Beaune: « Je suis Noël Dorville »

L’œuvre du caricaturiste Noël Dorville dormait dans les archives de la ville de Beaune qui, avant les événements du 7 janvier, avait décidé de les exhumer pour en faire une grande exposition hommage. Un hasard qui permettra de redécouvrir, à partir du 25 mars, ce qu’était vraiment la liberté d’expression à une autre époque.

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L’assistance publique – 1901

Par Dominique Bruillot

Sans le savoir, Beaune a anticipé les événements les plus horribles à son profit. En décidant à la fin de l’année dernière de remettre au jour la vie et l’œuvre du dessinateur Noël Dorville, qu’elle gardait précieusement et quasi secrètement dans ses archives, la ville côte-d’orienne rejoint le vent de l’histoire.

Du 25 mars au 29 novembre, le musée des Beaux-Arts va ainsi exposer les dessins de cet illustrateur et caricaturiste de talent, dont le trait a immortalisé les événements et les personnages qui ont marqué la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle.

Noël Dorville est un Bourguignon au sens plein du terme. Né en 1874 à Mercurey en Saône-et-Loire, mort à Cosne-Cours-sur-Loire en 1938 à cause d’une santé fragile, il a épousé une beaunoise qui a légué le fonds de l’atelier de son artiste de mari à la ville de Beaune en 1948. Certes, il n’avait rien de la hargne d’un Charb ou des facéties culottées d’un Cabu, mais il était de son époque. Son art, moins féroce que chez Daumier et peut-être moins drôle que chez André Gill, se distingue par un sens de l’observation acéré, qui lui a valu de faire régulièrement la « une » des grands journaux satiriques de son vivant.

Charivari et la célèbre Assiette au beurre l’ont consacré. Titulaire d’une carte de presse, il incarne cette grande tradition française du dessin qui dérange et dont on vient de retrouver, dans les conditions que l’on sait malheureusement, le sens profond.

Sous le regard de Dorville, les grands de ce monde ont pris forme et formes. Clémenceau, Jaurès, Edouard VII et tous les acteurs de la vie publique en ont pris pour leur grade. Et pourtant, l’illustre illustrateur avait été effacé de la mémoire collective. Un oubli réparé depuis que sa vie passionnante a été exhumée après plus de soixante-ans de somnolence dans les tiroirs d’une salle d’archives.

D’autres documents racontent ses rencontres, ses échanges, les aléas de son existence et apportent, grâce à cette exposition prometteuse (placée sous la bienveillance de quatre commissaires dont Laure Menetrier qui a la charge des musées de Beaune), un certain regard sur la liberté d’expression qui fait depuis longtemps la singularité de la France.

Noël Dorville a laissé un autre héritage. Son petit-fils Gérard Dorville fut lui-même dessinateur de presse aux éditions Vaillant et son arrière-petit fils est le journaliste Jérôme Dorville qui, en 2005 fut débarqué de son poste de directeur-adjoint d’Europe1 par le regretté Benoit Duquesne. Définitivement, la presse n’a rien d’un long fleuve tranquille. Les visiteurs de l’exposition pourront donc s’exclamer la main sur le cœur: « Je suis Noël Dorville ».

Photos : D.R

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