Dijon Beaune Mag
Devenu le plus grand festival de rap de France, le Golden Coast réveille Dijon. Son cofondateur Christian Allex dévoile les coulisses de cette aventure unique.

Si le hip-hop a décollé en France dans les années 80 grâce à l’émission TV du célèbre Sydney, H.I.P-H.O.P, il s’est aussi développé dans la métropole dijonnaise autour du crew de danseurs Figure2style. Sous l’effet de scènes accessibles comme La Vapeur, le tissu local s’est enrichi d’artistes prometteurs.
Avec Golden Coast, dont la troisième édition revient les 28, 29 et 30 août, Dijon accueille désormais le plus important festival de rap en France. De quoi inspirer un constat à son cofondateur Christian Allex : « La belle endormie a bien changé ! »
Christian Allex : Le hip-hop est aujourd’hui le deuxième marché musical mondial et il prend le pas sur une partie de la variété française. Pourtant, il n’existait pas en France de grand festival entièrement pensé autour de cette culture. J’avais déjà programmé beaucoup d’artistes hip-hop aux Eurockéennes, avant de quitter le festival en 2018. Ensuite, on a commencé à travailler sur un nouveau projet, nommé AREA 21, à Dijon, avec l’idée de créer un événement totalement connecté aux codes de cette génération. On ne voulait surtout pas faire « les vieux cons » qui regardent le hip-hop de loin. On voulait comprendre ses usages, sa vie numérique, sa manière de créer, son rapport à l’instantanéité. C’est une culture beaucoup plus politique qu’on ne le pense, mais avec ses propres codes. Et il y a aussi un optimisme, un respect mutuel, une énergie très forte chez cette génération. Golden Coast est né de cette envie-là.
Oui, toute la direction artistique initiale était construite autour de ce lieu. On imaginait quelque chose entre les containers, les anciennes infrastructures aéroportuaires, avec un univers inspiré de la Zone 51 de Roswell. AREA 21, le nom initial du projet, venait de là. On voulait un décor brut, presque dystopique. Mais le projet n’a finalement pas abouti avec le gestionnaire de l’aéroport. On pensait pourtant que plusieurs événements pouvaient coexister sur le site. Le VYV Festival s’était arrêté, en 2023, et, en accord avec François Rebsamen, nous avons dû déménager en urgence AREA 21 vers le parc de la Combe à la Serpent, à cinq mois de la première édition. Ça a forcément changé beaucoup de choses.

Bien sûr. Quand on arrive sur un site naturel avec un événement de cette ampleur, il faut écouter les inquiétudes des riverains. On essaye toujours de se mettre à la place des autres. On réalise des études d’impact, notamment sur le son. Après, la météo, le relief, le fait qu’on soit sur une colline… tout cela joue énormément. Mais il faut aussi regarder ce que le festival apporte au territoire. Golden Coast attire une nouvelle génération à Dijon, une génération qui parfois ne connaissait même pas les festivals avant le Covid.
La deuxième édition a accueilli environ 75 000 personnes sur trois jours. Le samedi, on a dépassé les 28 000 festivaliers payants et environ 32 000 personnes présentes sur site. Cette année, l’objectif est de monter à 25 000 payants par jour. Nous nous en donnons les moyens, avec 3 jours de festival pour 4 scènes, 3 majeures et une scène club où se produiront des artistes locaux. Ça sera une belle fête du rap ! Aujourd’hui, environ 40% du public vient de Dijon et de la grande métropole, 60% de Bourgogne-Franche-Comté, et près de 40% viennent de l’extérieur : Paris, Lyon, Strasbourg… Ce n’est pas anodin. Il y a un véritable impact touristique. On veut que des jeunes viennent à Dijon pour autre chose que son image traditionnelle.
Pas encore. Nous restons déficitaires, d’environ un million d’euros sur la dernière édition. En 2024, le budget était autour de 5,5 millions d’euros. En 2026, on sera probablement proche des 10 millions, dont près d’un tiers uniquement consacré à la partie artistique. La billetterie représente entre 70 et 75% de nos recettes. Les partenariats pèsent environ 10 à 15%, le merchandising un peu moins. Mais les indicateurs sont très bons. Nous avons plusieurs mois d’avance sur la billetterie (ndlr, entretien réalisé mi-mai) par rapport à l’an dernier et les partenariats progressent fortement. On est très optimistes. Le camping reste notre principal point faible économiquement. Aujourd’hui, avec 2 000 à 2 500 campeurs, on perd de l’argent. Si on monte à 3 000 ou 4 000 campeurs, on atteindra l’équilibre.

