Nuits-Saint-Georges. Imprimerie Filiber, si haute en couleurs

Elle croise, à bien des égards, la petite et grande histoire locale. Au service de la filière viticole, l’imprimerie Filiber a gardé son geste artisanal et son âme nuitonne. Alban Filiber, cinquième du nom, porte volontiers cette étiquette.

©Jean-Luc Petit/DBM

Imprimer plus de 170 millions d’étiquettes chaque année, pour le compte de 600 producteurs de vins et spiritueux ? Lucien Filiber, lithographe nivernais installé à Nuits-Saint-Georges en 1893, n’en croirait pas ses yeux. Tel est pourtant le quotidien de l’entreprise familiale, dirigée par Alban Filiber, cinquième génération à évoluer dans ce monde haut en couleurs.

Tout ne fut pas rose pour autant. Après avoir mal vécu les secousses d’un marché perturbé et hautement concurrentiel, la structure a tangué au cœur des années 2010. Alban, qui œuvrait en bon passionné dans les vignes de la côte après son BTS viti-œno, est arrivé en 2016 en étant confronté à des choix de gestions difficiles. Suivront un redressement judiciaire, un retour à une quarantaine de collaborateurs très engagés et un repositionnement stratégique, « en quittant les gros volumes à faible valeur ajoutée pour un marché plus local et de pointe », explique le dirigeant, renforcé  depuis par l’arrivée du groupe imprimeur marnais Billet.

Intimement nuitons

L’imprimerie évolue aujourd’hui avec sérénité, au sein du quatrième site nuiton de son histoire, dans ce qui fut une maison de vins puis l’entreprise de jus de raisin de l’ancien maire Henri Challand. Le site historique, vendu aux Hospices puis déconstruit pour partie, a servi d’emprise pour bâtir l’actuelle cuverie du domaine. Alban vit en bon voisin immédiat, « ayant conservé l’ancienne maison du concierge ».

Pas de doute, les Filiber sont intimement nuitons. L’arrière-grand-père Alexis, « un maître-imprimeur, ayant repris l’activité jeune et présidé le syndicat d’initiative nuiton », avait de source sûre une nature de « joyeux luron ». Il se murmure même qu’il fut le premier à prêter son caveau, sous l’actuel cinéma, à une petite confrérie vineuse locale dans les années 30…

Les Chevaliers du Tastevin et les Filiber sont depuis reliés par un solide fil pourpre et or. Le grand-père Jean, qui accola son prénom à l’imprimerie en 1937 à l’âge de 16 ans, producteur (non officiel) de faux laissez-passer à l’époque du STO, était un fier chevalier, « qui a dû vivre au moins 800 chapitres dans sa vie ». 

Le papa Alexis et l’oncle Alain, eux, ont vu de leurs yeux l’étiquette de la cuvée Terre-Lune 1969 partir dans le cadre de la fameuse mission Apollo 15. Dans son style pince-sans-rire, Alban se nourrit modestement de cette histoire. L’homme se dit lui-même « un padawan de la confrérie », ayant intégré le grand conseil sous le titre officiel – et fort logique – de conservateur du livre d’or. 

Le Tastevin, activité à part

Le Tastevin est aussi un client historique. « Une activité d’orfèvrerie, qui ne rentre dans aucune case », témoigne le dirigeant, tout en fouillant dans les innombrables archives tastevinesques abritées sur des rayonnages. Étiquettes, menus numérotés, diplômes « nécessitant l’utilisation de 11 couleurs », papiers sur mesure avec dorure à chaud… La panoplie est large. « Pour le menu du chapitre de l’Olympe, nous avons fait un à un les nœuds des cordons aux cinq couleurs olympiques », témoigne Alban, également imprimeur de la gazette envoyée aux 12 000 chevaliers dans le monde.

Cette entreprise dans l’entreprise le connecte fortement à la dimension artisanale du métier. « Nous avons besoin de cette patte du technicien », estime le chef d’entreprise, qui reste néanmoins à l’affût des nombreuses évolutions du secteur, en lien notamment avec les enjeux de traçabilité et de sécurité du transport de vin. C’est d’ailleurs fou, toute la technologie que l’on peut désormais dissimuler dans des étiquettes. Lucien n’en croirait pas ses yeux !