Docteur Lagrange, « l’œnoproctologue » aux 1000 vies

Fêlé de vins et de bons mots, plus schizophrène et proctologue que jamais, l’hyperactif docteur nivernais Marc Lagrange se soigne en publiant son Petit dictionnaire absurde et impertinent de la médecine et de la santé. Et reconnaît qu’un mister Hyde sommeille en lui. Chaud devant. Un peu derrière aussi.

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Par Dominique Bruillot

Avec lui, on ne sort jamais indemne d’une consultation. L’auteur de ces lignes se souvient d’un rendez-vous pris pour une dégustation de son vin préféré (le pouilly-fumé), qui se transforma en stage d’observation improvisé d’une ligature d’anus réalisée dans les règles de l’art. « J’ai encore un truc à faire » avait déclaré le Lagrange version proctologue, avant de nous embarquer manu militari, avec le photographe Michel Joly, vers la salle d’opération. Une heure après ce show chirurgical rondement mené, ponctué de quelques blagues de salle de garde, on se faufilait dans les mondanités bachiques, évoquant la bouche en cœur les notes exotiques d’un joli blanc ligérien.

Le bon docteur Lagrange a donc un mister Hyde en lui. Il l’avoue. Ce personnage aussi complexe qu’un musigny est habité par la passion simultanée de la médecine, du vin, et de l’écriture. Il a fait de la contrepèterie une marque de fabrique, notamment avec son ami Joël Martin, de la fameuse rubrique Sur l’Album de la Comtesse dans le Canard Enchaîné, avec lequel il a commis un ouvrage. Toujours prêt à en lâcher une.

Détendre l’esprit

Petit dictionnaire absurde et impertinent de la médecine et de la santé, Editions Féret, 142 pages pour 9,90 euros seulement !

Mais à la flatulence verbale du sommelier, quand il parle de son démon bachique, Marc Lagrange préfère convoquer la culture et l’humour. « Je m’amuse » reconnaît l’incurable hyperactif qui, sans ses douze vies en une, se sentirait sûrement exclu par l’humanité. Après avoir magnifié le vin et l’amour, le vin et la médecine, le vin et la mer, sans pour autant renier de spectaculaires (mais pas vraiment glamour, on en convient) ouvrages de référence sur la proctologie et la coloproctologie, il a publié l’année dernière chez Féret, son éditeur fétiche, un Petit dictionnaire absurde et impertinent de la médecine et de la santé.

Pour cet exercice, son onzième livre en réalité, le bon toubib s’est imposé une discipline d’enfer. « Comme d’autres font des pompes, chaque matin, je prenais 2 ou 3 mots et j’y allais » confesse-il à propos d’une production conçue pour détendre l’esprit, « un livre de plage pour oublier les soucis de la vie. » Puis tombe l’auto-diagnostic, dans une fulgurance dont il a le secret : « Je suis un schizophrène, c’est tellement drôle que je me demande si c’est bien moi, je suis d’ailleurs obsédé par mon côté carabin que l’on retrouve dans mes discours à Pouilly ». Grand organisateur des chapitres de la noble confrérie des Baillis de Pouilly-sur-Loire, il y fait régulièrement le job, en comblant l’appétit de bons mots de son auditoire rabelaisien.

Dans ce petit dictionnaire, toutefois, l’anticonformiste œno-proctologue lettré (et quand même un peu barré), s’est imposé des règles et des écueils à éviter, comme s’il s’agissait d’une prescription vitale pour son équilibre mental : « Pas de contrepèterie, pas de cul, rien sur les blondes, rien sur les catholiques ou la religion, pas de technique et encore moins de misogynie. » Résultat, un petit bouquin effectivement drôle et décapant, quelque part humaniste, qui se lit avantageusement à tout moment et en tout endroit, si vous voyez ce que l’on veut dire.

On vous livre ainsi pour la bonne bouche, les premiers mots de sa définition d’Hippocrate : « Cador de la médecine antique, grand ponte avant la lettre ». C’est désormais une évidence, Marc Lagrange et son pote mister Hyde ont bien jeté aux ordures le serment d’hypocrite.

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