« Avec les Climats de Bourgogne, nous faisons partie d’un tout »

Président et présidente déléguée de l’association des Climats du vignoble de Bourgogne, qui fêtera ses vingt ans en 2027, les vignerons Cyprien Arlaud et Lauriane André revendiquent une ambition d’unité et de partage. Motivé par cette valeur universelle, le nouveau duo détaille les défis et projets qui guideront son mandat.

Cyprien Arlaud et Lauriane André, président et présidente déléguée de l’association des Climats, se rejoignent symboliquement au pied de la montage de Corton, entre Côte de Nuits et Côte de Beaune, à quasi équidistance de leur domaine respectif. Le mur en pierre sèche fait partie des 285 projets de rénovation (soit 9 km de murs et quelque 17 cabottes) financés le long de la zone Unesco depuis la mise en place du Fonds Patrimoine il y a neuf ans.
Cyprien Arlaud et Lauriane André, président et présidente déléguée de l’association des Climats, se rejoignent symboliquement au pied de la montage de Corton, entre Côte de Nuits et Côte de Beaune, à quasi équidistance de leur domaine respectif. Le mur en pierre sèche fait partie des 285 projets de rénovation (soit 9 km de murs et quelque 17 cabottes) financés le long de la zone Unesco depuis la mise en place du Fonds Patrimoine il y a neuf ans. © Jean-Luc Petit

Dijon Beaune Mag : Au commencement de votre engagement pour les Climats est votre métier de vigneron. Comment êtes-vous venus à lui ?

Lauriane André : Originaire de Saint-Etienne et juriste de formation, je ne suis pas née entre deux ceps de vigne. DRH lorsque je suis arrivée à Beaune en 2004, je suis tombée amoureuse d’un Bourguignon, puis de la Bourgogne et de ses vins. J’ai fini par reprendre la gestion du domaine de ma belle-famille en 2010, après avoir appris le métier au CFPPA de Beaune. J’ai la chance d’avoir pour bras droit Jérôme Després, qui m’a transmis son savoir. Derrière les vignerons, il y a des équipes formidables qui travaillent toute l’année, on ne le dit jamais assez.

Cyprien Arlaud : Mon histoire est plus familiale, mais elle est aussi marquée par un regard extérieur. Mon grand-père, qui a créé le domaine à Morey-Saint-Denis dans les années 1950, venait de la Drôme. À chaque génération, il y a donc eu cette capacité à regarder la Bourgogne avec curiosité. J’ai grandi dans les vignes, mais avec cette idée que l’on construit ses racines au fil du temps. Le vin et les Climats ont été pour moi une manière de développer ces racines.

Pourquoi avoir choisi de vous engager au sein de l’association des Climats du vignoble de Bourgogne ?

Cyprien Arlaud : Parce que nous avons, je crois, le sentiment de faire partie d’un tout. Les Climats représentent un territoire, un terroir, une histoire collective. Quand on reçoit autant d’un environnement, il est naturel d’avoir envie de lui rendre quelque chose.

Lauriane André : Je partage totalement cette vision. Au domaine, nous avons toujours travaillé dans une logique parcellaire, en mettant en valeur chacun de nos Climats. Lorsque Cyprien m’a proposé de m’investir davantage, cela m’a semblé évident. Au-delà du vignoble, les Climats racontent aussi un patrimoine bâti, des savoir-faire, une culture très forte. C’est un paysage culturel vivant dont nous sommes tous les acteurs.

La transmission est un mot qui revient souvent. Pourquoi est-il si important ?

Lauriane André : Nous ne sommes que de passage et avons la responsabilité de transmettre ce patrimoine aux générations suivantes dans le meilleur état possible. C’est vrai pour les paysages, pour les savoir-faire, mais aussi pour les valeurs qui les accompagnent.

Cyprien Arlaud : C’est d’ailleurs pour cela que les actions menées auprès des scolaires sont essentielles, à l’image de la grande journée pédagogique « 1, 2, 3 Climats » organisée pour la deuxième fois au château du Clos de Vougeot en mai dernier, avec près de 350 élèves de la maternelle au collège. Les enfants comprennent parfois les Climats avec une fraîcheur et une spontanéité qui nous rappellent à quel point ce patrimoine est précieux.

