Dijon Beaune Mag
En développant sa proposition à l’attention d’un public de plus en plus varié, l’Hôtel-Dieu des Hospices Civils de Beaune a complètement renouvelé l’expérience d’un lieu intimement bourguignon. Un sacré bond en avant, confirme en chœur l’équipe des médiatrices.

En 2025, plus de 466 000 visiteurs ont foulé les pavés de la plus célèbre cour de Bourgogne, confortant l’Hôtel-Dieu des Hospices Civils de Beaune dans son statut de site payant le plus visité de la région. Si ce record n’est pas une fin en soi pour les équipes de Sandrine Allard-Saint-Albin, il marque un changement de cap plein de sens et de sensations.
Pour Marine Bigot, responsable du pôle développement des publics, l’enjeu était de transmettre l’image d’un lieu historique en un lieu vivant. Tout en continuant d’entrer dans l’intimité de l’institution hospitalière et ses particularités.
Cette évolution passe par une diversification des propositions : « Il fallait ouvrir de nouveaux formats, avec une équipe de médiateurs patrimoine et culture. Notre programmation se décline entre offres régulières et temps événementiels. Cela peut aller des visites commentées de 20 minutes jusqu’à 2 heures sur des thématiques différentes, des ateliers avec la valorisation des métiers de l’Hôtel-Dieu, des visites à deux voix… En clair, nous voulons faire comprendre que les Hospices Civils sont toujours et avant tout un établissement public de santé en activité et faire s’entrecroiser passé, présent et futur. »
Sur le terrain, les médiatrices ne se contentent pas de réciter. Pauline Guilpain, Flora Lavagna et Chloé Le Brech doivent jongler entre des publics aux attentes différentes, allant de l’entreprise lors d’un séminaire aux familles en vacances dans la région.
Flora souligne que leur métier nécessite une souplesse intellectuelle et pédagogique : « L’adaptation à tous les publics, aussi bien dans l’approche directe que dans l’élaboration des formats, est le sel de notre métier. On n’a pas le même discours avec des enfants et des connaisseurs. Ce qui permet à chacun d’apprécier le lieu selon sa sensibilité. »
Cette modernité n’exclut pas une rigueur scientifique, que l’on pourrait qualifier de chirurgicale. En travaillant main dans la main avec les archivistes, l’équipe déconstruit parfois des idées reçues que l’on pensait insubmersibles. Pauline prend l’exemple des blochets, ces visages grimaçants qui ornent les poutres de la Salle des Pôvres, ayant longtemps alimenté les légendes : « On racontait, sans véritable preuve, qu’il s’agissait de bourgeois locaux dont on se moquait à travers des grimaces. Aujourd’hui, un faisceau d’indices nous fait plutôt penser que cela représente une somme de mauvais comportements, par exemple les sept péchés capitaux associés à une figure animale. »
L’Hôtel-Dieu ne vit plus dans le repli de ses tuiles vernissées. Il prend une part active sur le territoire et dans la mémoire collective qui dépasse largement le cadre hospitalier. Pour Chloé, une simple visite peut se transformer en une enquête historique palpitante, reliant l’Hôtel-Dieu aux caves prestigieuses avoisinantes : « Depuis deux ans, nous organisons des visites croisées avec la maison Joseph Drouhin, en débutant par leurs caves pour découvrir leur histoire avec un fil rouge commun, à savoir Maurice Drouhin, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale. Puis on arrive progressivement à l’Hôtel-Dieu, où il a pu être caché par la Mère Supérieure. Des histoires comme ça, nous en avons plein ! Être dans un hôpital qui a fonctionné plus de 500 ans, c’est inspirant. »
Le sport, l’art contemporain, l’odorat… Chaque visite doit laisser une trace durable. « Comme l’odorat est le sens le plus directement lié au cerveau, c’est aussi celui que l’on associe au souvenir. On ne fait pas ce métier pour faire des choses standardisées, on veut qu’il y ait une part d’humain », glissent les médiatrices. Le pôle développement des publics fait battre plus que jamais le cœur de l’Hôtel-Dieu, à l’image du week-end MOUVEMENT(S) fin mai, entre les séances de pétanque sur un terrain éphémère, les joutes oratoires et les ateliers en tout genre.
Dans un registre différent mais complémentaire, l’art contemporain est aussi appelé à dialoguer in situ avec la petite et grande histoire beaunoise. Les choses se mettent en place, petit à petit, tel un Hôtel-Dieu bondissant !