Dijon Beaune Mag
30 ans après la folie de l’An-fer, le Social Club veut réveiller les nuits électro de Dijon. Samedi 6 juin, cap sur la BA 102 pour un Open Air spécial French touch qui promet de réveiller les fans du genre dormants.

Il fut un temps, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, où Dijon était l’épicentre de ce qui se faisait de mieux en termes de musique, une onde sonore qui traversait l’Hexagone en long, en large et en travers. Dans les années 90, l’An-Fer était le temple de la scène electro, qui a abrité un certain Laurent Garnier. On y venait de Paris ou de Lyon en pèlerinage pour vibrer à ses côtés.
Avec le temps, la ferveur s’est affaiblie. La hype s’est déplacée vers le rap et le hip-hop, le dancefloor s’est vu coloniser par des tables VIP et la culture électronique a fini par se ranger dans les bacs.
Pourtant, sur le tarmac de l’ancienne base aérienne de Dijon-Longvic, là où les hangars des Mirage 2000 ont laissé place aux herbes folles et au béton brut de la BA 102, une poignée de passionnés s’apprête à remettre le couvert. Le samedi 6 juin prochain, l’association Social Club investira ce site chargé d’histoire pour un Open Air qui sent bon les années 90 (les meilleures !).
Cette association est menée par un duo d’artistes dijonnais, qui se produisent régulièrement sur la terrasse haut perchée du nouveau Pica-Pica, surplombant les toits vernissés de Dijon. Jules Camos, mine sereine derrière ses lunettes fumées, et Harry Fitsch, le regard abrité par des verres bleutés, ont la volonté de réveiller la carcasse endormie de la nuit bourguignonne.
Jules ne cache pas son ambition de retrouver une fête sincère : « Je suis DJ parce que j’adore la house, la French touch, le disco… Un soir, on prenait l’apéro entre potes et j’ai dit : “Les gars, j’en ai marre : et si on mettait les platines dans le salon, juste pour mixer et kiffer ?” Après plusieurs expériences à Dijon, on ne trouvait plus de sens à notre activité, on n’y allait que pour prendre notre cachet avec la boule au ventre. Aujourd’hui, on reprend du plaisir. »
Dans une France où les hits radio font la part belle au rap et au hip-hop, le Social Club se donne une mission presque pédagogique. À Dijon, le public a parfois besoin d’être pris par la main selon le duo. « Il faut éduquer les gens, soutient Jules Camos. Il n’y a plus cette culture qu’on avait à l’époque. En Angleterre, les hits radio sont house et électro. Ici, si ce n’est pas du rap, c’est Shakira. On est hors phase. »
Le diagnostic est posé : le fêtard français souffre d’un mal étrange, celui de l’attentisme. « C’est l’effet de groupe, reprend Harry, on se conforte dans le contenu. Il suffit d’un mec pas chaud pour que tout le groupe reste planté. On a ce côté mouton où l’on sort parce que c’est l’endroit où il faut être, pour faire sa story et briller sur les réseaux sociaux, mais pas pour la musique. Nous, on veut que les gens sortent pour le contenu, pas pour le contenant. »
Pour briser cette lente inertie, le duo pose ses platines dans les salons des copains, entre le buffet et le canapé pour des sets filmés et publiés sur YouTube.
Harry garde un souvenir marquant d’une soirée au bar Monsieur Moutarde, rue des Forges à Dijon : « Au bout de dix minutes de set, quelqu’un me balance : “Change, joue du commercial ou du Jul”. J’ai tenu bon, j’ai joué deux heures, les gens étaient comme des fous. Le mec est revenu me voir, scotché. Il faut avoir le courage de ne pas brider son expression pour offrir une vraie émotion. »
Pour Jules et Harry, il y a un « coup à jouer » à Dijon. Ils sentent qu’un public immense, composé d’initiés nostalgiques et de néophytes curieux, attend simplement qu’on lui propose autre chose. « Il y a des dormants ici, assure Jules. Des gens qui ont envie de vibrer sur de l’électro mais qui n’osent pas ou ne trouvent plus d’endroit pour le faire. Dijon a ce mélange d’héritage de l’An-Fer et d’énergie étudiante. On veut fédérer tout ce beau monde. »
Pour le samedi 6 juin, Jules et Harry ont jeté leur dévolu sur le tarmac de la BA 102. Entre 14h et 1h du matin, près de 1 000 personnes, sont attendues pour profiter de ce cocktail artistique mêlant house, disco et French touch.
🪩 Norman Doray, Sam Karlson, Threesom, Niwey, Harry Fitsch et Jules Camos… Programmation à découvrir sur le compte Instagram de Social Club
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