Beaune. Clap de « vin » pour Michel Crestanello, figure de l’esprit Bichot

Figure de la vie beaunoise et pilier de l’esprit Albert Bichot, Michel Crestanello tire sa révérence après trente ans de carrière à rapprocher le commerce du vin et la culture.

Michel Crestanello, chez lui près de Beaune, avec sa maquette de train. ©Jean-Luc Petit/DBM

Sa notification de retraite officielle date du 30 avril dernier. « Je préfère dire que j’ai fini de travailler un 1er mai, pour la symbolique », glisse Michel Crestanello, fidèle à sa nature affable, au bout de trente ans d’une carrière peu commune au service de ses employeurs, de Beaune et d’une certaine idée de la Bourgogne.

Bouchard Père & Fils (de 1993 à 2011) et Albert Bichot (depuis 2011) furent les deux seules maisons de sa vie, en tant que directeur des ventes pour le marché français. 

L’Enfant Jésus 1883

Petit-fils d’un bûcheron italien ayant quitté sa Vénétie dans les années 30 pour une fille de vignerons d’Urville, sur la côte des Bar, l’homme est arrivé en Bourgogne par amour pour une infirmière des Hospices. Le vin le motivait déjà au point de toquer à la porte de Bouchard Père & Fils pour un stage. Il finira propulsé « presque du jour au lendemain » de stagiaire à directeur régional, puis directeur des ventes France, sous la coupe de son premier mentor Bernard Hervet.

À l’aube des années 90, la Bourgogne a des préoccupations différentes. « Elle n’a pas encore l’aura des Climats et a du mal à communiquer, voire à intellectualiser son potentiel culturel », explique-t-il avec le bénéfice du recul.

C’est au Château de Beaune, entre les vénérables pierres du XVe siècle, qu’il vivra sa plus grande dégustation de vieux millésimes, avec cet émouvant beaune 1er cru Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1883. Le genre de relique qu’il inventorie dans un tableau Excel soigneusement mis à jour.

Bichot et l’esprit Hospices

À partir de 2011, la Maison Albert Bichot constituera un autre chapitre de sa vie, dans un registre plus conforme encore à sa sensibilité. Le directeur commercial deviendra un pilier de l’esprit Bichot et de son dirigeant Albéric, « une relation amicale de plus de 30 ans », incarnant des valeurs cardinales de « bienveillance, de simplicité et d’enthousiasme » véhiculées par la famille. Cet intimité ne l’empêchera pas de « savoir rester à (sa) place », à l’image d’autres serviteurs discrets comme Alain Serveau

La Vente des vins des Hospices de Beaune, dont la maison est l’acheteur numéro 1, constituera bien sûr un socle d’incroyables histoires dans l’histoire. « Je me souviens encore d’Albéric avec les lunettes diamantées d’Adriana Karembeu, offertes après l’achat d’une pièce de charité (ndlr, en 2014) », sourit Michel, devenu un ambassadeur naturel des Hospices.

Ce grand curieux et fervent lecteur a beaucoup œuvré au rapprochement du vin et de la culture, convaincu depuis (et pour) toujours que « les aspects techniques, marketing et culturels sont de vraies articulations commerciales, qui nous font éviter les discours qui sonnent creux ».

Livres en Vignes et grands esprits

Sous son impulsion, la maison Albert Bichot est ainsi engagée depuis quinze ans au côté du salon Livres en Vignes, au château du Clos de Vougeot. Idem avec le Club des écrivains de Bourgogne animé par Bernard Lecomte « où l’on en profite pour faire découvrir la singularité de la Bourgogne aux grands esprits de notre pays », dans le cadre du Grand Hôtel La Cloche, établissement auquel il demeure très attaché. Il en retire principalement « le plaisir d’avoyer côtoyé des gens brillants et aimables, de croiser les univers, d’avoir découvert beaucoup d’autres métiers ».

Avec ses équipes, Michel Crestanello a donc tissé la toile Bichot en douceur, « avec nos ambassadeurs régionaux et nos grands comptes à Paris, les sommeliers, cavistes et restaurateurs », sans oublier les temps forts que représentent Vinexpo et Wine Paris. De quoi dépasser « le million et demi de kilomètres » parcourus en France le concernant.

Tout cela dans une logique de commercialisation raisonnée, loin des spéculations ambiantes de plus en plus difficiles à défendre. « Albert Bichot a toujours soigné son marché français et les vins n’ont jamais été aussi bons que ces vingt dernières années. Nos actions culturelles et notre pédagogie originale ont fait rayonner la maison d’une autre façon, je me suis aussi battu pour cela. » 

Passage de témoin

Le jeune retraité a donc bien mérité ce qui lui arrive. Le dernier millésime n’était pas en pente douce pour autant. « Étonnamment, j’ai beaucoup travaillé et pris un grand plaisir à transmettre le témoin », confirme Michel au sujet de son jeune successeur Valentin Fontenit, « qui vient de chez Chapoutier et sait ce qu’est une entreprise familiale ».

Toujours impliqué dans l’association des Amis de Marey et des musées de Beaune qu’il préside, Michel Crestanello se pose désormais « en spectateur attentif ». Ce Porschiste amateur de course auto et de petits trains – il ne manque jamais une édition de la Fête du Train de Meursault – aura désormais tout le loisir d’emprunter les routes des plaisirs simples, au gré de ses passions, qu’il s’agisse de pianoter sur un orgue liturgique qu’il s’est offert pour ses 50 ans, ou de préparer une croisière amoureuse au fil du Danube ou de la Volga. 

Ce jeudi 4 juin, dans les caves Saint-Nicolas, quelques beaux flacons seront ouverts pour son pot de départ, en présence de nombreux amis d’horizons différents. Ce qui laisse échapper une dernière exclamation au disert Michel. « Quand je regarde dans le rétro… je me dis qu’on a fait quelques trucs bien ! »