Côte-d’Or. Il quitte son job pour réveiller son village, le pari fou de Stéphane

Après 16 ans en tant qu’éducateur spécialisé, Stéphane Guenin a ouvert « Les Vieux Fourneaux » à Moloy, dans le Nord Côte-d’Or. Le patron nous raconte sa nouvelle vie de restaurateur, entre bienveillance, terroir et rock’n’roll.

Stéphane Guenin a créé son propre bar pour offrir un « réseau social en chair et en os » à Moloy. Rencontre avec un défenseur du 100% Côte-d'Or.
Stéphane Guenin a créé son propre bar pour offrir un « réseau social en chair et en os » à Moloy. Rencontre avec un défenseur du 100% Côte-d’Or. © Nicolas Salin / DBM

Après 16 années dévouées à l’éducation spécialisée au sein du Département de la Côte-d’Or, Stéphane Guenin a choisi de transformer sa passion pour l’humain en un projet de vie savoureux, dans tous les sens du terme. Porté par une énergie débordante et l’envie de créer un véritable trait d’union social dans son village, il a fondé à Moloy « Les Vieux Fourneaux ».

Plus qu’un simple bar-restaurant, son établissement est un lieu de vie chaleureux où se croisent toutes les générations autour d’une cuisine authentique et locale. Fier de la marque « Savoir-faire 100% Côte-d’Or », ce « gars vrai de vrai » met un point d’honneur à cuisiner les produits de ses amis agriculteurs et producteurs, offrant à chaque client bienveillance, humour et convivialité.

Dijon Beaune Mag : Parlez-nous un peu de vous : d’où venez-vous ?

Stéphane Guenin : Je suis un gars du coin ! Mes racines sont en Bourgogne, mes parents étaient originaires du Creusot en Saône-et-Loire. Aujourd’hui, je suis fier de vivre et de travailler en Côte-d’Or, un territoire que je connais bien pour y avoir passé plus de 15 ans.

Avant de tenir ce restaurant, vous aviez une tout autre vie. Quel était votre métier ?

J’ai été fonctionnaire pendant une quinzaine d’années. J’exerçais comme éducateur spécialisé à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) pour le Département de la Côte-d’Or. C’était un métier passionnant, mais avec le temps, ma motivation s’est un peu affaiblie. Je pense que dans ce genre de profession, quand on n’a plus la fougue, il vaut mieux s’arrêter.

Comment est né le projet des “Vieux Fourneaux” à Moloy ?

C’est vraiment l’occasion qui a fait le larron ! La mairie de Moloy souhaitait racheter une bâtisse pour créer un commerce de proximité. Quand le maire, Florian Paquet, en a parlé, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion. J’ai alors monté un business plan avec la Chambre de Commerce (CCI) et la commune a réalisé les gros travaux. De mon côté, j’ai investi dans le fonds de commerce et j’ai fabriqué le bar de mes propres mains.

Cela fait maintenant trois ans et demi que l’aventure a commencé. « Les Vieux Fourneaux », c’est un clin d’œil à la célèbre bande dessinée, une belle série soit dit en passant.

Stéphane Guenin a reçu le label « Savoir-faire 100% Côte-d'Or » le 30 avril dernier.
Stéphane Guenin a reçu la distinction « Savoir-faire 100% Côte-d’Or » le 30 avril dernier des mains de la vice-présidente du Conseil départemental Marie-Claire Bonnet-Vallet. © Nicolas Salin / DBM

Passer de l’éducation à la cuisine, ce n’est pas trop difficile ?

(Rires) J’apprends tous les jours ! J’apprends à faire un vrai bœuf bourguignon, à servir les clients avec la bonne dose de gentillesse et d’humour. Mais au fond, c’est un peu le même travail : aimer les gens, savoir recevoir et poser un cadre. Marie-Claire Bonnet-Vallet, vice-présidente du Conseil départemental, qui m’a décerné la distinction « Savoir-faire 100% Côte-d’Or », dit souvent que nourrir les gens ou accompagner des familles en difficulté, c’est toujours une forme de générosité.

Il ne s’agit pas juste de donner, mais d’accompagner l’autre, que ce soit un jeune en difficulté ou un client qui vient chercher un moment de partage. Nourrir les gens ou nourrir leur réflexion, c’est une seule et même logique d’accompagnement selon moi.

“Les Vieux Fourneaux”, c’est plus qu’un simple restaurant ?

C’est un véritable lieu de vie, un réseau social en chair et en os ! On y croise les mamies du village qui viennent boire leur café le matin, les ouvriers qui partent sur les chantiers, et les jeunes qui font la fête le vendredi soir. C’est cosmopolite et transgénérationnel. On y parle de tout, parfois de politique, mais toujours dans la bienveillance et sans violence. (rires) Ici, on écoute du rock, et pour ceux qui n’aiment pas, je prête volontiers le contrôle de ma playlist. Et puis à côté, j’ai une petite épicerie, avec dépôt de pain et de quoi dépanner à la maison.

J’ai fait la décoration à mon goût, sans prétention. Mon crédo, c’est la simplicité. Le Côte-d’Orien est quelqu’un de simple et je veux que mon établissement me ressemble : vrai et sans fioriture.

Boeuf bourguignon et frites : tout est fait maison. On a goûté, on a adoré !
Boeuf bourguignon et frites : tout est fait maison. On a goûté, on a adoré ! © Nicolas Salin / DBM

Vous travaillez main dans la main avec les producteurs locaux…

C’est primordial pour moi. Je travaille avec des gens qui sont devenus des amis, comme Virginie de la Ferme de la Recluse ou l’entreprise Bois des Mousses. Mon bœuf, il vient de chez eux ! Je suis d’ailleurs très fier d’avoir reçu le label « Savoir-faire 100% Côte-d’Or ». C’est une reconnaissance de mes partenaires et de mon territoire.

Je ne finirai sans doute pas riche, mais ce n’est pas grave. Quel plaisir je prends à me lever tous les matins à 5h30 pour préparer le café ! Je suis entouré d’une chouette équipe, de mon épouse et de mes cinq filles (ndlr, la société s’appelle d’ailleurs « Les Cinq Sœurs »). C’est une aventure humaine avant tout.