Dijon Beaune Mag
À la veille de la rentrée, le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté Jérôme Durain place la prévention des addictions au cœur de sa politique en direction des lycéens, notamment à travers expérimentation menée avec la Mildeca dans onze établissements régionaux. Celle-ci complète une politique plus large, articulée autour de trois verbes : émanciper, protéger et former. En Côte-d’Or, Dijon et plusieurs lycées du département illustrent les efforts engagés sur les mobilités, la restauration, les équipements et l’orientation.

La Région Bourgogne-Franche-Comté prend très au sérieux la sécurité des lycées, à travers un programme d’investissement de 18 millions d’euros pour sécuriser les accès aux lycées. Et puis il y a les dangers plus diffus, ceux qui ne se voient pas à l’entrée d’un lycée. À l’occasion de la rentrée 2026, la Région Bourgogne-Franche-Comté entend précisément déplacer le curseur vers ces risques-là : tabac, alcool, stupéfiants, jeux d’argent, écrans ou encore protoxyde d’azote. Une politique de prévention des addictions que Jérôme Durain revendique comme l’une des marques de fabrique de son mandat, en lien avec son action antérieure au Sénat.
La Région va ainsi expérimenter, au cours de l’année scolaire 2026-2027, un dispositif construit avec la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) dans onze lycées, complété par des opérations d’information à destination de l’ensemble des 128 établissements publics régionaux. La Bourgogne-Franche-Comté est la première collectivité régionale à avoir engagé un partenariat de cette nature avec la Mildeca pour le public lycéen.
Le choix n’est pas anodin. « Nous ne faisons pas assez nationalement » en matière de prévention, estime Jérôme Durain, qui entend agir à la fois sur les comportements et sur l’environnement dans lequel évoluent les adolescents. Dans les établissements pilotes, parmi lesquels figure le lycée Gustave Eiffel à Dijon, l’objectif sera notamment de travailler sur les savoir-être et sur les mécanismes d’emprise, afin d’éviter que des jeunes ne deviennent des « auxiliaires » des réseaux de narcotrafic. Un second volet portera directement sur les consommations, avec un message volontairement simple : aucune consommation n’est sans conséquence. « Aujourd’hui, aucune drogue n’est anodine, même le cannabis dont le taux de principe actif est passé en quelques décennies de 5% à 25 à 50% », estime-t-il.
La question du tabac constitue l’autre cheval de bataille du président régional. Favorable à une interdiction de la vente de cigarettes aux personnes nées après le 1er janvier 2014, il défend l’idée d’une rupture générationnelle. « Je veux que nous donnions le coup de grâce à la cigarette en faisant émerger une véritable génération sans tabac », affirme-t-il. Il appelle le gouvernement à légiférer et souhaite faire de la Bourgogne-Franche-Comté « un territoire pilote » de cette ambition.
Cette politique de prévention ne se limite cependant pas aux substances, la Bourgogne-Franche-Comté se trouvant dans une situation défavorable concernant les jeux d’argent et de hasard : 35,7 % des garçons de 17 ans déclarent les avoir déjà expérimentés, contre 27,5 % en France. « Avec l’alcoolisme et le tabagisme, le jeu est une addiction qui frappe plus fortement notre région que le pays », déplore le président. Dans une rentrée où l’Éducation nationale entend elle aussi renforcer la maîtrise du numérique et généraliser le dispositif « Portable en pause », la Région veut par ailleurs développer l’éducation aux médias et au numérique. Pour Jérôme Durain, « notre responsabilité n’est pas seulement de mettre des barrières », mais de donner aux jeunes « les clés pour comprendre, choisir et exercer leur liberté dans le monde numérique ».
La Région se veut également en pointe dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à travers des « plans égalité » conçus, dans les lycées, en partenariat avec l’association FETE. « La Région s’engagera pour que le Planning Familial crée une fédération Bourgogne-Franche-Comté », note-t-il.
Cette philosophie — protéger sans seulement interdire — irrigue l’ensemble de la rentrée régionale. Les 128 lycées publics dont la Région est propriétaire accueillent 83 675 lycéens, sur un total régional de 103 236 jeunes scolarisés dans les lycées, public et agricole confondus. Le parc représente 224 sites, près de 1 400 bâtiments et plus de 2,3 millions de mètres carrés. En 2026, 336 millions d’euros sont consacrés à la politique des lycées, tandis que plus de 170 opérations de travaux sont en cours, pour un montant supérieur à 620 millions d’euros.
La Côte-d’Or concentre à cet égard plusieurs opérations. À Dijon, le lycée Le Castel poursuit sa transformation avec notamment le remplacement de la verrière et de la toiture du bâtiment d’hôtellerie, une opération évaluée à 2,67 millions d’euros. Le lycée Gustave Eiffel doit, lui, voir son restaurant scolaire restructuré, pour un coût annoncé de 3,35 millions d’euros. À Longchamp, le lycée Henry Moisand prépare la construction d’une halle polyvalente, évaluée à 800 000 euros. À Semur-en-Auxois, le restaurant pédagogique du lycée Anna Judic doit également être restructuré. Le coût de cette opération est encore à l’étude.
