Bande dessinée : Fred Bernard et ses bulles bourguignonnes

Il vient de publier Lady Sir, un album-témoin de la naissance du groupe musical formé par l’ancien leader de Louise Attaque Gaëtan Roussel et la comédienne Rachida Brakni. Mais plus il va loin et haut dans sa carrière, plus Fred Bernard se retrouve dans son terroir bourguignon, à Savigny-les-Beaune. Il en parle ce week-end sur France Bleu Bourgogne, dans le Café des bourrus (*).

Par Dominique Bruillot
Photo : Jonas Jacquel

Jack London et Hemingway lui auraient donné le goût du récit, Jules Verne et Hugo Pratt ceux de l’aventure et du fantastique. Dans le milieu de la BD, Fred Bernard est une valeur sûre. Jacques Glénat le chouchoute, les artistes de la scène française apprécient volontiers son talent de dessinateur-reporter. C’est ainsi qu’est né Lady Sir, une BD totalement inspirée des heures passées entre Paris et Lisbonne, dans l’environnement des séances d’enregistrement du groupe éponyme fondé par l’ex-leader de Louise Attaque Gaëtan Roussel et la comédienne Rachida Brakni.

Accidently Yours, dont la sortie officielle a été programmée ce vendredi 14 avril, comporte même un air sifflé par un certain Eric Cantona, heureux compagnon de Rachida et auteur des chansons du premier opus de la belle. Un bien joli mélange tout ça.

Observateur maladif

Le dessin devient donc le parfait complice de la musique, non seulement d’un point de vue artistique, mais tout bonnement d’un point de vue marketing. L’art de la BD est à son apogée et le talent de Fred Bernard, avant même de représenter les choses dans une rondeur qui n’est que fausse naïveté, est déjà celui d’un grand observateur. Il y a du Tintin-reporter qui sommeille en lui. « C’est maladif » plaide l’intéressé qui cache derrière la bonhomie de son trait, un activisme de la mémoire d’une grande intensité.
Ceci expliquant cela, mais pas que, après avoir pris le chemin académique et « plaisant » de l’Ecole de dessin de Beaune, Fred Bernard a visé les mômes en devenant le scénariste de son camarade et excellent illustrateur François Roca. La poésie taquine de l’un et l’aboutissement pictural de l’autre ont fait des miracles parmi les albums édités chez Albin Michel jeunesse et Nathan, excusez du peu. Jeanne et le Mokélé, pour ne citer que celui-ci, est lauréat des prix Alphonse Daudet et Goncourt jeunesse 2002. Puis, Fred, s’est mis à faire seul ses propres albums.
« Passer par les enfants m’a permis de toucher les grands », argumente l’artiste. Partout, à tout instant, il crayonne et met en perspective ses rencontres et les situations dont il est le témoin. Parfois en enserrant peu de dessins entre des textes fournis, un peu à la Siné; d’autres fois en donnant libre cours à la couleur, rarement de la même façon. Derrière ce joyeux foutoir en apparence, il revendique un esprit cartésien, « une architecture à partir de laquelle se construit l’album. » On le croit sur parole, tant on est touché par la justesse du ton et cette subtile approche des hommes et des femmes qui le croisent.

Jeanne Picquigny, une fille du pays

Chez Fred Bernard, il y a désormais un Bourguignon qui se réveille de plus en plus en lui. Au micro de France Bleu Bourgogne, dans le cadre du Café des bourrus(*), il se lâche un peu sur le sujet et évoque ce grand-père vigneron dont il était l’inconditionnel admirateur, auquel il a d’ailleurs consacré une remarquable et néanmoins désopilante production, les Chroniques de la vigne (Glénat, 2013, Prix du Tastevin à Livres en vignes).
L’homme vénéré était de la trempe de ces Bourguignons d’une autre époque, qui avaient l’accent rocailleux et le verbe aussi vif qu’affûté. De son vivant, il n’avait cependant pas compris que Fred, avec son talent de conteur-dessinateur, pouvait faire un bel ouvrage sur le vin. « Tous les livres qu’on écrit sur le vin sont ennuyeux» lui faisait-il remarquer. Sur ce point, on ne lui donne pas complètement tort. Mais le vieux vigneron n’avait pas perçu que la BD sait s’emparer de la vérité pour la faire voyager avec bonheur dans les esprits. Elle est à sa façon un véhicule aussi désinhibant que le vin, surtout quand il est bon.
Ces conversations entre un grand-père et son petit-fils, restituées sur le tard, ont une saveur délicieusement bourguignonne. Tout comme, à certains égards, les aventures de Jeanne Picquigny, héroïne chérie et un brin sexy de Fred Bernard qui, entre L’ivresse du poulpe et La patience du tigre (éditions Casterman), retrouve ses aises à Savigny-les-Beaune. C’est là, justement, que la famille de l’auteur continue à produire du crémant de Bourgogne. Lui aussi s’y sent de mieux en mieux semble-t-il. Car après tout, qu’il s’agisse de planches à dessin ou d’effervescents, tout est question de bonnes bulles dans cette histoire.

(1) Le Café des Bourrus, France Bleu Bourgogne, 103.7, samedi 15 avril et dimanche 16 avril de 12h07 à 12h30.

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