom de Ballard est orthographié Baltard, attribuant à tort l’édifice au célèbre Victor Baltard, le créateur des anciennes Halles de Paris.


La démolition des pavillons parisiens de Baltard en 1971 ayant provoqué un scandale national, ce nom a agi comme un signal d’alarme absolu au ministère de la Culture. Pour éviter un second drame patrimonial, l’État valide le dossier en priorité et signe l’arrêté d’inscription le 29 octobre 1975, stoppant net le projet de démolition.
Lorsque l’erreur a été rectifiée un peu plus tard au profit du duo Ballard et Weinberger, la protection juridique était déjà définitivement verrouillée.
Cette inscription au titre des Monuments Historiques transforme l’avenir des Halles en lui accordant des garanties strictes. Elle lui offre tout d’abord une protection absolue contre la démolition, rendant le marché intouchable face aux projets d’urbanisme.
Par ailleurs, elle place toute intervention sous haute surveillance : les restaurations doivent désormais préserver l’authenticité de la structure et obligatoirement recevoir le feu vert de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF). Enfin, cette protection s’étend au-delà des murs, puisque les aménagements urbains situés dans un rayon de 500 mètres autour des Halles sont, eux aussi, soumis au contrôle strict de l’ABF.

Outre la confusion autour de Baltard, une autre légende entoure le lieu : on l’attribue souvent à Gustave Eiffel, natif de Dijon. L’ingénieur avait bien proposé un projet en 1868, mais ce n’est pas son plan qui a été retenu, l’exécution revenant aux fonderies de Fourchambault sous la direction de Weinberger et Ballard.
Aujourd’hui, cet édifice de verre et de fonte de 4400 m² demeure le cœur de la gastronomie de Côte-d’Or et bourguignonne.




Sous ses colonnes ornées de pampres de vigne et ses médaillons de Cérès et d’Hermès, les étals s’animent chaque mardi, jeudi, vendredi et samedi matin, rejoints en été par le très populaire Brunch des Halles.