Sylvain Pitiot, topographe-vigneron des climats

Homme de foi et de grands vins, le topographe-vigneron Sylvain Pitiot a signé, avec la spécialiste de la toponymie Marie-Hélène Landrieu-Lussigny, une bible des climats et des lieux, entièrement dédiée à la Côte chalonnaise. Un ouvrage fondateur.

Sylvain Pitiot, auteur de nombreux ouvrages de référence sur les climats de Bourgogne.
© Michel Joly

Par Dominique Bruillot
Pour Bourgogne Magazine 59

Il ne peut plus saluer la Vierge de Tart au quotidien, mais conserve une foi intacte en la grande Bourgogne. Religieusement, rigoureusement, ce rite l’aura accompagné pendant une vingtaine d’années passées à la tête de l’un des plus prestigieux domaines de Bourgogne. L’ancien régisseur du Clos de Tart a toujours placé l’esprit de la vigne au-dessus des lois du marché, fidèle à ses convictions, sans céder aux tentations démonstratives qu’auraient pu susciter en lui ces sept hectares de grand cru qui font fantasmer le monde des amateurs de vin. On sait donc de quel cep est fait Sylvain Pitiot.

Pierre Poupon, l’inspirateur

Sans doute doit-il beaucoup à ces fondations sur lesquelles il s’est construit. Angevin d’origine et ingénieur topographe de formation, il est né sous une bonne étoile, celle qui lui a fait rencontrer son épouse, au temps des vendanges. Puis son beau-père, l’écrivain Pierre Poupon, dont l’œuvre reste à jamais attachée au destin spirituel de nos vins. Ce mélange des genres et des circonstances l’a conduit vers le meilleur du vignoble mais l’a aussi poussé à relever le défi d’un genre en voie d’extinction : la cartographie viticole. « En 1978, nous (ndlr, Pierre Poupon et lui) avions constaté un manque dans ce domaine, alors je me suis lancé dans un travail qui ne fait aucune concession et prend pour seule référence l’Inao (ndlr : Institut national de l’origine et de la qualité) », raconte Sylvain Pitiot, dont le premier Atlas des grands vignobles de Bourgogne (1985), constituera déjà la référence absolue. Bien des éditions plus tard, celui qui fut parmi les soldats de la bataille menée pour la reconnaissance des Climats de Bourgogne par l’Unesco, poursuit sa mission avec une égale passion, s’évertuant à « donner les superficies de tous les climats sur des bases cadastrales », s’adaptant au mieux à l’évolution numérique.
De fil en aiguille, pour ne pas dire de chaîne d’arpenteur en théodolite, le topographe s’est rapproché de la toponymie pour réaliser en 2005 un formidable ouvrage avec Marie-Hélène Landrieu-Lussigny, Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne. C’est une bible, esthétique et précise, de la fabuleuse mosaïque bourguignonne qui passe en revue 35 communes viticoles et révèle l’origine de 1463 noms de climats (pour rappel, on en compte 1247 officiellement reconnus) et lieux-dits. Une telle microchirurgie du terroir a même une dimension pathologique qui ne s’arrange pas avec l’âge… Les deux complices ont remis ça, en anglais comme en français, avec, cette fois-ci, la Côte chalonnaise pour seul sujet.

561 noms

Ce nouvel ouvrage a été lancé en même temps que ce numéro de
Bourgogne Magazine, au tout premier jour de la paulée de la Côte chalonnaise. Il est fondateur. Le maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret himself, sous sa casquette d’historien, en a signé la préface. Jacky Rigaux s’est quant à lui chargé de l’avant-propos, plantant géologiquement le décor d’un vignoble depuis trop longtemps cantonné à l’ombre de son voisin du nord, alors qu’il a tant de potentialités à revendiquer.
Le décryptage des 561 noms de communes, climats et lieux-dits qui nourrissent l’imposant livre consacre, bien au-delà des cinq appellations vedettes (Bouzeron, Rully, Mercurey, Givry et Montagny) et des 34 communes qui le composent, la grandeur de ce terroir qui ne cesse de monter. C’est dans les subtilités de l’infiniment petit que se nichent les raisons de voir grand.
Une fois de plus, Sylvain Pitiot a donc rendu sa copie sans en faire des tonnes, avec cette sérénité et cette humilité qui reflètent une spiritualité non feinte. D’ailleurs, il « occupe » sa nouvelle vie en faisant aussi régulièrement des voyages en Asie, en toute discrétion, pour accompagner les paysans locaux dans le développement d’un vignoble exceptionnel. Là-bas, son travail ferait encore des prodiges, apportant un joli démenti à une célèbre paraphrase : on peut être à la fois prophète en son pays et ailleurs ! L’homme n’a pas fini d’abattre toutes ses cartes.

La Côte chalonnaise, atlas et histoire des noms de climats et de lieux, 264 pages, 49 euros. En vente à la maison des vins de Chalon-sur-Saône et dans les bonnes librairies.

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