Art de vivre, patrimoine, équipements publics… Les 12 travaux de Meursault

Soixante ans tout juste après La Grande Vadrouille, Meursault et ses quelque 1 400 habitants vivent un scénario particulièrement excitant. Hôtellerie, gastronomie, viticulture, patrimoine, équipements publics : jamais ou presque le village locomotive de la Côte de Beaune n’a connu une telle concentration de projets autour de son art de vivre. Notre dossier de l’été.

Soixante ans après La Grande Vadrouille, Meursault connaît une concentration inédite de projets publics et privés autour de la gastronomie, du vin et du patrimoine.
Soixante ans après La Grande Vadrouille, Meursault connaît une concentration inédite de projets publics et privés autour de la gastronomie, du vin et du patrimoine. © Jean-Luc Petit

La Bouzine a tout vu, tout su. Avec ses grands yeux ronds, la voiture de pompiers vedette de La Grande Vadrouille était aux premières loges du vrai-faux incendie de l’hôtel de ville de Meursault, alors transformé en Kommandantur. Entre autres indiscrétions de tournage, la vieille Renault 1906 a croisé Terry « Big Moustache » Thomas sortir des caveaux en zigzag, Bourvil arpenter la côte en décapotable et raconter des histoires drôles, quelques habitants jouer les figurants… Des anecdotes à la pelle, dont on a certes fait le tour, mais qui donnent à Meursault un charmant air vintage, en cette année des 60 ans du film culte de Gérard Oury. Les petites histoires cinématographiques ont encore de beaux jours devant elles. Et la Bouzine est toujours visible dans la cour de la mairie.

Bien équipé, bien connecté

Depuis l’ex-Kommandantur rénovée dans les règles de l’art, Denis Thomas apprécie le charme de la carte postale. À l’aube de son deuxième mandat, le maire cherche surtout à projeter sa commune dans le futur et relever les défis d’un village de 1 440 habitants à l’aura mondiale. Un enjeu avec une hauteur de vue nouvelle, puisqu’il vient de prendre la présidence déléguée de la communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud, au côté du nouvel édile beaunois Pierre Bolze. De quoi mener une nouvelle ère de « concertation et de co-construction » pour un bassin de 53 000 habitants.

De son côté, à l’ombre de la flèche de Saint-Nicolas, Meursault cultive un art de vivre à part entière, avec sa viticulture portée par une bonne quarantaine de domaines et ses quelque 400 hectares où le chardonnay règne en majesté (3% de pinot noir seulement). Elle mène une petite vie de village relativement bien équipé : deux écoles, un accueil périscolaire, une bibliothèque, un cabinet médical, un autre de kinésithérapie, une bonne boulangerie, une concentration exceptionnelle de 14 restaurants, une vingtaine d’associations, une gare qui la place à 20 min de Chalon et 35 min de Dijon…

Denis Thomas, le maire de Meursault
Denis Thomas, le maire de Meursault © Jean-Luc Petit

Une équipe « viti-rajeunie »

L’édile est particulièrement sensible à ce dernier élément. