Confinement, télétravail, soignant… quel est le sens exact de ces mots à la mode en temps de Covid-19 ? DijonBeaune.fr a enquêté sur dix d’entre eux pour renforcer notre immunité lexicale.

Par Eric Perruchot

CONFINEMENT

« Toucher aux confins, aux limites d’un pays », définissent le Littré et le Petit Robert, avec pour racine le latin finis (limite, borne, frontière). En second sens, Littré fait du confinement un terme de droit criminel qui condamne à rester dans un espace clos, volontairement ou involontairement. L’expression « air confiné » apparaît, quant à elle, au XIXe siècle dans un Traité clinique des maladies de l’enfance, au sens d’air vicié.

« C’est une géhenne et lieu de tourments ou un confinement où les âmes sont reléguées », De la tranquillité d’âme par Jacques Aymiot, évêque d’Auxerre et célèbre traducteur de la Renaissance.

CONTAGION

Jusqu’au XIXe siècle, le mot a une teneur essentiellement morale. Vice, hérésie, luxe, mauvais goût, rire fournissent les meilleurs exemples à Émile Littré et au bourguignon Pierre Larousse. En revanche, les lexicographes contemporains retiennent en priorité l’aspect médical. « En parlant d’une maladie microbienne, virale ou parasitaire, le fait de se transmettre, de se propager, par un contact direct ou indirect », dit le dictionnaire de l’Académie française. Littré développe quant à lui que « l’individu malade gâte l’air, et que l’air rend malade celui qui se trouve dans la sphère de l’agent morainique. » N’était-il pas à même d’inventer le geste barrière ? L’étymologie lui rend grâce : issu du latin contagio, du verbe contingere, composé de cum « avec » et de la racine tangere « toucher ».

Auteur italien, Paolo Giordano a écrit en urgence Contagions (en lecture libre ici), premier essai sur la pandémie du Covid-19.
« /…/ nous pouvons nous efforcer d’attribuer un sens à la contagion. Faire un meilleur usage de ce laps de temps, nous en servir pour méditer ce que la normalité nous empêche de méditer : comment nous en sommes arrivés là, comment nous aimerions reprendre le cours de notre vie ? »

ÉPIDÉMIE

Alors que l’épizootie frappe les animaux, l’épidémie est humaine et l’orthographe empruntée au latin médiéval epidemia dont la graphie la plus ancienne a été ypidime puis épidimie jusqu’au XVIIe siècle. En revanche, l’étymologie est grecque : épi-démos au sens de « qui circule dans le pays » (« épi, sur, et demos, peuple). Pandémie ajoute la notion d’« extension à la quasi-totalité d’une population », par le préfixe grec pan, pantos, tout.

Dans l’Antiquité, loin du confinement, les Épidémies ont été des… fêtes dédiées à Apollon qui se tenaient à Delphes et Milet. C’est aussi le nom d’un traité attribué à Hippocrate, père de la médecine qui aurait contribué à la prophylaxie (voir ce mot) de la peste à Athènes en 430 avant notre ère, en allumant de grands feux.

En 1915, le Nivernais et prix Nobel de littérature Romain Rolland rapprochait guerre et épidémie :
« C’est comme une contagion de fureur meurtrière qui, venue de Tokyo il y a dix années, ainsi qu’une grande vague, se propage et parcourt tout le corps de la terre. À cette épidémie, pas un n’a résisté. », Au-dessus de la mêlée, Petite bibliothèque Payot.

HÔPITAL

Du latin hospitalis, lieu de refuge. À l’origine, institution d’accueil et de soins pour les indigents. On parle alors d’hospice ou d’Hôtel-Dieu. Celui de Beaune fut fondé en 1443, par la charitable Guigone de Salins, équipé d’une « salle des Pôvres », aujourd’hui musée. Ses fonctions hospitalières n’ont été transférées qu’en 1971 dans des bâtiments modernes, récemment reconstruits, et régulièrement financés par la traditionnelle Vente des vins des Hospices de Beaune, le troisième dimanche de novembre.

« /…/ perpétuellement, à huict heures du matin, sera eslargy et distribué aux pauvres de Iesus-Christ en aumosne, devant la maison dudit hospital, du pain blanc /…/ et chacun iour de caresme, ladite distribution doublera », charte de fondation de l’Hôtel-Dieu, le 4 août 1443, cité par Charles Aubertin, Les rues de Beaune (1867).

L'entrée des Hospices civils de Beaune, avec l'inscription dorée rappelant la naissance de l'Hôtel-Dieu en août 1443. © Clément Bonvalot
L’entrée des Hospices civils de Beaune (avant confinement), avec l’inscription dorée rappelant la naissance de l’Hôtel-Dieu en août 1443. © Clément Bonvalot

PERSONNEL SOIGNANT

« Personnel soignant » apparaît en 1927 sous la plume de Fernand Widal, bactériologiste français, entre autres renommé pour ses travaux sur la vaccination et la fièvre typhoïde. À ne pas confondre avec le Vidal, la bible des professionnels de santé. Soignant, formé à partir du participe présent de soigner, désigne celui ou celle « chargé(e) des soins aux malades dans un établissement hospitalier », dit le Petit Robert. Le mot glisse de « faire un songe » à « panser » (veiller, prendre soin de quelqu’un). En ancien français, « soignante » était même étendu au sens de compagne ou concubine, et « soignantage » à celui de concubinage. « Li frere au roi Danois li tint com sa sognante » (Doon de Maience, chanson de geste anonyme du XIIIe siècle). « Un soignant sans masque, c’est un soldat sans casque », soutient Sandrine Fillassier, auteure de polars.

