Moutarde : une récolte 2026 précoce et prometteuse en Côte-d’Or

Dans la plaine dijonnaise, les premières moissons de moutarde ont débuté avec plusieurs semaines d’avance. Une précocité qui ne devrait pas empêcher la filière de continuer à retrouver des couleurs, avec des premières projections estimées entre 14 000 et 15 000 tonnes.

Les premières récoltes de moutarde ont débuté fin juin en Côte-d'Or, comme ici à Longecourt-en-Plaine, dans la plaine dijonnaise. ©Alexis Cappellaro
Les premières récoltes de moutarde ont débuté fin juin en Côte-d’Or, comme ici à Longecourt-en-Plaine, dans la plaine dijonnaise. ©Alexis Cappellaro

À peine six heures du matin ce vendredi 26 juin, à la fraiche ou presque. Dans un champ de 32 hectares d’un seul tenant, à Longecourt-en-Plaine, la moissonneuse-batteuse termine le travail entamé en pleine nuit, dans une parcelle de moutarde déjà parfaitement mûre. Une scène inhabituelle. « C’est la première fois que je récolte de la moutarde en juin », sourit Damien Jolibois, agriculteur à Aiserey, habitué à la mi-juillet après avoir semé à l’automne.

Sur son exploitation, la moutarde occupe désormais 80 hectares, soit près d’un quart de sa surface agricole. Une culture qu’il a développée comme beaucoup de confrères du secteur à partir de 2008, suite à la fermeture de la sucrerie d’Aiserey et la disparition progressive des betteraves. « À l’époque, près de 5 000 hectares de betteraves ont disparu. Une grande partie a été remplacée par la moutarde. »

Cette année, fait suffisamment rare pour être souligné, certaines parcelles ont même été irriguées dès le mois de mai afin d’accompagner le remplissage des graines.

Des rendements qui retrouvent des couleurs

Après plusieurs campagnes difficiles, les perspectives sont encourageantes. La récolte 2026 est estimée entre 14 000 et 15 000 tonnes, soit un volume proche de celui de 2025 et largement supérieur à celui de 2023, année noire pour la filière.

« Nous devrions couvrir sans difficulté les besoins des industriels bourguignons en graines françaises, généralement autour de 12 000 tonnes, ce qui n’était plus arrivé depuis plusieurs années », apprécie Damien Baumont, président de l’Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB).

Les chiffres traduisent le redressement de la culture. Après des rendements faibles d’environ 9 quintaux par hectare en 2023, puis une campagne 2024 encore décevante, la récolte 2025 avait retrouvé un niveau satisfaisant de 16 quintaux par hectare. Pour 2026, les premières estimations oscillent entre 14 et 15 quintaux, même si l’APGMB reste toujours prudente, en considérant que ce premier échantillon s’effectue dans un « triangle d’or » à bon rendement.

La filière compte aujourd’hui 560 producteurs, dont 380 en Côte-d’Or, berceau de la renaissance de cette culture dans les années 90. Elle s’est peu à peu organisée au sein d’une association nommée l’Association Moutarde de Bourgogne (AMB) qui fédère les acteurs de la recherche comme Agrosup Dijon et la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or, les producteurs sous l’égide de l’APGMB, les organismes stockeurs et les industriels moutardiers.

Chaque année, le prix d’achat des graines est fixé avant les semis par contrat, selon une formule indexée sur les cours du colza et les coûts de production. Ces dernières années, il s’est stabilisé autour de 1 500 euros la tonne (deux fois plus pour les exploitations en agriculture bio) rémunérés à l’agriculteur.

La filière moutarde française regroupe environ 560 producteurs, dont 380 au sein de son berceau côte-d’orien, structurée par l’Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB).

La Côte-d’Or, cœur de la moutarde française

La Côte-d’Or concentre l’essentiel de la production nationale. Comme le rappelle Jérôme Gervais, expert moutarde à la Chambre d’agriculture départementale, « la culture s’étend aujourd’hui sur 11 000 hectares répartis dans 17 départements, dont 7 000 hectares en Côte-d’Or. Les autres surfaces se situent notamment dans la Nièvre, l’Aube, la Marne, l’Aisne ou encore la Seine-et-Marne et ont tendance à se décaler vers le nord, notamment pour des raisons de lutte contre les insectes ».

Une fois récoltées, les graines sont collectées et nettoyées dans les silos d’organismes collecteurs comme Dijon Céréales, notamment sur les sites de Longecourt-en-Plaine et Bretenière, avant d’être livrées aux industriels.

Car la Côte-d’Or concentre également les principaux fabricants français : Reine de Dijon à Fleurey-sur-Ouche, Européenne de Condiments à Couchey, Fallot à Beaune et Amora-Maille à Chevigny-Saint-Sauveur.

Reine de Dijon mise sur l’innovation

Parmi les transformateurs de cette matière première, Reine de Dijon se montre proche des agriculteurs locaux. L’entreprise de Fleurey-sur-Ouche produit chaque année près de 18 000 tonnes de moutarde, aussi bien pour sa propre marque que pour d’autres industriels.

Depuis la pénurie mondiale de moutarde de 2022, l’entreprise poursuit un important travail de relocalisation des approvisionnements. « Nous avons beaucoup développé Reine de Dijon ces dernières années, avec une réflexion aussi bien sur nos approvisionnement 100% français que nos gammes, et proposons désormais une IGP Moutarde de Bourgogne, en recette classique comme à l’ancienne, toutes deux portant la marque Savoir-faire 100% Côte-d’Or », explique sa directrice générale, Marika Zimmermann, venue ce vendredi matin estimer la production.

L’industriel travaille également à accélérer le développement de nouveaux produits grâce à un comité d’innovation réunissant dès l’amont les différents métiers de l’entreprise afin de réduire le délai entre l’idée et la commercialisation.

Ne pas confondre : Moutarde de Dijon et IGP Moutarde de Bourgogne

La Moutarde de Dijon n’est pas une indication géographique. Il s’agit d’une recette de fabrication, élaborée au XVIIIᵉ siècle, qui peut être produite partout dans le monde avec des graines provenant aussi bien du Canada que d’Ukraine ou de Bourgogne. À l’inverse, l’IGP Moutarde de Bourgogne, obtenue en 2009, garantit que les graines sont cultivées en Bourgogne et que la moutarde est fabriquée en Bourgogne, selon un cahier des charges précis. Le vin blanc entrant dans la recette doit lui aussi être d’origine bourguignonne. En résumé, la Moutarde de Dijon désigne une recette ; l’IGP Moutarde de Bourgogne garantit une origine.