Bourgogne-Côte-Chalonnaise, genèse d’une appellation avec Aubert de Villaine et Michel Goubard

Michel Goubard et Aubert de Villaine ont porté l’appellation Bourgogne-Côte-Chalonnaise sur les fonts baptismaux. Près de 30 ans après, ce nom, avalisé en son temps par deux ministres bourguignons, a de belles perspectives devant lui. Retour sur un épisode fondateur.

Michel Goubard et Aubert de Villaine © Jean-Luc Petit

Par Dominique Bruillot
Pour
Bourgogne Magazine 59

« On avait des bourgognes qui méritaient une distinction. » En quelques mots, Aubert de Villaine dit tout. Avec Michel Goubard, vigneron et ancien maire de Saint-Désert, mais aussi grâce au concours du viticulteur Jean Vachet, ils ont été les géniteurs de l’appellation Bourgogne-Côte-Chalonnaise. Un travail communautaire, se plaît à rappeler Michel Goubard, « qui s’appuyait sur l’historique fourni par Yolaine Crépin et les quelques pages manuscrites confiées à la plume de Jean Roberjot ».
C’est d’ailleurs entre les lignes écrites par ce dernier qu’on trouve le sens originel de la démarche : « Une seule solution apparemment peut être envisagée, se distinguer à l’intérieur de l’appellation Bourgogne, dans la mesure où la qualité des vins se mérite. C’est ce que fait le négociant qui engage sa réputation sur un bourgogne à sa marque, le propriétaire qui fait un usage judicieux d’un nom de terroir, ou la cave coopérative qui impose son nom à force de soigner la qualité de son vin. C’est aussi ce qu’apporte un bon classement à un concours qui, tout en étant encore non officiel, est cependant réputé, un satisfecit comme le Tastevinage, le Chanteflûtage, le concours de vins de Mâcon. »

Le corsé de la Côte de Nuits

Autre temps, autre situation : dans le créneau de l’appellation régionale, l’offre est alors plus forte que la demande. Nous sommes en 1989, la belle envolée de nos appellations les plus en vue, qui entraînera derrière elle le reste de la production, n’est pas encore à l’ordre du jour. S’ajoute aux fées favorables du contexte un fait historique incontestable, la singularité du terroir de la Côte chalonnaise : « Les vins ont ici leur typicité, avec moins de moelleux que ceux de la Côte de Beaune, mais le corsé de ceux de la Côte de Nuits et une finesse originale. »
En poursuivant de la sorte, le « moine copiste » du dossier de l’appellation va jusqu’à citer en référence la page 116 de la première édition (1916) de l’ouvrage de Jullien, Topographie de tous les vignobles connus : « Tous les vins de la Côte chalonnaise, même ceux de Mercurey, ont peu de mœlleux mais un goût qui les caractérise et les distingue de ceux de la Côte de Beaune, sous le nom desquels ils se présentent néanmoins très souvent dans le commerce ». Revoili revoilou le fameux complexe chalonnais. Celui qui fait qu’on endosse le costume du voisin pour ne pas afficher fièrement ses propres ambitions !
Les années 1980 ont donc été déterminantes pour Chalon et sa côte. On peut même dire qu’elles ont dessiné le paysage administratif d’aujourd’hui. L’idée de décrocher une appellation régionale identifiée « est venue de la création de maison des vins en 1982 », rappelle Michel Goubard. « Les appellations village étaient alors assimilées à la Côte de Beaune et on avait interrogé les gens, le négoce ; on était fédérés à cette Côte-d’Or alors que l’on produisait déjà du bourgogne d’Irancy au Beaujolais. » Ironie du sort, la grande distribution a mis son grain de sel dans l’histoire. « Carrefour Chalon a exigé que l’on mette Côte-Chalonnaise sur les étiquettes », s’amuse encore le vigneron de Saint-Désert, pas loin de penser que le poids du mastodonte commercial (mais local) a pesé positivement dans la balance.

Jour de gloire

Aubert de Villaine, patron du domaine de la Romanée-Conti, s’est rapproché dans le même temps de Lucien Jacob, à Échevronne, pour « s’inspirer beaucoup du dossier des Hautes-Côtes de Beaune ». Rien de plus logique. L’acte de naissance d’une appellation symbolise, ici plus qu’ailleurs, ces crises d’identité qui traversent la mosaïque des vignobles de la Bourgogne. Aujourd’hui encore, la démarche entreprise pour la reconnaissance des bourgognes de Côte-d’Or fait écho à celle vécue par les Chalonnais. Un grand chez soi vaut parfois mieux qu’un petit chez les autres…
« Ne pas le faire aurait été aberrant, nous représentons une grande surface d’exploitation mais nos bourgognes sont tous en coteaux », remarque Aubert de Villaine. Une distinction à laquelle s’ajoutera plus tard une baisse de deux « hectos » à l’hectare de production imposée par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao). Mais le jour de gloire est véritablement arrivé le 27 février 1990, date du décret publié au Journal officiel sous la signature du Premier ministre Michel Rocard. Deux autres ministres ont paraphé cet acte de naissance : Pierre Bérégovoy au titre de l’Économie et des Finances ; Henri Nallet au titre de l’Agriculture et de la Forêt. Il ne vous aura pas échappé que le premier était de Nevers et que le second fut un député de l’Yonne… La Bourgogne est grande, vive la Bourgogne ! Vive la France ! Vive le Bourgogne-Côte-Chalonnaise !

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