Dijon Beaune Mag
Valeur refuge par excellence, l’or n’a pourtant jamais été aussi présent sur les marchés financiers. ETF, contrats à terme et trading à court terme ont accéléré les échanges et parfois la volatilité de son cours. Est-il pour autant devenu un instrument spéculatif comme un autre ? Notre chroniqueur Mathieu Lesprit, directeur de l’agence Godot & Fils à Dijon, décrypte cette nouvelle double identité du métal jaune.

L’or a toujours eu une double identité, mais cette dualité s’est accentuée avec la modernisation des marchés financiers. D’un côté, il reste fondamentalement un actif « réel ». Sa valeur ne repose pas sur une promesse (comme une action ou une obligation), mais sur une rareté physique et une acceptation mondiale.
C’est ce qui lui permet de jouer son rôle historique de protection contre les crises : inflation élevée, perte de confiance dans les monnaies, tensions géopolitiques. C’est aussi pour cela que les banques centrales continuent d’en accumuler : ce n’est pas un actif productif, mais un filet de sécurité.
En effet. Aujourd’hui, une grande partie des volumes échangés ne concerne pas l’or physique mais des produits financiers (ETF, contrats à terme, trading spéculatif). Cela a deux effets : d’abord, le prix de l’or réagit beaucoup plus vite aux anticipations des marchés (taux d’intérêt, dollar, inflation attendue) ; ensuite, il peut connaître des mouvements brusques qui n’ont rien à voir avec la demande réelle en investissement ou en industrie. C’est là que la dimension spéculative apparaît : l’or est désormais utilisé comme un actif de trading à court terme, parfois déconnecté de sa fonction initiale.
Il ne faut pas confondre les deux. Le fait qu’un actif soit beaucoup tradé ne change pas sa nature profonde. L’or reste un actif sans risque de défaut, non dépendant d’une entreprise ou d’un État, ce qui le distingue structurellement des autres actifs financiers.
Donc aujourd’hui : à court terme, l’or est fortement influencé par la spéculation et les marchés financiers. À long terme, il reste un actif refuge, utilisé pour protéger le capital.
En clair, il n’est pas devenu « comme les autres », mais il est devenu un actif hybride, à la frontière entre finance spéculative et assurance patrimoniale. L’or est à la fois un « actif spéculé » sur les marchés et une assurance patrimoniale sur le long terme.
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