Dijon Beaune Mag
Le restaurant La Superb à Beaune vient de changer de propriétaire ce mercredi. Après trente ans à régaler la capitale des vins de Bourgogne, l’emblématique couple de restaurateurs Isabelle et Bruno Monnoir raccrochent le tablier.

Clap de faim pour le bar à manger de la rue d’Alsace. Ce mercredi, La Superb a officiellement changé de mains, quelques jours après un dernier service passé en toute discrétion. Pour Isabelle et Bruno Monnoir, deux figures emblématiques de la vie beaunoise, cette vente marque la fin d’une carrière « au service des autres ».
L’aventure du couple Monnoir a commencé en 1991 avec le rachat du Benaton, autre adresse incontournable locale. Originaire de Nuits-Saint-Georges où ses parents tenaient un bar-restaurant, éduqué à la cuisine chez Lameloise, Bruno fait partie de cette génération de chefs ayant de la suite dans les idées.
Partis « sans un rond en poche », lui et son épouse transforment l’établissement en table de référence, décrochant l‘étoile Michelin en 2006. Pendant près de vingt ans, ils portent cette adresse avec exigence, frôlant même la deuxième étoile au début des années 2010.
En 2015, las de cette course aux étoiles, Bruno décide de rompre avec les codes de la haute gastronomie. « Ce système-là m’emmerde », confie-t-il encore aujourd’hui, avec la franchise qui le caractérise.
L’été 2016 voit ainsi naître La Superb, dans ce qui était un magasin de vêtements. L’objectif est alors d’offrir une proposition plus « cool et transparente, avec vue sur la cuisine », tout en conservant l’exigence qu’impose leur parcours.

Ces dernières années n’ont pas été de tout repos. Le couple a dû laisser au fond des casseroles ses envies de transmission, déçu par le silence radio de salariés qu’ils estimaient pourtant de confiance. « Un gros choc, on ne comprenait pas », livre Bruno, qui a assumé seul avec son épouse les dernières années d’exploitation. Lui à la cuisine, elle au service.
49 années de métier n’épargnent pas la carcasse. « On finit vraiment sur les rotules », concède l’un. « C’est vraiment difficile de tenir un tel rythme sans personne d’autre », confirme l’autre.
L’émotion reste toutefois vive au moment de rendre les clés. Isabelle, qui a baptisé le restaurant en référence à un album de Benjamin Biolay, évoque ce lieu comme « un bébé créé de toutes pièces ».
Cette Jurassienne pur jus de savagnin quitte une profession dans laquelle elle a toujours baigné, à l’image de son ex beau-frère David Zuddas ou d’un grand-oncle qui officiait sur le paquebot France.

Pour l’heure, le couple de jeunes soixantenaires n’a pas de projet défini, si ce n’est « prendre soin de nous, comme on a pris soin des autres ». Quant à l’adresse du 15 rue d’Alsace, elle s’apprête à changer de nom et de concept, tout en conservant sa vocation gourmande. Les Monnoir confient les clés sans faire de bruit, en toute sobriété.
« Pas de fête, pas de communication », tranche le couple, qui aura régalé Beaune pendant plusieurs décennies. Tel est pourtant « leur héritage », comme disait le chanteur…