Dans Histoire de la Médecine, Maurice Bariéty et Charles Coury évoquent son rôle crucial (Fayard, 1963) :
« Elle apporte [au médecin] une aide inestimable d’une grande compétence technique et d’une haute valeur morale en la personne de soignantes, de panseuses, de visiteuses, de gardes-malades. »

PROPAGATION

Au sens le plus fréquent, « multiplication des espèces animales et végétales par voie de reproduction », note le Trésor de la Langue Française informatisé. L’acception peut être rattachée à la notion latine de propagatio (provignement), ancienne méthode de bouturage de la vigne par couchage en terre des sarments. La notion devient plus abstraite et définit tout ce qui se propage dans le temps et l’espace : rumeurs, idées, lumière mais aussi les maladies.

Extrait de l’allocation d’Emmanuel Macron, le 13 avril dernier :
« C’est pour cela que le confinement le plus strict doit encore se poursuivre jusqu’au lundi 11 mai. /…/ C’est la condition pour ralentir encore davantage la propagation du virus, réussir à retrouver des places disponibles en réanimation et permettre à nos soignants de reconstituer leurs forces. »

PROPHYLAXIE

Synonyme de préventif, prophylaxie a une valeur protectrice, issu du grec des médecins « veiller sur, prévenir, garder sain ». Son observance est souvent liée à des rituels magiques ou religieux. Le mot est, par exemple, à l’origine de « phylactère », amulettes pour se préserver et versets hébraïques portés au front et au bras. Au XIXe siècle, le Littré le définit uniquement comme terme de médecine : « La partie de la médecine qui a pour objet les précautions propres à préserver de telle ou telle maladie. » L’analyse de l’environnement sanitaire permet d’évaluer les risques sur la santé et définir les mesures préventives contraignantes.

Point de vue prophylactique de l’Icaunais Pierre Larousse dans son Grand dictionnaire universel du XIXe siècle :
« Dans les casernes, elle [la syphilis] devient susceptible de se propager par contagion, ce qui nécessite toute une série de mesures prophylactiques faciles à deviner. »

TÉLÉTRAVAIL

Le Larousse reconnait l’actualité du télétravail, assorti par le Petit Robert d’une vingtaine d’exemples : « Activité professionnelle exercée à distance de l’employeur grâce à l’utilisation de la télématique. » Dès les années 80, nous faisions tous du télétravail sans le savoir : « Dès qu’on utilise un téléphone dans son travail, on fait du télétravail. On ne le sait pas forcément. Ce concept est en effet très récent (Temps réel, 24 août 1981) », cité par le Trésor de la Langue Française informatisé. De là à penser qu’il est actuellement pour beaucoup l’unique mode de travail…

VACCIN

Quand on parle de vaccin, c’est aux… vaches qu’il faut penser. Leur nom latin vacca a été donné à la vaccine, maladie bovine bénigne pour l’homme, dont dérive vaccin. « Vaccine. On appelle en France de ce nom le vaccin né spontanément de la vache », explique un rapport sur les vaccinations pratiquées en 1852. C’est Edward Jenner, simple médecin de la campagne anglaise, qui a circonscrit, 56 ans plus tôt, l’épidémie de variole en inoculant du pus (ou cow-pox) prélevé sur les pis des vaches infectées. D’abord limité à la seule prophylaxie de la variole, le mot vaccin s’est étendu à « toute substance qui, inoculée à un individu, lui confère l’immunité contre la maladie parasitaire », dit l’Académie française qui atteste le mot en 1835. Une des recherches majeures du Jurassien Louis Pasteur a été d’isoler et d’affaiblir les virus inoculés afin de vaincre la rage mais aussi le choléra des poules, la maladie du charbon, le rouget du porc et la maladie des vers à soie.

« Le rire est un vaccin universel », déclarait l’humoriste Sim, alias Simon Berryer.

Louis Pasteur est très lié à Dole. Bourgogne Magazine est revenu sur ses traces dans le cadre de son hors-série sur les « Illustres » et leur lieu de vie en Bourgogne. © Michel Joly

VIRUS

Emprunté au latin par le chirurgien sur les champs de batailles, Ambroise Paré, virus décrivait le processus morbide des blessures. Il est aujourd’hui décrit comme « microorganisme infectieux » ne possédant « qu’un seul type d’acide nucléique ARN ou ADN, lequel modifie le patrimoine génétique de la cellule infectée », selon le Trésor de la langue française informatisé. Sa science est la virologie et ces dérivés linguistiques donnent virulent, virocide (qui annihile le pouvoir d’un virus, comme la chloroquine) et, par analogie, virus informatique.

Sans être en confinement, un cinéphile peut dire aussi : « J’ai attrapé le virus du cinéma en regardant La dolce vita », au sens d’être un mordu de films de Fellini… Et Louis Pasteur, détrousseur du germe rabique, de répondre : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue :  le mot enthousiasme, du grec en théo, un Dieu intérieur » (discours d’inauguration de l’Institut Pasteur, 14 novembre 1888).

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