Lauriane André : Cette transmission passe aussi par la diffusion des connaissances auprès du grand public, des élus, des habitants ou des porteurs de projets. C’est tout le sens du futur guide de la Valeur Universelle Exceptionnelle que nous allons éditer, qui permettra de mieux comprendre les multiples composantes des Climats et les liens qui existent entre elles.

Cyprien Arlaud : Je pense aussi à la transmission des métiers. Grâce au soutien de notre mécène Ficofi et en partenariat avec le lycée viticole de Beaune, il sera possible de soutenir via un système de bourse des personnes souhaitant se former au métier de tractoriste viticole. Préserver les Climats, c’est aussi former celles et ceux qui en prendront soin demain.

Action phare de l'association en direction du jeune public et fil rouge pédagogique, l'événement 1, 2, 3, Climats ! a mobilisé près de 350 élèves du territoire, le 21 mai dernier au château du Clos de Vougeot, pour une grande journée de médiation autour des Climats. Le fruit d'un an de travail pour les élèves, leurs instituteurs et la coordinatrice pédagogique des Climats de Bourgogne
Action phare de l’association en direction du jeune public et fil rouge pédagogique, l’événement 1, 2, 3, Climats ! a mobilisé près de 350 élèves du territoire, le 21 mai dernier au château du Clos de Vougeot, pour une grande journée de médiation autour des Climats. Le fruit d’un an de travail pour les élèves, leurs instituteurs et la coordinatrice pédagogique des Climats de Bourgogne © Jean-Louis Bernuy

Le mot « climat » semble s’être imposé dans le vocabulaire. Est-ce une victoire ?

Cyprien Arlaud : Oui, parce qu’il y a encore quelques années, les vignerons parlaient surtout de terroirs. Jeune, je n’avais jamais entendu ce terme dans la bouche de mes parents. Le travail mené autour de l’inscription a permis de remettre en lumière ce terme historique, qui décrit de façon beaucoup plus complète la singularité bourguignonne. Aujourd’hui, il est largement compris et utilisé, ce qui montre que cette notion a trouvé sa place.

Lauriane André : On le constate tous les jours. Lors des dégustations, les visiteurs évoquent désormais spontanément les Climats pour parler des vins de Bourgogne. C’est devenu une véritable clé de lecture de notre territoire. À nous de continuer à l’expliquer pour qu’il conserve tout son sens et toute sa richesse.

Cyprien Arlaud : Nous travaillons avec l’INAO afin que l’usage de ce mot reste cohérent avec la définition historique et culturelle des Climats de Bourgogne. L’objectif n’est pas d’empêcher les gens de s’approprier ce terme, bien au contraire. Nous souhaitons simplement que le terme Climat continue à désigner ce qu’il est en Bourgogne : un lieu précisément identifié depuis des siècles, cultivé et transmis de génération en génération.

La Cité des Climats a-t-elle un rôle particulier à jouer dans cette dynamique ?

Cyprien Arlaud : Oui, c’est un outil essentiel, où l’association travaille au quotidien. Il y a dix ou quinze ans, on pensait que tout se faisait dans les caves. Aujourd’hui, la Cité offre une porte d’entrée accessible à tous pour comprendre les Climats et la culture viticole bourguignonne.

Lauriane André : Toute la filière se sent concernée par sa réussite. C’est un lieu de découverte, de pédagogie et de partage qui complète parfaitement le travail mené sur le terrain. Comme une jeune vigne, elle a besoin de temps pour s’enraciner, mais nous sommes convaincus qu’elle deviendra un outil incontournable pour faire rayonner les Climats auprès du plus grand nombre.

La biodiversité est l’un des sujets qui vous tiennent particulièrement à cœur. Quel rôle les Climats peuvent-ils jouer dans ce domaine ?

