Ces dernières années, la multiplication des chantiers de fouilles d’archéologie préventive à Dijon et alentours permettent de confirmer son fort développement à l’époque gauloise. Divio était une vraie agglomération, entourée d’activités artisanales et rurales. Petit tour d’horizon.

Dijon, alors Divio, a été une aire occupée durant toute la période gauloise, qui recouvre l’époque dite de l’âge de fer, au VIIIe siècle avant JC jusqu’à la conquête de la « Gaule chevelue » par les armées de César, entre -59 et -51. « Nous avons, lors des fouilles de ces dernières années, fait des découvertes impressionnantes. Au vu du nombre et de la qualité de celles-ci, on peut désormais affirmer que Dijon a été une agglomération gauloise significative », témoigne Laurent Vaxelaire, directeur régional de l’INRAP (Institut National de l’Archéologie Préventive).
« Ce sont des os de dinosaures, monsieur ? »
La plus récente découverte est aussi la plus spectaculaire : cinq sépultures gauloises atypiques, des inhumations en position assise — une pratique funéraire celte extrêmement rare à l’échelle européenne, moins d’une dizaine de cas — trouvées lors de fouilles sur le site de l’école maternelle et primaire Joséphine Baker, rue Turgot, à Dijon. « Les squelettes sont dans des tombes circulaires d’environ 1 mètre de diamètre, en position assise, dos à l’est, regard à l’ouest », détaille Hervé Laganier, responsable d’opération et responsable scientifique de la fouille. L’équipe travaille au « démontage » de l’une de ces tombes, en plein milieu de la cour de récréation de l’école primaire, suscitant la curiosité des enfants. « Ce sont des os de dinosaures, monsieur ? », interroge une élève. Une visite pédagogique du chantier a d’ailleurs été organisée faisant naître, on s’en doute, de nombreuses vocations d’archéologues.
Ces cinq corps, trouvés lors d’une campagne débutée en mars et courant jusqu’en avril s’ajoutent à treize autres, trouvés dans la cour de l’école maternelle, adjacente. Les individus, a priori tous de sexe masculin, ne présentent pas de traces de blessures, à l’exception d’un corps dont le crâne portait traces de coups violents. « Ces sépultures remontent à la période laténienne, ou second âge de fer. Leur inhumation remonte quelque part entre -400 et -200 avant Jésus-Christ », précise Annamaria Latron, archéo-anthropologue. Le pourquoi de cette position d’inhumation demeure pour l’heure mystérieux. À proximité, rue de Tivoli et à côté du parking Sainte-Anne, l’INRAP a mis au jour une autre nécropole « d’immatures », 23 enfants de moins de 1 an, ainsi qu’un cimetière d’animaux. 26 chiens, 5 moutons, 2 truies enterrés avec soin. « Il ne s’agit pas d’animaux destinés à être mangés, on penche plutôt pour des rites sacrificiels », estime Hervé Laganier.
Du verre d’Égypte, des amphores de Méditerranée…
Au-delà de ces découvertes spectaculaires, les fouilles Turgot et Maret s’inscrivent dans un corpus plus large de données accumulées ces dernières années autour de Dijon. Elles viennent compléter une cartographie désormais dense des occupations gauloises dans la plaine dijonnaise. Fait étonnant, les archéologues ont découvert, à Dijon et alentours, l’ensemble de la typologie d’habitats gaulois connue : exploitations agricoles, habitats groupés, zones artisanales et espaces funéraires.
À l’est de Dijon, la Peute Combe, fouillée pour les travaux de la LINO, a révélé un village d’artisans gaulois, plus ancien que les sépultures circulaires, datant de -500/450 av. J.-C., la fin du premier âge du Fer, période dite « Hallstatt ». 14 maisons, enfouies à 1,5 m de profondeur, des fours de bronziers et quantité de fibules, bijoux, agrafes de ceinture. « Ce village en fond de combe ressemble à un faubourg artisanal. On y a retrouvé du verre d’Égypte, des amphores de Méditerranée. Il s’agissait d’un village non autonome qui avait besoin de ressources pour vivre et fonctionner », estime Régis Labeaune, responsable d’opération à l’INRAP. À Saint-Apollinaire, place à un habitat plus rural, mis au jour lors du chantier de l’éco-parc. « Nous y avons trouvé des successions de petites fermes, des silos à grains, certains remontant à -700 av JC », poursuit l’archéologue.
Comment expliquer une telle densité de traces archéologiques ? « La Bourgogne a été pendant plus d’un siècle une forme de centre du monde. C’était le point de rencontre entre les celtiques nordiques et les populations méditerranéennes, Romains et Grecs. Les premiers fournissaient des matières premières, des métaux, mais aussi des esclaves, tandis que les autres apportaient des objets manufacturés. C’est le cas du célèbre vase de Vix, le plus grand connu au monde, qui témoigne de la puissance et de la richesse de ces principautés celtiques », analyse Dominique Garcia, président de l’INRAP.
À la faveur de ces fouilles préventives, liées à des projets d’aménagement contemporains, c’est donc toute une facette encore méconnue de l’histoire régionale qui émerge. Autour de Dijon, la présence gauloise apparaît désormais dans toute sa richesse : un territoire habité, exploité, organisé — et où certaines pratiques, comme ces rares inhumations en position assise, ouvrent des perspectives d’études inédites sur les sociétés celtiques.









