Son histoire familiale de négociant nuiton le relie profondément aux Hospices. Sa vision d’avenir se tourne vers les promesses des Hautes-Côtes. En trois flacons choisis, Laurent Delaunay raconte passé, présent et futur.

Hospices de Nuits, le passé généreux
De l’étiquette noircie par le temps, on distingue deux blasons. Ce millésime 1937 du domaine des Hospices, « le plus ancien qu’il me reste du grand-père Jean », provient de la toute première vente aux enchères nuitonne, tenue le 3 avril 1938. C’est dire si la famille Delaunay est attachée à l’événement. « Dans les années 50, il arrivait aux négociants d’acheter toute la récolte du domaine hospitalier, de gré à gré comme on disait à l’époque », retrace Laurent, arrière-petit-fils du fondateur Edouard, qui conduit depuis 2017 la spectaculaire renaissance de la maison basée à L’Étang-Vergy.
Ce féru d’histoire et de patrimoine, soucieux de renouer avec la tradition d’un négoce local vigoureux et solidaire, joue son rôle d’animateur de l’événément. Lors de la dernière vente, le négociant a offert un coffret de nuits-saint-georges 1er cru Les Saint Georges 1959 et un autre 1er cru de 1955 des Hospices de Nuits, pour l’association Coucou Nous Voilou. Le vigneron nuiton Thibault Liger-Belair a remporté la mise. « Il se trouve que l’autre enchérisseur au téléphone était Jim Finkel, un très bon ami et collectionneur américain. Nous avons convenu de les ouvrir ensemble… »
Vers la fin des années 80, son père Jean-Marie étant en voyage, Laurent s’était retrouvé seul à prendre les enchères. « On m’avait laissé des consignes d’achat. J’avais une vingtaine d’années, entouré des grands caciques nuitons… », sourit le négociant qui sera très exceptionnellement… absent de cette 65e édition pour cause d’un voyage prévu de longue date avec son épouse Catherine. Leur fille Jeanne tiendra donc le padel. Cet émouvant effet miroir donnerait presque envie d’ouvrir un très vieux millésime…

Morey-Saint-Denis, le présent d’une grande maison
Les Millandes, premier cru de Morey-Saint-Denis, n’a pas été choisi par hasard. Il illustre d’abord le travail d’un négoce de haut niveau pour révéler les plus beaux terroirs de la côte. « L’archétype de vin de climat, juste en-dessous du Clos de la Roche. C’est l’excellence de la Côte de Nuits, sur un village peut-être moins connu que les très grands noms voisins. Mais j’adore les challengers, j’en suis moi-même un. »
Ce pinot noir charmeur et racé fait partie des fondamentaux de la maison, intégré à la gamme dès 2017. Sa robe rouge enveloppe une histoire toute personnelle là encore : « En 1983, mon premier stage de BTS viti-œno était à Morey-Saint-Denis, chez les Arlaud. Joseph Arlaud – un Ardéchois ayant épousé Renée, une fille Amiot de Morey – était très ami avec mes grands-parents. En ayant chacun une cave à Nuits-Saint-Georges – la leur, rue du Grenier à Sel, a plus de 600 ans et est magnifique – nous échangions beaucoup. Nos familles sont restées très proches. À Morey, quand on soutirait les cuves pour remplir les fûts, je me rappelle encore du parfum floral et gourmand, entre la rose et la framboise, de ce climat Les Millandes… »
1983 était une année très chaude. « Hervé Arlaud avait eu une idée géniale, à l’époque où la carboglace n’existait pas encore dans les cuveries : congeler des raisins fraichement coupés dans les entrepôts frigorifiques de la STEF, et les ramener régulièrement dans les cuves pour rafraichir la vendange et prolonger les fermentations. D’un point de vue œnologique, cela m’avait marqué », commente encore Laurent Delaunay, qui sélectionne aujourd’hui ses Millandes auprès d’un autre ami d’enfance à Morey. Ce climat a donc les parfums éternels de l’amitié.
Hautes-Côtes, le futur à l’horizon
« Les Hautes-Côtes sont l’avenir de la Bourgogne. » Le slogan claque comme un fouet. Laurent Delaunay en est d’autant plus convaincu que le réchauffement climatique rebat les cartes de ce vignoble perché entre 320 et 450 mètres d’altitude, qui possède encore un potentiel de plus de 2 000 hectares, « avec une diversité d’expositions et de terroirs, tout cela sur la même latitude que la côte ».
« Depuis 1993 et le dernier millésime vinifié chez Edouard Delaunay avant de vendre notre maison, les Hautes-Côtes ont vécu un changement complet de paradigme », observe-t-il depuis L’Étang-Vergy, l’une des 47 communes des aires d’appellation Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits et de Beaune. Logique, donc, que la maison revendique aujourd’hui une parcelle de rouge et deux de blanc : « Les Dames Huguettes » côté Nuits, « Le Mont » au sud de Premeaux-Prissey, et « Les Lares », juché sur la colline de Vergy. « Cette cause Hautes-Côtes, nous l’avons inscrite sur nos contre-étiquettes, expliquée à nos clients, sur nos fiches techniques, en salon ou lors de tables rondes ; il se passe encore quelque chose en Bourgogne, il y a la possibilité d’innover à travers ce challenge », croit profondément le président du Comité des Vins de Bourgogne, attaché à « promouvoir la culture des climats, au sens culturel, dans les Hautes-Côtes, car ce développement n’a pas eu lieu pour un tas de raisons sociohistoriques ».
L’ODG des Hautes-Côtes porte un ambitieux projet intitulé « Horizon Hautes-Côtes », « un pilote exemplaire, que l’on peut étendre à l’ensemble de la Bourgogne et même du vignoble français ». Le vin de demain répond aussi aux évolutions de consommation. « Il existe un engouement, au sens du goût et de la recherche de fraîcheur, pour les vins d’altitude, qui véhiculent toute une imagerie aventurière », analyse Laurent, bien parti pour rechercher des vignes ou une petite exploitation à reprendre ici, « car cela fait clairement partie de nos orientations stratégiques d’ici trois à cinq ans ». Dans la cuverie attenante à L’Étang-Vergy, des travaux menés dans les règles de l’art vont même permettre d’accueillir un espace réceptif dédié aux vins de la maison. Les Hautes-Côtes y auront forcément une place toute particulière.