Ces investissements prennent un relief particulier après l’été caniculaire. La Région consacre, selon Jérôme Durain, environ 100 millions d’euros par an au bâti des lycées, mais le président juge nécessaire d’accélérer l’adaptation des établissements aux fortes chaleurs. Films solaires, ventilation, brise-soleil, végétalisation : les solutions existent, mais leur généralisation se heurte au coût. Le confort thermique des internats peut, par exemple, représenter à lui seul des opérations de 10 à 20 millions d’euros. « Confort d’hiver et d’été doivent devenir notre paradigme », plaide-t-il, tout en précisant ne pas avoir « de tabou sur la clim », sans la considérer comme une réponse universelle.
La rentrée se joue aussi dans le quotidien très concret des familles. En Côte-d’Or comme ailleurs, la Région maintient la gratuité du transport scolaire pour les ayants droit, tandis que les moins de 26 ans bénéficient de 50% de réduction toute l’année sur le réseau TER. Les trajets en car sur les 91 lignes régulières Mobigo sont proposés à 2 euros et une aide au permis de conduire de 300 euros est destinée aux jeunes les plus modestes. Pour les familles rurales, souvent davantage dépendantes de la voiture ou des transports collectifs, ces dispositifs constituent un enjeu d’autonomie autant qu’une mesure de pouvoir d’achat.
La restauration est l’autre poste où la Région revendique un effet direct sur le budget familial. Plus de dix millions de repas sont servis chaque année dans les lycées régionaux. En 2026, 12 000 familles bénéficient d’une tarification sociale pour la restauration et l’hébergement. Le repas, qui coûte en moyenne 10 euros à la collectivité, revient au maximum à 3,69 euros pour les familles dans le forfait cinq jours et peut être gratuit sous conditions de ressources. La Région poursuit parallèlement l’objectif d’atteindre, en 2028, 75% de produits locaux et/ou bio dans les assiettes des lycéens.
À cette équation matérielle s’ajoute celle de l’orientation. Pour les adolescents qui arrivent au lycée sans réseau familial susceptible de les aider à trouver un stage, la Région met en avant une plateforme recensant plus de 4 700 offres. Les lycéens et apprentis peuvent également bénéficier de la bourse Dynastage pour effectuer un stage à l’étranger, avec une aide pouvant atteindre 2 280 euros. En 2025, 2 275 jeunes ont bénéficié d’une bourse régionale pour un séjour hors de France.
La carte Avantages Jeunes, qui compte 90 000 bénéficiaires de moins de 30 ans et donne accès à plus de 4 000 offres et réductions dans la région, complète cet arsenal. Nouveauté de cette rentrée : elle devient gratuite pour les nouveaux bacheliers ayant exercé un job durant l’été.
Reste enfin la dimension éducative au sens large. La Région veut faire du lycée autre chose qu’un lieu où l’on accumule des connaissances : un espace où l’on apprend à comprendre le monde, à exercer son esprit critique et à devenir citoyen. Plus de 92 % des établissements régionaux — 118 lycées — sont ainsi labellisés « Éco lycée ». Le dispositif régional soutient également les projets culturels, scientifiques et citoyens.
À Dijon, cette ambition se prolongera notamment en mars 2027 avec une nouvelle édition du salon « Explore les métiers ». L’édition 2025 avait attiré plus de 14 000 visiteurs et présenté plus de 150 métiers, avec 50 métiers en compétition dans le cadre des sélections régionales des WorldSkills.
Cette rentrée 2026 ne sera pourtant pas seulement celle des promesses et des dispositifs. Elle intervient dans un contexte budgétaire tendu, que Jérôme Durain entend bien politiser. La Région affirme avoir appris au cœur de l’été la suppression des crédits de l’État consacrés à l’apprentissage des jeunes et à la formation des demandeurs d’emploi. Le président régional estime avoir perdu 100 millions d’euros sur deux ans et prévient que ces arbitrages se traduiront mécaniquement par moins d’investissement.
Le symbole de cette capacité à agir malgré les contraintes se trouve à Vesoul. Après la découverte de fragilités structurelles ayant conduit à la fermeture immédiate du lycée des Haberges en mai, la Région a installé en quelques semaines un lycée modulaire de 4 000 m². Deux millions d’euros de crédits exceptionnels ont été mobilisés. Le chantier, lancé fin juin, a nécessité l’installation de 260 modules et le déplacement de plus de 2 000 m³ de mobilier. « Nous avons relevé le défi. Preuve que quand on a une mobilisation collective réelle, on peut faire les choses vite et bien », note Jérôme Durain.