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Renforcé par des dispositifs immersifs inédits, Alésia augmente son expérience sensorielle et prend la dimension d’un « musée archéologique du futur ». Explications avec son directeur Laurent Bourdereau.

À chacun sa bataille. Posé dans la plaine où s’est joué le destin de la Gaule en 52 avant J.-C., le MuséoParc Alésia n’est plus tout à fait le même qu’à son ouverture en 2012. Ces dernières années, il a beaucoup œuvré pour varier ses propositions et étonner une nouvelle génération de visiteurs par ses dispositifs immersifs.
« À l’ouverture, le site était pensé comme un centre d’interprétation sur la bataille d’Alésia, ce qui est bien différent d’un musée », rappelle son directeur Laurent Bourdereau. La pédagogie de l’événement primait. Certes, des objets et armes historiques étaient exposés, mais pour ancrer durablement le site et lui donner une chair scientifique, une transformation est devenue nécessaire.
Une refonte totale de la scénographie a d’abord permis de franchir un cap décisif, « pour y intégrer encore plus d’objets d’une collection jusque-là cachée du public ». Dès lors, le visiteur n’observe plus seulement des schémas tactiques, il fait face aux vestiges gallo-romains, aux armes, aux monnaies, à des peintures, à la réalité matérielle de l’Histoire.

Contrairement à d’autres espaces où les œuvres se suffisent parfois à elles-mêmes, un site archéologique exige de contextualiser, de guider le regard. Pour Laurent Bourderau, la mission est claire : « Nous sommes aussi dans un récit, avec des formes narratives qui se complètent et qui séduisent, pour raconter une histoire dans l’Histoire. Le visiteur choisit s’il veut s’en tenir aux grandes lignes ou creuser un peu plus loin. »
Ces derniers mois, Alésia a surtout repensé sa façon de faire vivre une expérience complète aux visiteurs et de se présenter en tant que destination. Belle bistronomie in situ avec la Table de Victor, partenariats avec des spécialistes de la scénographie immersive, expositions ambitieuses et inédites à l’image de celle sur la vie de Jules César, spectacles extérieurs aux beaux jours, intégration d’un centre d’archives et de documentation… La panoplie d’un site culturel vivant s’est bien étoffée. Ce qui rend Alésia de plus en plus attractif, à commencer par les familles, qui représentent près de 70% des quelque 82 000 visiteurs annuels.

Si les passionnés d’histoire y trouvent une rigueur scientifique irréprochable et des pièces rares, les plus jeunes et les néophytes entrent dans l’Histoire par le jeu et l’immersion. Des ateliers de manipulation comme la reconstitution d’Alésia en Lego aux dispositifs numériques interactifs en passant par les week-ends de reconstitutions, le site d’Alise-Sainte-Reine sème ce que son directeur appelle un « mode de picorage », permettant à chacun de s’approprier le lieu à son rythme.
La grande force du MuséoParc a été de prendre le train de l’innovation avant qu’il ne démarre, sans tomber dans la course aux gadgets technologiques lourds et contre-intuitifs. « Une immersion réussie est une immersion fluide », estime Laurent Bourdereau, prenant à témoin ces mosaïques romaines mouvantes proposées au printemps, une création originale du studio lyonnais Théoryz, qui a notamment travaillé pour la Fête des lumières de Lyon.
Même cas de figure avec cette gravure exceptionnelle représentant le triomphe de César. Conservée au Metropolitan Museum of Art de New York et très rarement visible du public, elle prend vie à Alésia sur grand écran.
Autre exemple enfin : l’usage du smartphone pour s’offrir une part de « réalité superposée ». Chacun peut librement flasher de simples QR codes pour obtenir une autre lecture des lignes de fortifications ou entendre la voix de Vercingétorix sur la terrasse qui surplombe la plaine. La scène évolue sur 360°, en même temps que le visiteur se déplace.

« Nous accueillons 15 000 scolaires chaque année et portons des projets pédagogiques partout en Côte-d’Or », rappelle justement le directeur au sujet d’une nécessaire actualisation de ses outils de médiation. Cette exigence de renouvellement permanent se retrouvera en septembre avec la mise en valeur du « trésor de Laignes », fonds monétaire exceptionnel acquis en début d’année. Une nouvelle preuve que la rigueur de la recherche archéologique peut être compatible avec une expérience mémorable et captivante.
Ce que Laurent Bourdereau résume finalement en toute sobriété : « Notre métier n’est pas plus compliqué que cela : nous sommes des raconteurs d’histoires ! » Vivement la prochaine.