Complètement. Avant même Golden Coast, on organisait des événements au Zénith et on a découvert à Dijon un écosystème hip-hop énorme, très professionnel, très créatif. Des collectifs comme Figure2Style nous ont beaucoup marqués. Le festival a aussi renforcé cette dynamique. On peut s’appuyer sur un vrai macrocosme local d’artistes, de danseurs, de créateurs. Demain, on aimerait faire vivre la marque Golden Coast toute l’année, y compris à l’étranger, avec des événements ou des « writing camps », où des artistes se retrouvent pour créer ensemble pendant une semaine.
On peut dire que la belle endormie a bien changé ! Dijon s’est réveillée et, même si la scène électro est moins pétillante qu’aux grandes heures de l’An-Fer, l’offre culturelle est assez exceptionnelle pour une métropole de cette taille. Mais attention, elle peut se rendormir rapidement. À trop vouloir combattre les nuisances sonores, une certaine forme d’animation liée à la nuit… Je crois qu’il y a une vraie éducation à mener sur ces sujets.
Oui. Je ne dors pas beaucoup, mais j’aime construire des aventures collectives. Golden Coast, Please Please (ndlr, sa structure de production et de diffusion de concerts et spectacles, cofondée avec Hamid Asseila et Vivien Becle)… ce sont des projets qui doivent ressembler à une famille. Je ne veux pas faire quelque chose de monolithique. Ce qui me touche, c’est d’avoir le sentiment d’être utile, de construire quelque chose qui va durer. L’adhésion du public nous donne cette perspective à long terme. Mais honnêtement, on garde toujours cette peur que tout puisse s’arrêter du jour au lendemain.
75 000 festivaliers sont attendus les 28, 29 et 30 août dans le cadre naturel du parc de la Combe à la Serpent, où plus de 60 artistes incontournables et émergents du rap français sont programmés, en plus d’animations faisant désormais la signature de l’esprit « GOCO » (camping, food, playground, shops).
Derrière le Golden Coast Festival, des centaines de professionnels du spectacle vivant et un Dijonnais en « tête d’affiche » : Christian Allex, figure discrète mais centrale des musiques actuelles françaises depuis plus de trente ans. Né à Dijon en 1970, l’ancien adolescent de Quetigny raconte volontiers une jeunesse façonnée par la quête musicale des années 1980. Entre le rock, le BMX et les premiers émois du hip-hop découvert grâce à l’émission culte H.I.P. H.O.P., il forge très tôt une identité nourrie de curiosité et de contre-culture. « J’avais besoin de me démarquer, par les vêtements, le vocabulaire, la musique », se souvient-il.
Rien ne le destinait pourtant à devenir l’un des programmateurs français les plus reconnus. Étudiant en journalisme à Lyon, il découvre les nuits lyonnaises, les clubs et l’organisation de concerts. De retour à Dijon, il organise un premier festival de rock alternatif avant de rejoindre, en 1992, l’aventure de l’An-Fer, temple dijonnais des musiques électroniques. Là, il apprend tout : la programmation, le booking, les artistes, les réseaux. La suite ressemble à une ascension continue. Les Eurockéennes de Belfort, qu’il dirige artistiquement pendant près de vingt ans, puis les projets internationaux comme Mawazine au Maroc, où il programme des stars mondiales. Entretemps, il croise les trajectoires des Daft Punk, de David Guetta ou encore de Bruno Mars, tout en construisant sa propre structure, Please Please, avec Hamid Asseila et Vivien Becle.
Cette culture du partage irrigue aujourd’hui le Golden Coast, imaginé comme un festival fidèle aux codes et à l’énergie de la culture hip-hop contemporaine. Une ambition qui dépasse la simple programmation musicale : faire de Dijon un point de rencontre culturel durable, capable d’attirer une nouvelle génération tout en révélant les talents locaux.