André Goichot vise la Nationale dans quelques années. Soutenu par sa manager générale et compagne dans la vie Sandrine Mancini, il mène la danse depuis 15 ans au CSB, pour atteindre ce niveau d’ambition. Sans jamais botter en touche. Car « Dédé » et le rugby à Beaune, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Chronique d’une passion fusionnelle entre un président et son club.

Qu’est-ce qui fait courir André Goichot ? Lui-même n’a pas complètement la réponse, car la passion renvoie souvent la raison dans les 22 et propulse celui qui en est atteint au-dessus de la mêlée, seul face aux coups. Le rugby, comme tous les sports en voie de professionnalisation, est un combat associatif. Le président du CSB, homme du vin dans la vie, y met volontiers la tête. Beaune lui doit beaucoup déjà.

Le coup d’envoi de cette passion remonte à loin. « J’avais connu une première époque d’engagement, dans les années 80, auprès de l’école de rugby, ne me demandez même pas pourquoi : mes enfants pratiquaient le handball », s’étonne encore l’intéressé. Un quart de siècle plus tard, André Goichot se retrouvera pourtant à nouveau embarqué dans le destin du CSB, à la demande de son beau-frère et éternel ami de l’ovalie, Yves Guillemin.

Le renouveau du CSB

Nous sommes au milieu des années 2000. Le club a absolument besoin de réécrire son histoire. Commence alors une co-présidence avec Didier Lachaux, opposant deux méthodes peu compatibles, puis en 2009 la prise en main totale de l’association par André Goichot. Depuis, personne n’en doute, l’homme et le club ne font qu’un. « On était en Fédérale 2, on a fait le yoyo puis on a fait notre entrée en Fédérale 1 il y a quatre ans. L’objectif, c’est la Nationale dans les années à venir », résume le boss, tout en revendiquant la mise en place d’un « projet structurel et sportif ».

La méthode Goichot est à la fois entrepreneuriale et humaine. Entrepreneuriale parce que lorsqu’il faut aller chercher de l’argent, une constante dans le sport, il part lui-même à l’assaut des partenaires et des grandes collectivités. Avec lui, la Ville, le Département, la Région et toutes les autres potentiellement concernées savent bien qu’elles n’échapperont pas à la mise au pot. Humaine, parce qu’il est là, omniprésent, à l’écoute de tout et de tous. L’esprit de communauté fait toujours le match.

« Faire en sorte qu’un tiers au moins de l’équipe première soit issu du jus local »

André Goichot, président du CS Beaune

Mais le CSB et ses plus de 350 licenciés (dont 30 joueurs pro) est une entreprise à part entière. Sandrine Mancini partage depuis plus de trois ans la vie du président. Elle peut en témoigner. Alors qu’elle dirigeait la concession Opel-Nissan locale, à une autre époque, cette passionnée de rugby avait pourtant refusé de mettre la main à la poche avec un argument recevable : « Je voulais l’exclusivité du partenariat dans le monde automobile. » Ce que son futur compagnon estimait alors impossible.

Aujourd’hui, Sandrine est manager générale du CSB : « Soit une cinquantaine de fiches de paie chaque mois, des ressources humaines complexes à mener et un budget supérieur à 1,7 million d’euros. » Beaune joue dans la cour des costauds de la région avec l’idée, souligne André Goichot, « de faire en sorte qu’un tiers au moins de l’équipe première soit issu du jus local ». La labellisation par la FFR de l’École de rugby et, plus récemment, du centre d’entrainement vont dans ce sens.

Faire rêver

Le millésime 2022 est aussi celui du centenaire. Certes, il n’est pas le meilleur espéré si on regarde seulement le tableau des résultats (ndlr, 10e sur 12 dans une poule de Fédérale 1 comptant notamment le CS Nuiton et Mâcon). Mais le tandem qui pilote le club est confiant. « Avec André nous sommes très complémentaires, j’ai été moi-même formée dans un monde, l’automobile, très masculin », souligne Sandrine. Les repas d’avant-match, nous ne sommes pas à Beaune pour rien, montrent que rien n’est feint. Alors que quelques chefs de la place locale s’activent bénévolement en cuisine, le duo Goichot-Mancini et leurs enfants assure le service et l’animation en salle. Des vignerons partenaires fournissent l’accompagnement des plats à des conditions exceptionnelles, avec des cuvées qui feraient rêver plus d’organisateurs de réceptions mondaines que de ripailleurs de troisièmes mi-temps.

C’est cela aussi, la recette du succès. Faire en sorte que les partenaires et leurs invités se sentent ici comme à la maison, peu importe le degré d’addiction de chacun au sport pratiqué. Nulle part ailleurs, on verra un Alain Suguenot reprendre au micro Les lacs du Connemara. La fête fait partie intégrante de la vie d’un CSB qui ne manque pas d’ambitions. Grâce à des investissements judicieusement conduits par son président, le club autofinance son club house, sa salle de muscu et même son bus.

Au total, plus de 600 000 euros, autofinancés par le club, ont ainsi été engagés dans l’objectif professionnalisation. Le club fait sienne une métaphore vineuse pour avancer dans la bonne direction : l’enracinement en 2022, consolider les fondations en 2023, récolter et « asseoir notre style » en 2024, déguster et faire rêver en 2025. Corolaires de ce programme ambitieux, un terrain et des équipements d’accueil dignes du niveau de la Nationale sont espérés. Entre mairie et CSB, on en parle déjà dans les vestiaires… 

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