Street Art on the Roc : trois street-artistes mondiaux vont habiller la Karrière

Le troisième festival Street Art on the Roc aura lieu dans la carrière de Villars-Fontaine, baptisée La Karrière, du 19 au 26 août. Présentation de trois street-artistes de renom qui habilleront les pans de comblanchien cette année : Nuno Alecrim, Loïc Mondé et Saïd Donkins.

Par François-Marie Lapchine
Photos : D.R.

Nuno Alecrim
Un langage universel

Toujours inspiré par les symboles primitifs et par la nature, l’artiste portugais Nuno Alecrim est l’un des invités du festival Street Art on the Roc 2018. Minimaliste, monochrome et géométrique, sa fresque monumentale exprimera symboliquement sa perception des Climats de Bourgogne.

Signes premiers

Losanges concentriques, fléchages contradictoires, croisements de longues palmes stylisées, séries d’ondulations en crêtes bordée de formes carrées remplies de lignes ininterrompues d’une écriture illisible… Avec un peu de recul, on perçoit un système organisé, une sorte d’échelle improbable, une énigme de labyrinthe résolue, filet géométrique avec lequel on aimerait grimper pour atteindre le haut de la façade qu’il vient d’envahir. « Mon histoire est un cycle, commencé avec des graffitis sur les murs, ce qui m’a conduit à étudier le design graphique, pour revenir vers la peinture murale monumentale. J’aime peindre sur un mur, c’est un support différent, avec d’autres dimensions où vous pouvez interagir avec tout un chacun. »

Nature et cultures

« Mon inspiration vient de la nature et d’un contact avec différentes cultures. Le minimalisme, la géométrie, la matière et les motifs sont mes points d’accroche essentiels. » Sans cesse à la recherche d’un langage universel basé sur les écritures primitives, comme l’écriture pictographique, Alecrim tente de montrer la valeur essentielle de l’image dans la communication et la perception de l’homme. Diplômé en communication graphique, il évolue avec les techniques qu’il a explorées pendant des années : peinture, pochoir, sérigraphie, peinture sur bois et avec des matériaux comme la corde et la laine. En utilisant ces techniques, il a développé des modèles pour le textile, le papier, les tissus et les peintures murales. Ses œuvres, pour la plupart, sont monochromes.

Vivement Villars !

Lors de ses exhibitions, résidences d’artistes, festivals et collaborations à travers le monde, Alecrim a beaucoup entendu ses copains artistes lui parler du festival Street Art on the Roc. Il a tout de suite été fasciné par le lieu et a été heureusement choisi comme artiste invité. Il va s’approprier la roche pour y imprimer son œuvre Le Terroir, son interprétation des Climats de Bourgogne, déclinée en quatre éléments, le climat, le sol, le terroir et la tradition. Il aimerait que son œuvre soit ressentie comme une découverte archéologique, une entaille qui révèlerait une nouvelle civilisation dans un des premiers matériaux travaillés par l’homme, la pierre… de Villars.


Loïc Mondé
L’
homme de l’être

Cet authentique street-artiste poursuit sa recherche sans se perdre, sans perdre de vue la vitalité du graffiti originel. Il propose, comme une évidence très aboutie, un mur sombre tatoué de lettres puissantes. Né en 1985, Loïc Mondé – alias Démon – fut dès 14 ans l’un de ces jeunes graffeurs toulousains qui pratiquent dans l’illégalité un art libre, ludique, éphémère par essence, transgressif, qui lui donna envie de découvrir les murs d’autres villes autour du monde.

