Qui est Luc Baudry, nouveau président des Maires ruraux de Côte-d’Or ?

Écoles menacées, déserts médicaux, mobilités… Luc Baudry, nouveau président de l’Association des Maires ruraux de Côte-d’Or (AMR21), répond aux urgences de nos campagnes et prône l’union sacrée avec Dijon métropole et le Département.

Qui sont ces élus qui gèrent nos villages « en bons pères de famille » ? Rencontre avec Luc Baudry, le nouveau président de l’Association des Maires Ruraux de Côte-d’Or, bien décidé à faire entendre leurs voix... et la sienne !
Qui sont ces élus qui gèrent nos villages « en bons pères de famille » ? Rencontre avec Luc Baudry, le nouveau président de l’Association des Maires Ruraux de Côte-d’Or, bien décidé à faire entendre leurs voix… et la sienne ! © Nicolas Salin / DBM

Certains élus consacrent leur vie à faire vivre nos campagnes, dans tous les sens du terme. Luc Baudry est de ceux-là. Maire de Courtivron (166 habitants) depuis 1995 et président de la communauté de communes des vallées de la Tille et de l’Ignon (Covati) depuis 2014, cet ancien ingénieur sécurité a été élu à la présidence de l’Association des maires ruraux de Côte-d’Or (AMR21), samedi 13 juin. Il succède ainsi à Bruno Bethenod, maire d’Arceau, pour un mandat de six ans.

L’association, relancée en 2008 par une dizaine de maires ruraux, compte aujourd’hui 310 adhérents. À l’échelle nationale, l’AMRF porte la voix de plus de 13 500 communes de moins de 3 500 habitants depuis 1971.

Dans un contexte marqué par la baisse des services publics, les réformes scolaires subies et les défis d’accès aux soins ou à la mobilité, il livre sa vision d’un mandat qu’il qualifie de véritable vocation, exercée au quotidien en « bon père de famille ».

Dijon Beaune Mag : On oppose souvent le monde urbain et le monde rural. Existe-t-il une vraie différence entre maire de ville et un maire des champs ?

Luc Baudry : Oui, leurs préoccupations et leurs besoins au quotidien ne sont pas les mêmes. Cela ne nous empêche pas de travailler en parfaite intelligence avec l’AMF (Association des Maires de France) et son président Ludovic Rochette. Mais là où les maires des grandes villes s’appuient sur une administration et des protocoles, le maire rural est sans filtre. C’est l’homme à tout faire de sa commune, épaulé par une unique secrétaire de mairie. C’est un mandat difficile, surtout pour ceux qui débutent. Mais c’est ce qui le rend passionnant.

Sur le front de la santé et de la désertification médicale, quelles solutions concrètes allez-vous proposer ?

La santé est un sujet majeur. En zone rurale, quand le médecin s’en va, la pharmacie locale capote aussi parce que les gens partent consulter ailleurs. Pour casser ce cercle vicieux, nous travaillons main dans la main avec l’ARS à l’installation de cabines médicalisées directement connectées au CHU au sein même des officines de pharmacie. Cela permettra aux personnes souffrant de problèmes de mobilité d’obtenir un avis médical rapide en téléconsultation, tout en maintenant l’activité et la viabilité de la pharmacie du bourg.

L’école est un autre sujet de tension dans les villages. Comment éviter les fermetures de classes brutales ?

Nous ne voulons plus qu’on nous annonce en mars, sans aucun dialogue préalable, qu’une école fermera ses portes à la rentrée. Nous sommes déjà intervenus plusieurs fois auprès de Jérôme Jardry, le Directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN). Nous sommes conscients de la baisse de la démographie. Les maires doivent l’accepter : on ne peut plus avoir une école dans chaque village. En revanche, nous devons travailler sur des solutions intercommunales censées qui limitent les frais, préservant l’argent public investi et garantissant ainsi un environnement éducatif stable pour les enfants.

La mobilité est un des points noirs de la ruralité.

