Dijon Beaune Mag
Ses projecteurs se sont éteints en 2011. Le cinéma ABC était LE lieu des premiers émois de nombreux Dijonnais.

Sa façade a longtemps éclairé la rue du Chapeau-Rouge, au centre-ville de Dijon. Le cinéma ABC a ouvert ses salles obscures officiellement le 5 mai 1937. À l’époque, l’établissement s’installait en lieu et place d’une ancienne librairie, sous l’impulsion du groupe lyonnais Pourradier du Theil.
Attention, il ne faut pas confondre le cinéma ABC avec l’association « abc » (Association Bourguignonne Culturelle), qui continue de faire vivre la culture dijonnaise à travers des festivals comme À pas contés.

Dès son inauguration, l’ABC bouscule les habitudes des Dijonnais en important un modèle venu des grandes villes et de la capitale : le cinéma permanent. Contrairement aux autres salles de l’époque, on ne vient pas à une heure fixe. Le film tournait en boucle toute la journée, en l’occurence à Dijon de 14 heures à minuit, permettant aux spectateurs d’entrer à n’importe quel moment.
C’est ainsi que le film d’inauguration, Courrier Sud, réalisé par Pierre Billon, a été projeté jusqu’à six fois par jour lors de son lancement.

Très vite, l’ABC s’est imposé comme le temple de l’innovation et de l’émerveillement de la famille. En 1938, il a marqué l’histoire en accueillant la toute première projection dijonnaise d’un long-métrage d’animation sonore et en couleur, une prouesse à l’époque : le chef-d’œuvre de Walt Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains.
Un énorme succès qui a contribué à l’identité du lieu, devenu au fil des années le repaire privilégié des productions Disney et des films d’aventure.

Le bâtiment a évolué pour s’adapter aux époques. La grande salle unique de 580 places a subi une première rénovation majeure en 1971 pour adopter un style retro-chic très caractéristique. Puis en 1985, où l’espace a été restructuré en cinq salles plus intimistes afin de diversifier l’offre et faire face à la baisse de la fréquentation.
À cette période, l’ABC appartenait déjà au réseau de la famille Massu, aux côtés du cinéma Darcy et du cinéma Olympia. Dans cette organisation, l’ABC occupait une place particulière : il proposait souvent des films « en bout de course » à des tarifs plus accessibles, offrant une seconde vie aux films après leur passage dans les plus grandes salles.

Mais le paysage a changé… et les habitudes aussi. L’arrivée des multiplexes en périphérie, notamment le cinéma Cap Vert à Quetigny, et la nécessité d’énormes investissements pour le passage au numérique ont fragilisé davantage la survie de ce petite structure. Le 14 juin 2011, après 74 ans d’activité ininterrompue, fut le jour de la dernière séance à l’ABC, à l’instar des cinémas de quartier disparus, comme le Star, le Paris ou l’Alhambra…
Depuis la fermeture, l’avenir du site a longtemps été discuté, mais sans réel projet, malgré de nombreuses idées de reconversion. Le projet le plus avancé, et le plus récent, a été celui de l’enseigne Intermarché, qui prévoyait d’y installer un supermarché de proximité et d’hyper-centre dès 2021.

Cependant, entre les contraintes techniques liées aux anciens gradins et les difficultés logistiques de livraison en zone piétonne, le projet est resté dans les cartons et les clés ont finalement été rendues en décembre 2024.

Aujourd’hui, même si les projecteurs de la rue du Chapeau-Rouge sont éteints, le nom de l’ABC reste un souvenir des Dijonnais comme le lieu de leurs premières émotions d’enfants face au grand écran. Un musée de l’illusion devrait voir le jour d’ici le mois de juin 2026. Sa nouvelle façade, d’ores et déjà caractéristique, a été rénovée par l’atelier d’architecture Godart + Roussel, fondé à Dijon par Paul Godart et Pierre Roussel en 2015.
Le 5-7 de la rue du Chapeau Rouge accueille encore un lieu d’enchantement… comme si ce lieu était uniquement voué à émerveiller petits et grands…