Cyprien Arlaud : La biodiversité est l’un des axes majeurs que nous développons depuis plusieurs années. Grâce au Fonds Biodiversité, nous avons déjà menu plusieurs diagnostics à l’échelle de villages comme Chassagne-Montrachet, Vosne-Romanée, la colline de Corton et bientôt Chambolle-Musigny et Morey-Saint-Denis. L’objectif est d’identifier les actions concrètes à mener : restauration des murets en pierre sèche, plantation de haies et d’arbres, préservation des habitats naturels ou encore sensibilisation des habitants.

Lauriane André : En tant que vigneronne, la biodiversité commence d’abord dans les sols. Lorsque je suis arrivée au domaine, ma priorité a été de remettre de la vie dans les vignes. Toutes les initiatives qui permettent de préserver cet équilibre sont importantes pour l’avenir du vignoble.

Cyprien Arlaud : Ce qui est intéressant dans cette démarche, c’est qu’elle rassemble bien au-delà du seul monde viticole. Les vignerons, les communes et les habitants ont chacun un rôle à jouer. Les Climats nous rappellent que tout est lié et que la préservation de ce patrimoine passe aussi par la préservation de son environnement vivant.

Bio express de Lauriane André et Cyprien Arlaud

Originaire de Saint-Étienne, Lauriane André, 45 ans, est arrivée en Bourgogne après une première carrière dans les ressources humaines. Formée au CFPPA de Beaune, elle reprend en 2010 la gestion du domaine Françoise André à Beaune et engage la conversion biologique de l’ensemble du vignoble. Investie dans plusieurs associations locales et dans la transmission auprès des jeunes générations, elle a rejoint le conseil d’administration des Climats en 2024 avant d’en devenir aujourd’hui présidente déléguée.

À 49 ans, Cyprien Arlaud dirige le domaine familial Arlaud à Morey-Saint-Denis, créé par son grand-père dans les années 1950. Après des expériences en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud, il signe son premier millésime en 2004 et engage rapidement le domaine dans une démarche biologique puis biodynamique. Administrateur de l’Association des Climats du vignoble de Bourgogne depuis 2018, président délégué depuis 2020, il en assure désormais la présidence.

Quels sont les grands chantiers à venir pour l’association ?

Cyprien Arlaud : Le premier grand chantier est celui du futur plan de gestion, qui sera rédigé au mieux fin 2027. Nous allons prendre le temps d’analyser ce qui a bien fonctionné depuis l’inscription, ce qui peut être amélioré et quelles orientations donner au site pour les dix ou quinze prochaines années. C’est un travail collectif qui doit permettre de concilier préservation, adaptation et transmission.

Lauriane André : Nous poursuivons également un important travail de connaissance du territoire, avec les monographies de la quarantaine de villages inscrits sur le périmètre classé. L’idée est de mieux comprendre les Climats à l’échelle locale, à travers l’histoire, la géologie, la toponymie ou encore les paysages.

Au-delà des projets locaux, quelle place les Climats doivent-ils occuper dans le réseau mondial des sites UNESCO ?

Cyprien Arlaud : Nous avons beaucoup à apprendre des autres sites inscrits. À l’échelle de l’Unesco, les Climats restent un site relativement jeune. Nous entretenons notamment des liens avec les autres grands paysages viticoles inscrits à l’UNESCO, comme les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne ou Saint-Émilion. Ces échanges nous permettent de confronter nos expériences, de partager les bonnes pratiques et d’éviter certains écueils. Dix ans après l’inscription, nous sommes encore dans une phase d’apprentissage.

Lauriane André : Cette ouverture est essentielle. Les Climats s’inscrivent aussi dans une communauté internationale qui partage les mêmes préoccupations : comment préserver un patrimoine vivant tout en lui permettant d’évoluer et de rester attractif ?

Cyprien Arlaud : C’est aussi une manière de garder l’humilité nécessaire. Comme dans nos métiers de vignerons, rien n’est jamais acquis. Les Climats sont un héritage exceptionnel, mais leur avenir dépendra de notre capacité à travailler collectivement, à rester ouverts et à nous inspirer de ce qui se fait ailleurs.