Pays Beaunois, l’effet chapelle !

Elle porte le nom de Saint-Esprit et accueille depuis la fin de l’année 2015 le staff opérationnel du tourisme du Pays Beaunois. L’esprit de chapelle s’est installé sur les bases d’un Epic  (Établissement public à caractère industriel et commercial) qui a redéployé l’accueil touristique sur l’ensemble du territoire. Denis Thomas et Pascale Guersen, son président et sa directrice, expliquent en quoi tout a changé.

Par Dominique Bruillot
Pour Dijon-Beaune Mag #71

Pascale Guersen et Denis Thomas, dans les locaux du staff tourisme du Pays Beaunois. © Jonas Jacquel

« L’effet chapelle, c’était déjà de sortir de la porte Marie de Bourgogne, de créer un effet politique en donnant au tourisme territorial un espace qui lui est propre. » Denis Thomas résume ainsi ce qui a conduit l’Epic qu’il préside à installer son équipe dans l’ancienne chapelle du Saint-Esprit. Ce monument beaunois a connu mille vies. Léproserie à l’origine, il devint cuverie avant d’être menacé par l’abandon puis racheté par la Ville de Beaune au profit de l’office de tourisme Beaune et Pays Beaunois qui en a assuré les imposants travaux de réhabilitation.

Raisonner en terme de destination

Aujourd’hui, la chapelle désacralisée a conservé sa charpente de bateau inversé. Tout en préservant habilement les dimensions de l’édifice, le projet architectural a transformé le lieu de culte en siège social contemporain. Il repose sur la construction d’un édifice s’apparentant à une proue de navire, au-devant duquel et sur lequel s’activent une douzaine de collaborateurs. Ici, on gère les actions, on édite tout ce qui touche à la communication touristique, on fait le lien avec les 7 antennes* qui animent la constellation des propositions d’un territoire béni des dieux. « Le tourisme est un monde en perpétuel mouvement, nous devons constamment nous adapter aux attentes du consommateur », rappelle Pascale Guersen, qui tient la barre du navire depuis juin 2010. Car les choses ont effectivement bien changé. En quittant les remparts de Beaune, « l’OT » s’est non seulement offert un espace dédié qui lui permet de communiquer avec ses antennes aux identités variées, il a aussi permis d’installer la Maison des Climats à Marie de Bourgogne. Et si « Beaune garde son rôle de locomotive », chacune des antennes occupe une place à part dans le système touristique territorial : à Nolay l’environnement, à Savigny et à Meursault la viticulture, à Santenay le thermalisme, sans oublier Chagny, cette ville saône-et-loirienne qui tient son rang de porte d’entrée du fluvial. Au carrefour du vin, de la Voie Verte, des eaux, de la nature, de l’histoire prestigieuse et des plaisirs nautiques incarnés aussi par la nouvelle base de Merceuil-Tailly, le Pays Beaunois déborde de propositions. « Cette organisation nous a permis de raisonner en terme de destination, tout en professionnalisant en douceur le personnel rattaché à l’Epic », constate avec satisfaction Denis Thomas. « Nous touchons une clientèle nouvelle et notre personnel tourne sur les sites » reprend en écho Pascale Guersen.

Formation et ouverture d’esprit

Hier, les offices de tourisme étaient tenus par des associations qui, aussi sympathiques étaient-elles, contenaient la vision de leurs enjeux à l’esprit de clocher. Aujourd’hui, sous la bénédiction de Saint-Esprit, chapelle unique du destin commun d’un territoire de plus de 54 000 habitants, la formation et l’ouverture d’esprit sont inscrites dans un cahier des charges exigeant. Au siège, ils sont donc une douzaine à faire tourner la machine, la gérer et assurer la production des outils de promotion. Autour d’eux, une dizaine de titulaires relayés par quelques saisonniers assurent l’accueil, en étant ouverts désormais à la mobilité. Au sommet de la pyramide, un conseil d’orientation réunit 300 à 400 socioprofessionnels et les institutionnels de la destination. Il trace les grandes lignes de l’action engagée. « Ce modèle a donné de l’oxygène à l’office de tourisme et permis une harmonisation par le haut des statuts de ses employés sans augmenter le coût global de la masse salariale », s’enthousiasme Denis Thomas. « Alain Suguenot s’est montré visionnaire en anticipant cette organisation sous forme d’Epic. »

Eldorado

Dans les faits, comme le rappelle Pascale Guersen, « le tourisme demeure le deuxième pilier de l’économie du territoire derrière le vin ». La rencontre des deux portant d’ailleurs un nom en plein développement : l’œnotourisme. D’où l’impérieuse nécessité d’être au plus près d’un public « à la fois juge et jouisseur, en quête de conseils d’experts, de renseignements de plus en plus pointus ». Pour financer son action, soit un budget de plus d’1,8 million d’euros, un principe est établi : l’Epic doit se reposer en presque totalité sur la taxe de séjour et, dans une moindre mesure, sur des prestations et de la vente de marchandises. « Pour autant, nous sommes sur un tourisme de qualité, pas de masse ; un tourisme qui rayonne à l’international », souligne Denis Thomas, réfutant l’idée d’une course au merchandising et mettant en perspective le défi d’un système d’accueil professionnalisé au plus haut niveau. Avec plus de 800 000 nuitées et plus de 450 000 visiteurs rien que pour ses célèbres Hospices, le territoire touristique beaunois connaît ainsi de nouvelles évolutions, attirant à lui et de plus en plus une clientèle asiatique aisée. Historique, la clientèle d’outre-Atlantique est toujours là, mais il n’est pas rare de voir nos amis américains, fondamentalement attirés par le vin et la richesse de notre patrimoine, passer à l’acquisition de biens et de s’installer dans ce qu’ils considèrent comme un Eldorado bourguignon. Sans l’action touristique, rien de tout cela ne serait arrivé.

* Beaune (boulevard Perpreuil et sous les halles), Chagny (2 rue des Halles), Meursault (place de l’Hôtel de ville), Nolay (13 rue de la République), Santenay (Gare SNCF), Savigny-lès-Beaune (4 place Fournier).

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