Nuits new génération : qui sont les vignerons de demain à Nuits-Saint-Georges ?

Protecteur d’une appellation terre à terre mais ambitieuse, le syndicat viticole de Nuits et Premeaux-Prissey veut renouveler ses forces vives, alors qu’une grande fête pointe le bout de son papier crépon. DBM a donc établi un casting non exhaustif mais représentatif de cette nouvelle génération nuitonne.

DBM a réuni un casting de six jeunes vignerons (à majorité féminine) investis dans le syndicat viticole de Nuits-Saint-Georges. ©Jean-Luc Petit/DBM

Étant parmi les AOC pionnières de la Bourgogne, Nuits-Saint-Georges aura 90 ans le 11 septembre. Yvan Dufouleur, son président depuis près de vingt ans, y voit une occasion de transmission à venir. 

« Les anciens ont donné, Nuits a les mêmes têtes depuis longtemps. Aujourd’hui, c’est aux jeunes de prendre la relève », tranche-t-il dans son franc-parler habituel, alors que se profile l’organisation d’une grande fête viticole, généralement révélatrice d’une dynamique et des forces en présence.

L’appellation a ses petits tiraillements. Elle avance avec prudence vers l’obtention d’un grand cru, le climat Saint-Georges, pour avoir la locomotive qu’elle mérite. Mais elle tient à « pouvoir se présenter comme accessible et connectée au monde réel », à l’image du magasin des vignerons, situé près de la sortie d’autoroute, et du traditionnel salon Nuits au Grand Jour (samedi 7 et dimanche 8 mars), regroupant chaque année une trentaine de producteurs.

DBM a donc sélectionné un casting, évidemment (et heureusement) non exhaustif mais représentatif de cette nouvelle génération appelée à porter l’appellation pour les prochaines décennies. Pas pour faire la belle dans les journaux mais pour s’engager dans la vie, parfois ingrate il est vrai, d’un syndicat qui œuvre pour le bien commun.

Charlotte Bazart, Rémy Jafflin, Charlotte Joudiou-Legros, Élodie Accart-Gavignet, Margaux Dufouleur et Lyse Chezeaux composent un casting à majorité féminine. Pour différentes raisons, ces trentenaires et quadras se sentent intimement concernés par les 310 hectares de vignes qui courent le long de Nuits-Saint-Georges et Premeaux-Prissey. C’est le moment de l’étaler au grand jour. 

Charlotte Bazart
Domaine Louis Fleurot

L’aïeul, un tonnelier-sabotier, a lancé l’aventure il y a quatre générations. Le métier a changé, le parcellaire aussi : 16 ha de vignes essentiellement nuitonnes. Ce socle local importe beaucoup à Charlotte, millésime 1991, installée dans la maison des arrières-grands-parents. « Papa présidait le syndicat à l’époque de la Saint-Vincent tournante en 2007, je l’ai toujours vu faire le salon des vignerons », témoigne-t-elle en évoquant le patriarche Denis, toujours membre du bureau et dont elle prépare la relève. Revenue au bercail après quatre ans dans le beau domaine Feret à Fuissé, la trentenaire gère les vinifications familiales depuis 2020. L’une de ses cuvées a une valeur inestimable. Trois belles parcelles de Nuits village assemblées en hommage à Justin, le petit frère adoré, emporté par une leucémie. L’appellation nuitonne, historiquement connectée aux cieux, compte donc un astre de plus. Depuis, les Bazart savent que leur « Juju » ne perd pas une goutte de ce qu’il se passe en bas.

Charlotte Bazart ©Jean-Luc Petit/DBM

Rémy Jafflin
Domaine Jafflin 

Chez les Jafflin, un Rémy peut en cacher un autre. Dans les années 50, le premier a orienté la polyculture vers la vigne et posé les bases d’une exploitation représentant aujourd’hui 17 ha entre Nuits-Saint-Georges, Vosne-Romanée et Gevrey-Chambertin. Le troisième du nom, millésime 1988, est un gaillard taillé dans la roche calcaire, ancien deuxième ligne du CSN, intégré depuis 2016 au domaine. Les parents Albert et Béatrice veillent au grain tout comme la tante Anne, présidente de la société de Saint-Vincent. Rémy et son amie Charlotte ont la même trajectoire, avec un papa ancien président et eux bientôt installés. Comme sur un terrain, le vigneron n’a pas peur de s’engager pour le collectif. En témoigne son affection pour le salon, « seul endroit où l’on peut déguster une trentaine de vins d’une même appellation, ce que je trouve super intéressant, ne serait-ce que d’un point de vue œnologique ». Vrai ! 