Le graffeur nous dépose ses lettres

Très vite, une forme d’évolution artistique lui fait installer son œuvre sur des toiles. L’univers du grapheur l’y autorise, avec des couleurs originales d’une parfaite précision associées à son geste toujours libre, énergique, non prémédité. Des visages de femmes se surimpriment  parfois, en toute sensualité, sur cette jungle foisonnante de signes. Ou parfois, ce sont les signes qui se posent sur la peau de ces femmes, en manière de body painting… Son art séduit, Loïc Mondé ne craint pas les commandes institutionnelles quand elles ont du sens pour lui. Ainsi, en 2017, il décore le TGV L’Océane aux couleurs de sa région l’Occitanie, mais également le McDonald’s de sa jeunesse à Toulouse, ou pourquoi pas une péniche en 2018 (en collaboration avec Réso), ou des lieux privés.
Il adore l’événementiel, l’« event artistique ». En constante recherche, il concentre son inspiration dans la matière la plus dense possible : le bois, le métal, le béton. Là, ses élégantes calligraphies d’inspiration orientale prennent chair et entrent en résonnance avec la lumière et l’ombre, les reliefs. Il travaille le bois (châtaignier et pin), y découpe les signes calligraphiques, ou le brûle, jouant avec les brun-noirs mats ou brillants.

Lettres massives et légères

Sa proposition est inspirée du Shou-sugi-ban, une technique japonaise ancestrale qui permettait de protéger les bois de bardage par carbonisation. Le bois devenu imputrescible et inattaquable par les parasites prend traditionnellement l’aspect « d’écailles de tortue ». Une belle palette de noirs satinés, veloutés, charbonneux, brillants est obtenue, palette avec laquelle joue subtilement Loïc Mondé. Pour le festival, il propose une installation en volumes et effets de matière : des calligraphies monumentales en ciment coulé dans des coffrages, semblant se réfléchir sur une base en bois, et animés d’éléments de graffitis. Ainsi les ombres restituent de la lumière à l’œuvre, et le noir et l’épaisseur n’enlèvent rien à sa grâce.

Saïd Dokins
Bienvenido Mexico !

35 ans, l’artiste mexicain Saïd Dokins aura imposé son message calligraphié au monde à travers ses œuvres réalisées sur de nombreuses façades de métropoles. À l’occasion du festival dans la carrière de Villars-Fontaine, il réalisera une fresque célébrant histoires et traditions de notre territoire.

Le militant

Saïd Dokins vit à Mexico City. C’est en 1990, dans les rues de la ville, qu’il a entrepris ses graffitis et ses interventions. Une créativité axée autour de l’écriture et de la calligraphie. Une passion qu’il a su nourrir en étudiant l’art conceptuel, la relation entre l’écriture, l’art et la philosophie. Une passion pour laquelle il a trouvé un mode d’expression et de partage grâce à des cours de calligraphie traditionnelle, japonaise et occidentale.

L’an dernier, à Munich, il s’est fait remarquer avec Chalchihuite, une fresque de plus de 1 200 m² peinte sur le mur de la centrale électrique qui fait face au tout nouveau musée d’art urbain et contemporain. Une série de cercles concentriques évoquant à la fois la pierre de jade, symbole préhispanique de protection, et le symbole des conflits armés et de leurs victimes.

Pour Saïd Dokins, dans le contexte européen, le sujet des réfugiés reste très important. Cette peinture est un appel à la diversité, à la flexibilité et à l’ouverture de la société vers une nouvelle époque. Dans le nord-est de l’Australie, sur les murs de Brisbanne, l’artiste inscrit sur la pierre le nom et les histoires des personnes rencontrées sur place et prend la défense de la protection des populations aborigènes en voie de disparition.

Le précurseur

Avec le photographe Leonardo Luna, dans plusieurs villes des Pays-Bas, il a installé des séries d’Héligraphies de Mémoire, sortes d’apparitions lumineuses semblant suspendues dans l’espace, évoquant le glissé d’un pinceau virtuel. Après une visite en France, à Paris, à l’Institut culturel pour tester Tilt Brush, un nouveau procédé virtuel, le graffeur Saïd Dokins va rejoindre le festival et s’intéresser aux histoires et aux traditions de notre territoire sous la forme d’une fresque gigantesque. Bienvenido Mexico !

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