Alors que le centre d’interprétation d’Alise-Sainte-Reine fête ses dix ans, DBM refait la grande rétrospective du MuséoParc Alésia. Après le millésime fondateur de 2012, focus sur 2013 et 2014 après J.-C, deux années de lancement très « archéo-pédagogiques » autour des découvertes majeures effectuées sur le site de la Croix-Saint-Charles.

Bienvenue en 2013. Kate et William présentent en mondovision leur premier héritier à la couronne britannique en la personne de baby George. L’autorisation du mariage pour tous défrise certains Français. Nelson Mandela se libère définitivement de son existence. Le millésime 2014, lui, voit madame Doubtfire rejoindre le héros sud-africain et, alors qu’un président casqué se fait épingler par la presse people, Felipe VI pose son royal séant sur le trône d’Espagne, succédant à son père. À ces époques, plus près de nous, du côté d’Alise-Sainte-Reine, il n’est point question de monarques mais de divinités. À l’extrémité est du Mont-Auxois, au lieu-dit La Croix-Saint-Charles, on a en effet découvert un sanctuaire dédié au dieu guérisseur celtique Apollon Moritasgus. La fouille du site remonte au début du XXe siècle avec l’archéologue Émile Espérandieu qui, par ses travaux, avait révélé un temple, des thermes et divers bassins et bâtiments annexes. Une découverte qui aurait sans doute fait frétiller les moustaches de Napoléon III, véritable passionné de Jules César, le premier à avoir eu l’idée de mener des fouilles dans la région. 

Fouiller chez les Dieux

Cent ans plus tard, l’Université de Bourgogne et l’Université de Paris I ont fini par reprendre les recherches. Olivier de Cazanove est le boss des opérations depuis 2008. Lui et ses équipes ont confirmé une occupation plus ancienne du site, avec la mise au jour d’un grand fossé contenant une grande quantité d’ossements d’animaux, d’amphores vinaires, de céramiques et de potins. Autant de preuves de l’existence d’un enclos à banquets gaulois. Passionnante capsule temporelle.

Ces découvertes  hautement symboliques font l’objet d’une patiente analyse. On ne badine pas avec les dieux. En 2013, le MuséoParc Alésia fraîchement inauguré propose une exposition temporaire finalement très « archéo-logique ». Programmée de mai à décembre, « Fouiller chez les dieux », se décompose en quatre parties, confiées à la scénographe Marion Golmard et à la graphiste Livia Marchand (devenues des fidèles du site). La première est dédiée aux fouilles anciennes et actuelles. La deuxième se concentre sur l’aménagement à l’époque romaine ainsi que sur la présence de l’eau dans le sanctuaire révélé. Ledit sanctuaire est plus particulièrement mis en valeur dans la troisième partie, consacrée à son apogée. Enfin, la quatrième partie expose les offrandes découvertes. Au total, il est question d’une centaine d’objets et de documents archéologiques exhumés lors des dernières fouilles, « mais aussi des documents iconographiques qui illustrent le discours, permettent de comprendre le travail des archéologues, leurs interrogations et leur interprétation », précise alors le MuséoParc Alésia. 

Visiteur-archéologue

Le visiteur peut aussi apprécier quelques pièces extraites des collections du Musée Alésia. L’ancien petit musée d’Alise-Sainte-Reine, dont les origines remontent à notre fameux Napoléon III, a présenté consciencieusement une partie des trouvailles au public, de 1910 à 2005, malgré des moyens dérisoires. Claude Grapin, conservateur départemental, peut en témoigner : il a lui-même « passé plusieurs années à faire un inventaire digne de ce nom, déménageant régulièrement de grosses pièces lapidaires avec l’aide de marbriers des Laumes. Ensuite, une partie des 60 000 objets conservés ici sont sortis en restauration afin de remettre la collection à niveau. »

Bref, en 2013, Fouiller chez les Dieux est une proposition assez audacieuse pour l’époque, qui « place le visiteur, par un effet de cheminement, dans la position de l’archéologue », relate Mathilde Le Piolot-Ville, responsable de l’action culturelle du MuséoParc depuis 2008. Cette thématique responsabilise beaucoup le visiteur, qu’il soit petit ou grand, avec un message toujours à sa portée.

L’année suivante, c’est un peu la même logique. L’exposition « Restaurer n’est pas jouer » enfonce le clou de l’archéo-pédagogie, ou comment expliquer les enjeux d’une restauration de cette ampleur « en alliant à la fois simplicité didactique et nombreuses manipulations ludiques pour les enfants. La scénographie plonge le spectateur dans l’univers des réserves et le graphisme vient restituer par le dessin, le coté humain du travail des restaurateurs. » 

Et baby George ?

L’expo présente une soixantaine d’objets précieux et, pour chacun d’entre eux, leurs opérations minutieuses de restauration. Il a fallu opérer un tri et surtout une répartition par matériaux (céramique, verre, métal, peinture murale et pierre) en présentant à chaque fois l’objet restauré, accompagné d’illustrations et parfois de vidéos de sa restauration. Le visiteur apprend alors comment fait-on concrètement pour prévenir les dégradations et étirer la durée de vie de ces trésors, car chaque plongée dans la grande histoire archéologique, chaque coup de pinceau, chaque inventaire est une étape supplémentaire vers la connaissance de nos ancêtres. 

Le MuséoParc Alésia, qui flirte allègrement avec les 100 000 visiteurs à l’époque, a le bon goût d’ajouter à sa proposition Le Siège d’Alésia (1903). Présenté le 12 avril lors de l’inauguration de l’expo, le superbe tableau d’Henri-Paul Motte est la propriété du musée de Semur-en-Auxois. Il est le seul connu qui représente le siège au moment de la construction des retranchements romains. Qu’en aurait pensé baby George ?

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