L’université reconnectée

Le monde universitaire et celui de l’entreprise doivent se comprendre pour travailler ensemble. C’est sur la base de ce constat qu’Alain Bonnin et ses équipes veulent faire de l’université de Bourgogne une référence d’ici 2040. Entre maîtrise des outils numériques et différenciation, le président expose ses stratégies pour établir cette grande reconnexion.

Président de l’uB depuis 2012, Alain Bonnin conçoit le campus comme un point de ralliement stratégique entre les différentes institutions dijonnaises pour travailler collectivement sur des projets d’avenir. Cette confluence ne se fera pas sans des outils numériques adaptés, tels que l’intelligence artificielle.

Propos recueillis par Thomas Barbier 

Pour Dijon-Beaune Mag #70

Photo : Jonas Jacquel

Allons droit au but : comment imaginez-vous l’uB en 2040 ?
Elle sera plus que jamais le cœur de l’enseignement supérieur en Bourgogne-Franche-Comté. Depuis mon premier mandat (ndlr, réélu pour quatre ans en 2016, Alain Bonnin est en poste depuis juillet 2012), je porte une stratégie de différenciation sur les grands axes d’excellence autour de la santé, de l’alimentation, et du numérique. La finalité, c’est de bâtir une vraie symbiose entre universités et entreprises en terme d’innovation. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’avoir un cloisonnement entre les entreprises et les universités. Nous devons travailler ensemble, dans un esprit de concertation.

Il faudra réellement attendre tout ce temps ?
Bien sûr que non. Nous avons déjà des thématiques remarquables dans des domaines d’interface : physique-santé, chimie-santé, biologie-biodiversité. Dès 2012, nous avons relancé un projet auquel j’étais très attaché : « le grand campus dijonnais », un véritable espace de coopération pour tous les établissements de Dijon. Les écoles de commerce, des Beaux-Arts, de science politique jusqu’à l’ENSAM sont inscrits dans le projet.

Ces deux univers se sont longtemps ignorés…
En France, entreprises et monde académique ont 200 ans de vie séparée. Ces deux entités se sont longtemps regardées avec curiosité et méfiance. Mais je suis persuadé que les choses sont en train de bouger.

Pour une l’école de commerce comme BSB, le marché de l’emploi n’est-il pas « chasse gardée » ?
Au contraire, son directeur général Stéphane Bourcieu est totalement ouvert. Nous sommes en harmonie sur la vision politique et stratégique. Plus nous serons nombreux à créer du lien avec les entreprises, plus nous auront de la richesse économique, de l’innovation et du dynamisme. La construction d’un « data center » est un bon exemple : faire émerger sur le campus des sciences nouvelles comme la médecine génomique, en mariant des technologies numériques et l’expertise clinique. Le numérique transforme le monde, c’est une évidence. Ici, nous inventons la médecine et les modèles alimentaires de demain. Sur chaque site de l’université, nous différencions les avancées numériques en se spécialisant. À Chalon-sur-Saône, par exemple, nous insistons sur la réalité virtuelle. La maîtrise de ces outils d’innovation peut entraîner une économie – car il s’agit bien du nerf de la guerre. Nous estimons avoir un coup d’avance sur cet enjeu, la direction de l’université a en tout cas cette conviction politique.

La génétique, c’est l’ADN des universités ?
Elle a émergé il y a quinze ou vingt ans autour de quelques médecins, généticiens et pédiatres. Ils ont travaillé avec des cancérologues qui soulignent l’importance du séquençage de l’ADN. Nous passons a une autre médecine purement thérapeutique et préventive. Les paradigmes de la médecine sont en train de se réinventer.

C’est une perspective intéressante, notamment pour le traitement des cancers…
Nous avons de très grands chercheurs. Le futur, c’est la médecine prédictive. Elle établira une sorte de carte d’identité des risques afin d’adapter les modes de vie et les traitements éventuels pour chacun. Dès l’identification de la maladie, on connaîtra son potentiel d’évolutivité de façon à définir un traitement approprié. Le fondement même de la médecine changera.

Tout cela renforce la position de leader de Dijon, en tant que capitale régionale. La « grosse bête » va-t-elle manger les petites ?
La Bourgogne-Franche-Comté fonctionne en réseau : la grande région comprend 13 campus. Il faut arriver à en assurer une coordination harmonieuse et intelligente, c’est l’objectif de notre Communauté d’universités et établissements (COMUE). Dans les années à venir, j’imagine volontiers la Bourgogne-Franche-Comté dotée d’une visibilité à l’international – en août dernier, l’Université est entrée dans le prestigieux classement de Shanghai* – et la métropole dijonnaise comme un centre névralgique, avec son campus au coeur de l’enseignement supérieur.

Au bout du compte, qu’aimeriez-vous que l’on retienne de vos deux mandats ?
Je pense avoir fait accepter à l’université de Bourgogne le concept de différenciation scientifique, en montrant qu’il n’est pas possible d’être bon en tout et qu’il faut choisir des voies d’excellence. Pour autant, cette idée ne doit pas signifier le renoncement à la pluridisciplinarité. J’aimerais que l’on retienne cette volonté collégiale de retisser du lien entre universités et entreprises. 

* Le classement de Shanghai compte parmi les plus réputés des palmarès des établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche. Spécialisé dans l’analyse du potentiel recherche des établissements, il en distingue environ 800 (dont seulement 23 en France) parmi les 17 000 répertoriées dans le monde sur la base de 4 critères : taille de l’institution, qualité de l’enseignement, de l’institution, des publications. En 2017, l’université de Bourgogne se distingue particulièrement dans deux domaines : sciences des aliments et sciences du sport, où elle est la 2e université française.

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