Dans la rue de Lorraine où pas un commerce ne se ressemble, Estelle Genelot façonne des robes de mariées d’exception depuis 2012. Autant dire que ce millésime 2020 a secoué son bel atelier. Il est donc temps d’adresser un grand et beau « oui » à la vie !

À l’intersection des rues de Lorraine et de l’Hôtel-de-Ville, Estelle a posé des mannequins de couture portant quelques-unes de ses créations. © Michel Joly

Repérée sous les noms de Grande Rue ou rue Bourgneuf dès 1230 par les historiens les plus férus de Beaune, la rue de Lorraine, barrée par la porte Saint-Nicolas, était le point de départ des diligences vers Dijon. Elle pourrait être aussi la rue des départs nuptiaux : au numéro 47, la styliste Estelle Genelot a monté son atelier de création de robes de mariage. By Estelle, ce sont des pièces uniques « créées sur-mesure, à partir de matières nobles et dans le respect de la personnalité de chacun », argumente l’intéressée. Originaire de Savigny-lès-Beaune, où son père Alain dirigeait une entreprise de travaux publics réputée sur la Côte, Estelle avait ouvert son premier atelier en 2009. Avant d’être tentée, il y a huit ans, par « la grande ville ». Et de découvrir par hasard qu’il y 200 ans, une couturière était installée juste ici, dans son local destiné auparavant aux jeux vidéos. « Dans le quartier, personne n’a la même activité », souligne Estelle. Cette diversité peut aider à s’intéresser à l’autre, et à se rendre volontiers quelques services. Rue de Lorraine, les Beaunois se retrouvent à une terrasse, aux Mille et Une Vignes ou au bar QG, le rendez-vous favori des lycéens.

Le grand jour venu, ces robes épouseront avec élégance la personnalité de chacune. © Michel Joly

Aussi au Clos Vougeot

Le mariage représente 70% de son activité. Son atelier est fait de longues robes blanches, champagne ou ivoire. Les dos nus ne sont jamais très loin non plus. « Je confectionne aussi des vêtements féminins pour les chapitres du Clos de Vougeot où le code vestimentaire est très sélect : smoking pour les hommes et robe de soirée pour les dames », commente-t-elle au milieu d’un amas de foulards colorés faits main, et même de masques de protection particulièrement gais et ouvragés. 

Avant de venir à Beaune, où elle goûte à une vie « presque de village », Estelle a bourlingué. Par monts et par vaux pour les études, essayant sans enthousiasme le droit, les arts appliqués… « Imaginez ce que veut dire être styliste dans une famille d’entrepreneurs de travaux publics, s’amuse-t-elle sans rien renier. Mon désir de liberté a fait que je me voyais créatrice de mode. » Suivront trois fabuleuses années de formation à Marseille. Puis, tirant le fil d’un long apprentissage, elle remonte à Lyon où elle crée des motifs de tissus d’ameublement pour une entreprise. Retour à Paris, dans diverses boites de mode où, grosse désillusion, ses rêves de stylisme se heurtent à un travail d’exécution. Puis viendront les grands voyages et le rock’n roll : un long crochet par l’Angleterre, l’Amérique du Nord ou le Mexique pour « voir le monde autrement et toucher à d’autres cultures, en alternant travaux saisonniers et vadrouilles ».

Cette ouverture d’esprit la conduira à assumer les demandes les plus insolites, comme celle de concevoir une robe autour d’une paire de chaussures (sans doute Cendrillon ?). Pour chaque création, « en cinq ou six mois de travail, je suis amenée à connaître toute la famille, copines, sœurs, frères, témoins, parents venus assister à une séance d’essayage », savoure Estelle. Cette marque de confiance finit d’ailleurs très souvent par une invitation au mariage. Comme ce jour où, au château de Meursault, sa robe a été admirée par 900 convives. Vivement le retour de la saison des amours pour que tout cela recommence.

La rue de Lorraine à Beaune © Michel Joly

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