Rémy Jafflin ©Jean-Luc Petit/DBM

Charlotte Joudiou-Legros
Domaine François Legros

Son nouveau voisin est le restaurant Bourgeon, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Arrière-petite-fille de régisseur du château de la Tour, dans le clos-de-vougeot, Charlotte est arrivée en 2008 dans ce domaine créé par son père à la fin des années 80. À ses côtes, son mari David et sa sœur cadette Laure prennent soin d’environ 7 ha d’un très joli parcellaire de premiers crus nuitons (Aux Thorey, Bousselots, Roncière, Perrières, Rue de Chaux) qui, petite particularité, s’étend jusqu’en Côte de Beaune. « Le grand-père maternel avait quelques vignes à Saint-Aubin et Puligny », explique cette Nuitonne mariée à un Orléanais, heureuse de s’impliquer dans la vie d’une appellation « pas encore reconnue à sa juste valeur, même si les choses changent ». Comme beaucoup d’autres, le domaine François Legros fait un seul salon dans l’année. On vous laisse deviner lequel. 

Charlotte Joudiou-Legros ©Jean-Luc Petit/DBM

Elodie Accart-Gavignet
Domaine Philippe Gavignet 

À quatre mois près, ce millésime 1987 naissait en pleine Saint-Vincent tournante de Nuits-Saint-Georges. Après une première vie dans l’œnotourisme – « j’ai toujours aimé le contact et transmettre ma passion aux particuliers » – Elodie a rejoint son frère Benoit. Les deux, complémentaires, ressentent bien le privilège d’être la cinquième génération de Gavignet vignerons, depuis que l’aïeul Honoré a développé un petit domaine en parallèle de son métier de tâcheron à la Romanée-Conti. Son fils Gabriel, militaire de carrière, fut directeur des Hospices civils de Nuits et président du club de basket, le sport numéro 1 dans la famille. Puis vinrent Michel, cocréateur du comité des fêtes et de la traditionnelle élection de la Reine des vins de Nuits (Elodie se rappelle bien de sa couronne en 2011 !) et Philippe, qui a choyé 14 ha exclusivement sur le finage de Nuits et des Hautes-Côtes de Nuits, avec des fleurons comme le Clos des Dames Huguette, Les Argillats, les Vieilles Vignes (cuvée centenaire en 2026) ou Les Chabœufs. Autant dire que le cinq majeur des Gavignet a de la ressource.

Elodie Accart-Gavignet ©Jean-Luc Petit/DBM

Margaux Dufouleur
Domaine Guy & Yvan Dufouleur

« Tu ne te rends pas compte », lui soupirait son père Yvan, confronté aux premières réticences adolescentes. Puis ce millésime 1996 a mûri tranquillement, comme une belle grappe de pinot noir, et mesure aujourd’hui la chance d’être vigneronne en Côte de Nuits, tandis que sa grande sœur Marion a choisi la voie du commerce. La jeune maman se sent bien dans les vignes, « à tel point que j’ai accouché au bout de deux jours de vendanges ». Les Dufouleur sont propriétaires-récoltants à Nuits depuis qu’un certain Gilles y a planté le cep généalogique en 1596. En présidant le syndicat depuis près de vingt ans, dans son style parfois râleur mais toujours constructif, Yvan Dufouleur sait donc la portée symbolique de sa contribution. « Il n’a pas l’air, mais papa est très ouvert sur la viticulture et les idées de la nouvelle génération », apprécie sans détour Margaux, qui ambitionne d’améliorer petit à petit la biodiversité sur les 30 hectares qui composent le domaine, de Fixin à Santenay, avec un beau chapelet de premiers crus nuitons, des Hautes-Côtes de Nuits et trois cuvées distinctes de Nuits village (Saint- Julien, Creux Fraîches Eaux, vieilles vignes). Ce qui dit bien tout le soin porté à l’appellation. Tout de suite, on se rend mieux compte.

Margaux Dufouleur ©Jean-Luc Petit/DBM

Lyse Chezeaux
Domaine Jérôme Chezeaux

Le grand-père Bernard Chezeaux est descendu de sa combe de Vosne-Romanée pour épouser une Prémelienne. Ainsi naquit en 1971, à Premeaux-Prissey, l’exploitation familiale reprise plus tard par le fils Jérôme et dont l’avenir est désormais incarné par Lyse, millésime 1994. Après des voyages formateurs en Nouvelle-Zélande – « Je devais y passer deux mois, j’y suis restée un an » – et dans la Napa Valley, cette diplômée de la Viti est arrivée en 2016 avec un regard frais sur le domaine et l’appellation. Les valeurs du collectif vont bien à cette ancienne joueuse de rugby, qui prend soin d’un peu plus de 11 ha, d’un beau chapelet nuiton (Aux Boudots, Rue de Chaux, Saint-Julien, Vaucrains, Aux Charbonnières) et de vieilles vignes côté Premeaux. Toujours fidèle au poste, avec le papa Jérôme et la maman Pierrette lors du salon de mars, Lyse est l’une des jeunes pousses du syndicat. « C’est important de jouer collectif, l’appellation le mérite », résume l’intéressée, tout en précisant comme si cela coulait de source qu’« au domaine, le caveau est toujours ouvert, nous aimons accueillir ». Rien à voir avec la troisième mi-temps. Partage, simplicité et pédagogie sont au centre du verre. 

Lyse Chezeaux ©Jean-Luc Petit/DBM