Dijon Beaune Mag
Inauguré dans les années 90 puis balayé en trois saisons, le parc d’attractions de la Toison d’Or a marqué Dijon. Retour sur un souvenir que les Dijonnais de moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, dans un documentaire France 3.

C’est un chapitre oublié de l’histoire dijonnaise que ravive un passionnant reportage de France 3 Bourgogne Franche-Comté : l’épopée fulgurante, spectaculaire et tragique du Parc récréatif de la Toison d’Or.
Inauguré en grande pompe au début des années 1990 par Robert Poujade (maire de Dijon de 1971 à 2001), cet ambitieux parc d’attractions urbain a marqué l’esprit de toute une génération de Dijonnais avant de disparaître prématurément. Retour sur ce lieu chargé d’histoires.
Tout commence par une idée du maire de l’époque, Robert Poujade, désireux d’urbaniser les 250 hectares au nord de Dijon. Au nord du rond-point de la Nation actuel, imaginez alors des champs à perte de vue… L’objectif est double : créer un grand centre commercial et offrir aux habitants un espace d’évasion et de divertissement. Pour concrétiser cette ambition, la ville s’associe à un géant industriel, la Lyonnaise des Eaux, qui investit pas moins de 120 millions de francs (soit près de 33 millions d’euros actuels) et s’allie au groupe spécialisé Walibi.
Imaginé autour de la mythologie grecque et des Ducs de Bourgogne, le parc propose un voyage féerique à quelques minutes seulement du centre-ville grâce à ses décors immersifs, avec son style architectural centaurien, des colonnes grecques et la mascotte Théodore le bélier, ses attractions phares comme le petit train traversant le lac, le tunnel d’illusion, les bûches aquatiques, le train de la mine, le labyrinthe à cloisons mobiles ou le tapis volant. Sans oublier son spectacle mythique des plongeurs d’Acapulco (American Diving Eagles) s’élançant d’une tour de 30 mètres de hauteur sur fond de musiques épiques.
Malgré un démarrage enthousiaste et 150 000 entrées dès la première année, le parc fait rapidement face à une accumulation de difficultés.
Son positionnement tarifaire s’avère d’abord inadapté : vendu comme un parc de « destination » avec un billet à la journée coûteux, il est surtout fréquenté par les locaux qui souhaitent y revenir régulièrement. À cela s’ajoutent une météo désastreuse et des accès routiers compliqués alors que le quartier de la Toison d’Or était encore en travaux.
Enfin, la concurrence s’est montrée particulièrement lucide, à l’image de Philippe Gélis, le cofondateur du parc Nigloland, qui avait averti les investisseurs dès le départ que l’emplacement urbain était trop proche de la concurrence et mal calibré pour un parc familial pérenne.
Après le retrait de Walibi et un déficit cumulé dépassant les 100 millions de francs (25 millions d’euros actuels), la Lyonnaise des Eaux jette l’éponge. Le parc ferme définitivement ses portes après seulement trois saisons. La marque et le matériel sont rachetés par Nigloland, où certaines attractions, comme les célèbres montgolfières, continuent de tourner aujourd’hui, après un petit lifting.
À la rédaction de DBM, on a adoré. Ce documentaire de France 3 est une véritable capsule temporelle, d’une grande valeur sentimentale. (On a tous eu la petite larme au coin de l’oeil à la fin du reportage…) Loin d’une simple chronologie des faits, le reportage donne la parole à tous ceux qui ont fait vivre le site, à commencer par les anecdotes poignantes des salariés et concepteurs qui racontent l’envers du décor, l’urgence des travaux jusqu’au TGV spécial d’inauguration, arrivé à Dijon 10 ans plus tôt.
On y retrouve également la nostalgie touchante des visiteurs, de leurs souvenirs d’enfance, ainsi que le regard sans filtre des acteurs du secteur, notamment l’actuel patron de Nigloland Philippe Gélis qui dévoile la stratégie d’absorption. Le documentaire propose une exploration captivante des vestiges actuels en montrant ce qu’il reste du site, devenu un parc public, où le tramway de la ligne T2 emprunte désormais, en partie, le tracé de l’ancien petit train…