L’étendard burgondo-comtois flotte sur le pont de Losne… et divise

Frontière historique entre la France et le Saint-Empire germanique, puis entre deux provinces françaises, la Saône est désormais un emblème fort de l’union entre Bourgogne et Franche-Comté. Férue de symbolique, la grande Région avait donc choisi le pont de Saint-Jean-de-Losne pour présenter à son bon peuple les nouvelles armoiries de Bourgogne-Franche-Comté. En ce mercredi 12 juillet, lys d’or et lion comtois convolaient en justes noces au-dessus des flots.

Marie-Guite Dufay hisse l’étendard de la nouvelle région. © Vincent Arbelet

Par Geoffroy Morhain

En cet après-midi de début d’été, le temps est à l’éclaircie et le soleil est de retour entre les nuages, comme pour saluer la double rangée de drapeaux rouge-bleu-jaune pétants qui pavoise le pont de Saint-Jean-de-Losne (Côte-d’Or). Dessous, coule la Saône, imperturbable force tranquille indifférente aux soubresauts de l’histoire humaine. Le vent fait claquer les étendards dressés sur le pont, alors que, sur la rive, la présidente de Région, Marie-Guite Dufay, se bat contre les éléments pour décoincer l’étendard entortillé autour de son mât et assurer le lever solennel des couleurs en compagnie des jeunes du centre de loisirs communal.

« Y’a de la friture ! »

Le vent refait des siennes un peu plus loin, soufflant dans les micros du kiosque installé les pieds dans l’eau pour la salve de discours officiels. « Y’a de la friture ! », ironise Marie-Line Duparc, la maire de Saint-Jean-de-Losne, avant de laisser la parole à Rémi Mathis, franc-comtois et conservateur du patrimoine à la Bibliothèque nationale de France, membre du collectif d’historiens et d’archivistes réunis autour du professeur Jean-Claude Duverget, afin d’élaborer un nouveau blason pour la région Bourgogne-Franche-Comté, dans le strict respect des règles de l’héraldique. Le projet a d’ailleurs été soumis à la Commission nationale d’héraldique, l’instance officielle placée auprès du ministre de la Culture, qui a rendu un avis favorable le 6 avril dernier.

Blason en force

« L’héraldique est la science de la fusion, du rapprochement monté en écartelé, c’est que nous avons fait ici », nous dit-il (lire encadré). Et de se défendre du passéisme de la démarche : « Avec son graphisme simple et ses couleurs franches, son lien fort avec le territoire également, le blason revient en force ces derniers temps, sur internet spécialement. Personne n’est insensible à la vision de belle armoiries, d’autant quand elles signifient toute l’histoire d’un pays. »

Et Marie-Guite Dufay de poursuivre en citant Jean-Claude Duverget, ancien professeur d’histoire et élu régional de Franche-Comté de 1986 à 2010 : « La Bourgogne-Franche-Comté est à la croisée des chemins : le meilleur est encore à construire, mais le pire serait de ne pas en avoir conscience. » Puis Madame la présidente de Région de conclure cette cérémonie bon enfant comme il se doit : « Ce blason est un symbole double, celui de l’histoire et de l’avenir que nous avons en commun. Que la fougue du lion et la beauté du lys flottent longtemps sur notre région ! »


 EXPLICATION DE BLASON 

Le groupe de travail a estimé que, pour évoquer la seule période de l’histoire où les deux provinces se sont déjà trouvées étroitement et durablement associées sous une domination qui leur fût propre (les XIVe et XVe siècles), un blason conjuguant les armes du Duché et celles de la Comté pouvait jouer le rôle symbolique adéquat. Cette période est figurée aux quartiers 2 et 3, avec le lion couronné du comte Othon IV (Franche-Comté), et au 4, avec les armes dites « Bourgogne ancien » de la dynastie capétienne. Au quartier 1, on retrouve aussi les lys d’or des ducs Valois, hérités de Philippe le Hardi (armes dites « Bourgogne moderne »).

Voilà la description exacte de ce blasonnement formulée dans les codes du langage héraldique : « Ecartelé, au 1 : d’azur semé de lis d’or à la bordure componée d’argent et de gueules (Bourgogne moderne) ; aux 2 et 3 : d’azur semé de billettes d’or à un lion d’or, armé et lampassé de gueules (Franche-Comté) ; au 4 : bandé d’or et d’azur de six pièces à la bordure de gueules (Bourgogne ancien). »


 CE QUE VOUS EN PENSEZ 

Ce genre d’annonces ne laisse jamais insensible : vous avez été nombreux à donner votre avis, parfois très tranché. Il y a d’abord les dubitatifs : pour Antoine Turuban, « à part le lion dressé, plutôt que posé sur ses pattes, on est loin de l’image d’une région frontalière, ouverte et innovatrice… Tout est médiéval dans cet écu ! »  D’autres trouvent l’assemblage « trop chargé et pompeux » (MAY), qu’il « exprime une forte confusion et une certaine violence » (Bouillot). Arrivent aussi les suggestions : DodeurF trouve que la Région aurait mérité « un blason plus moderne montrant que notre région regarde vers l’avenir et croit à la synergie de ce rapprochement »  ; Guillaume de Prinsac imaginait plutôt « le blason franc-comtois au centre du drapeau bourguignon« .
Un peu décontenancée, Suzanne Monnot estime qu’il y a « plus urgent à faire. À commencer par consolider les liens entre Bourguignons et Franc-Comtois et donner un peu plus de clarté à la nouvelle organisation régionale. »
C’est monnaie courante, la démarche a entraîné des critiques d’une autre forme : « On amuse la galerie pour 3 sous ce qui permet de justifier la nouvelle région fabriquée de toute pièce par un bricolage primaire » (NEDELLEC). TousDesLambdas (délicieux pseudo), lui, « s’en fiche mais alors… totalement ! La France est encore riche pour faire des déplacements à ce sujet et lancer en grande pompe des armoiries bidon. » Voilà qui est dit.
Au milieu de tout cela, nous direz-vous, n’y a-t-il pas des heureux ? VERNEY trouve qu’il « représente à merveille notre si belle région« . « Belle réalisation » (Gremy) qui « associe harmonieusement » (Jako) les deux identités. Biton n’y va pas pas quatre chemins : « On ne pouvait pas mieux faire » !
Autre internaute, autre réflexion, Hubert Hotz s’interroge : « Nous sommes repartis au Moyen Âge ? » Que nenni, messire !

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