En ville, on met des vélos et ça peut résoudre le problème. En campagne, pour faire 50 ou 60 kilomètres, c’est une autre histoire ! La mobilité est un enjeu crucial. Beaucoup d’expérimentations comme le covoiturage ont été testées avec plus ou moins de succès. Nous essayons de centraliser les retours d’expérience au niveau national pour inventer des solutions locales. Le problème de la Côte-d’Or, c’est sa diversité : le Châtillonnais ou l’Auxois ont une densité si faible que les solutions de la métropole ou de la plaine de la Saône, comme le transport à la demande, y sont très difficiles à appliquer. Nous devons être inventifs et innovants.

Face à la montée des incivilités et des agressions envers les élus, comme ce fut le cas pour Jean-Claude Girard (Ouges) en 2021, vous sentez-vous démunis ?

C’est une dérive sociétale très choquante. Nous travaillons de près avec le commandant régional de gendarmerie (ndlr, Christophe Husson) pour former les maires et fluidifier l’information. Le procureur est aussi très attentif à ce que nous fassions remonter la moindre agression. L’AMR21 se tiendra toujours aux côtés des maires pour les soutenir et se porter partie civile si nécessaire. L’association est une grande famille. Quand l’un de nous est touché, c’est tout le groupe qui réagit. Cette solidarité fait notre force. Elle nous permet de porter des projets magnifiques, comme notre coopération actuelle pour implanter une laiterie et former des étudiants en Arménie.

L’un de vos projets est la création d’un « permis du maire rural »…

C’est un projet que nous menons avec mon prédécesseur, Bruno Bethenod, et l’éditeur Dominique Bruillot (ndlr, fondateur de votre magazine Dijon Beaune Mag). Cela prendra la forme d’un petit livret avec des questions-réponses très étayées pour expliquer ce qu’est la ruralité, le rôle du maire et tout ce qu’il peut apporter à la population. Ce n’est pas un catalogue de solutions à tous les problèmes, c’est un outil pédagogique et de communication. Nous avons pour objectif de le sortir au début du mois de décembre.

Vous gérez les communes en « bon père de famille ». Comment cela se traduit-il financièrement pour les élus ruraux ?

Un maire rural ne vit pas de ses indemnités, il ne peut pas abandonner son métier pour son mandat. Dans nos petites communes, les indemnités des élus sont directement prélevées sur le budget municipal. Si nous prenions tout ce à quoi la loi nous donne droit, nous n’aurions plus d’argent pour investir dans nos villages. La quasi-totalité des maires ruraux renoncent à une partie de leurs indemnités pour la laisser au budget de la collectivité. C’est cela, l’esprit de responsabilité du service public rural.

Pour soutenir ces projets, sur quelles collectivités pouvez-vous réellement compter ?

Le Département est notre partenaire indispensable. Le couple Département-commune est le socle de notre survie. En Côte-d’Or, le président François Sauvadet maintient coûte que coûte ses aides aux communes malgré les difficultés budgétaires, car il veut que « chacun puisse vivre là où il le souhaite ». Sans le Département, la ruralité meurt. Nous trouvons aussi un soutien précieux auprès du Syndicat intercommunal d’électricité de Côte-d’Or (Siceco) pour la rénovation des réseaux et les économies d’énergie dans nos bâtiments publics. En revanche, la Région est de plus en plus absente. Leurs dispositifs d’aide sont d’une complexité telle qu’ils découragent les maires ruraux qui n’ont pas l’ingénierie nécessaire pour monter les dossiers.

Quelles sont vos relations avec Dijon métropole ?

On ne peut pas et on ne doit pas opposer le monde rural à la métropole. Tout le monde ne peut pas habiter à Dijon, en raison du coût du logement ou de la qualité de vie que chacun recherche. Nous devons donc travailler ensemble. François Rebsamen était présent samedi dernier lors de l’élection. Il est très à l’écoute et bien conscient de nos difficultés. Sur le terrain, cela se traduit par des actions concrètes. Par exemple, sur la gestion de l’eau, la métropole joue un rôle de facilitateur en approvisionnant déjà certains de nos syndicats ruraux lorsqu’ils font face à des pénuries. Il nous apporte aussi un soutien politique crucial concernant la DETR (Dotation d’Équipement aux Territoires Ruraux). François Rebsamen s’oppose, tout comme nous, au fait que de grosses communes de la première couronne métropolitaine captent ces enveloppes pour financer des projets urbains très coûteux, au détriment de nos petites communes pour qui cette aide est vitale.