Le fabuleux destin de Mohed Altard, prochain invité de la CGPME Côte-d’Or

Mohed Altrad est l’invité vedette de la prochaine convention de la CGPME Côte-d’Or, le 13 octobre au Zénith de Dijon. Trophée de l’entrepreneur mondial de l’année 2015, dirigeant du groupe éponyme et président du Montpellier Hérault Rugby, l’homme impressionne par son parcours. Il en a fait du chemin, le petit bédouin né dans le désert syrien…

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Par Thomas Barbier
Pour Dijon-Beaune Mag
Photo: D.R.

ll aurait pu devenir berger, c’était écrit dans les lignes de sa vie. Cette enfance de bédouin syrien, il l’évoque avec pudeur. Le sexagénaire élégant qu’il est devenu garde au fond de lui ces lointains souvenirs. D’ailleurs, il ne connaît même pas son année de naissance. Mohed Altrad doit peut-être à son extraordinaire parcours sa capacité à prendre de la hauteur. Posé et modéré, il n’a rien du businessman pressé. Pourtant, il pourrait en montrer, lui qui vient de si loin. Son empire emploie 17 000 salariés et pèse près de 2 milliards d’euros.

100 sociétés absorbées

Le destin s’écrit souvent avec le cœur et le courage. C’est un membre sédentarisé de sa famille qui lui fait connaître la mythique ville de Racca. Privé de scolarité, il se rapproche d’un instituteur qui détecte en lui des dons. Mohed sera plus tard le meilleur bachelier de Syrie, décrochant une bourse au passage. La méritocratie le conduit alors jusqu’à la France, à Montpellier, avec seulement 200 francs en poche. L’étudiant prodige se retrouve confronté « à un choc culturel violent » qui ne l’empêche pas de cumuler les diplômes dont ceux de Polytech Montpellier et un doctorat en informatique à Paris.

Son parcours professionnel débute chez Alcatel et Thomson. Puis il retourne au Moyen-Orient, à Abu Dhabi, dans la compagnie nationale pétrolière. L’homme affine ses réseaux et son expérience. De retour en France il créé France Informatique Electronique et Télématique qu’il revend en 1984 à Matra. Cette première « bascule » lui permet de racheter en 1985, à la barre du tribunal de commerce, Mefran, une PME spécialisée dans les échafaudages.

La success story est en route. Entre croissance interne et externe, son groupe absorbera plus d’une centaine de sociétés en 30 ans. L’année dernière, l’acquisition du groupe néerlandais Hertel et ses 70 filiales à travers le monde lui permet quasiment de doubler la taille de son empire. Mohed Altrad devient le leader mondial de la bétonnière, le leader européen de l’échafaudage et de la brouette et le leader français du matériel tubulaire pour collectivités. No comment.

La nouvelle multinationale est multiculturelle. « C’est une force pour notre entreprise, l’humain et ses différentes cultures sont au cœur du projet », déclare le capitaine d’industrie. Altrad soutient financièrement une trentaine d’associations humanitaires.  De quoi alimenter en profondeur son intervention lors de la convention de la CGPME Côte-d’Or.

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Benoit Willot, président de la CGPME Côte-d’Or et du syndicat régional animera une convention annuelle prometteuse.

Double culture

Mohed Altrad retrouve ses valeurs dans le sport, le rugby notamment. En 2011, il investit plus de deux millions d’euros dans le club qu’il préside à Montpellier. « C’est un grand sport basé sur une petite économie qui n’est pas forcément viable et rentable, mais je n’oublie pas la ville, le département et la région qui m’ont accueilli et m’ont permis de mener à bien mon projet », explique ce pilier de l’économie territoriale, fortement attaché à « la dimension sociale de l’activité économique et à la nécessité, pour les différentes filiales du groupe, de s’enraciner dans les régions où elles sont implantées, y compris hors de nos frontières. »

L’homme d’affaires est lucide, il s’engage « avec la seule volonté de (se) rendre utile, en accomplissant en quelque sorte un devoir moral, une obligation de citoyen ». Sa double culture orientale et occidentale fait écho à sa sagesse et sa grande pondération, proche de l’humilité. Comment ne pas penser à la terrible guerre dont est victime son pays d’origine mais aussi aux attentats qui touchent la France ? Son analyse de la situation semble ferme : « La Syrie n’est plus la Syrie. Elle est aux mains de factions plus ou moins mafieuses, souvent non arabes, qui utilisent la religion comme un prétexte. L’État islamique disparaitra à courte échéance, d’ici deux ou trois ans. L’État islamique est une anomalie au service de personne, il n’est basé sur rien, cela ne durera pas. Je comprends que cela peut créer des psychoses. Le problème est que les intérêts américains, français, russes et turcs ne sont pas les mêmes sur place. Bien plus qu’un champ d’expression militaire, c’est un champ d’expression politique. Si tout ce petit monde se mobilisait pour écraser l’État islamique, en quelques jours cela serait possible ». Puisse-t-il être entendu.

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