Dans le cadre de sa « tournée des 50 ans », le groupe Ange se produit à Besançon le 3 décembre et dans l’agglomération dijonnaise le 11 décembre prochain. À cette occasion, Christian Décamps, cofondateur du groupe, revient depuis sa Haute-Saône chérie sur le parcours d’une formation culte dont le rock progressif et l’univers onirique ont fait voyager plus d’un adolescent dans les années 70. Et qui, contre vents et marées, poursuit aujourd’hui encore sa route artistique en dehors des grandes voies de l’industrie musicale.

Débutée en janvier 2020, puis stoppée par le Covid, la tournée des 50 ans d’Ange joue malgré elle les prolongations. Une façon de faire durer le plaisir finalement ?

Si on peut dire. La tournée avait en effet commencé en trombe le 30 janvier 2020 avec un concert anniversaire dans la salle du Trianon à Paris, qui a rassemblé une quinzaine de musiciens ayant fait partie du groupe au fil des années. Et puis le Covid a débarqué, nous empêchant d’honorer une bonne partie des concerts qui étaient au programme. On aurait pu rembourser les billets, mais on ne pouvait pas laisser tomber tous ceux qui nous attendaient. Pour notre public autant que pour le plaisir de jouer, on a donc décidé de terminer cette tournée d’une quarantaine de dates qui va finalement durer jusqu’à l’été 2022.  On y jouera un florilège des titres de Ange picorés dans toutes les décennies, avec des morceaux anciens qui ont fait notre réputation et d’autres plus récents.

Vous êtes le dernier représentant de la formation des années 70. Dans ces conditions, comment avez-vous préservé l’esprit du groupe originel ?

J’ai fondé le groupe avec mon frère Christian en 1969. Après son départ en 1995, et une tournée d’adieu triomphale de l’Ange originel, j’ai finalement voulu poursuivre l’aventure avec quatre nouveaux musiciens, dont mon fils Tristan. 25 ans plus tard, la formation n’a pas changé. Mais si le groupe est éternel, moi non. C’est une histoire de transmission, un peu comme avec Peugeot : le père Peugeot n’est plus là avec ses tôles, mais la marque demeure. Pour Ange, j’espère que mon fils prendra la relève, il en a le potentiel musical et humain.  

Avec ses premiers albums devenus culte (Le Cimetière des Arlequins, Au-delà du délire, Émile Jacotey…), Ange a fait rêver toute une génération de jeunes Français. N’est-ce pas agaçant de voir le groupe toujours ramené à ses débuts, alors qu’il a eu une longue carrière depuis ?

Oui, c’est un peu frustrant, car Ange est un arbre intemporel, hors du temps, hors des normes, hors des grands médias aussi. À l’image de La Bohème d’Aznavour, la nostalgie peut être un poison pour les artistes. Une carrière artistique, c’est comme un arbre. Si ses racines forcent le respect, sa vie tient à son renouvellement, à ses bourgeons, à ses branches qui poussent vers d’autres univers. La nostalgie, c’est comme une souche coupée, plus rien ne pousse après. Il faudrait que le public le comprenne, même si chacun a ses périodes préférées.

Là où beaucoup d’artistes ont succombé aux sirènes parisiennes, vous êtes toujours resté fidèle à votre coin de campagne haut-saônoise, au point d’être devenu le groupe d’une certaine « France profonde ».  Comment expliquez-vous cet attachement à votre territoire ? 

Je suis un rural par nature. Je n’ai jamais été attiré par les grandes villes. Pour composer et écrire, j’ai besoin d’être chez moi, à la campagne. Je revendique le fait d’être comme un pied de nez au parisianisme du show business. Ici, on travaille en famille, dans un studio installé à la maison, en autoproduction, loin des grandes maisons de disque. J’aime à répéter que nous sommes le groupe français le plus célèbre… à être passé inaperçu. Aux yeux des grands médias nationaux en tout cas, qui nous ont toujours boudé, et estiment systématiquement que nous ne sommes pas dans « la couleur de la programmation ». Ce qui ne nous a pas empêché de cumuler 6 disques d’or et plus de 6 millions d’albums vendus. Notre indépendance passe aujourd’hui par l’association Un pied dans la marge, qui compte un millier de fans adhérents, édite notre fanzine Plouc Magazine et participe à la production de nos albums.

> Ange en concert le vendredi 3 décembre à 20 h au Kursaal à Besançon, le samedi 11 décembre 2021 à 20h30 au Cèdre à Chenôve. Billetterie sur pyrprod.fr

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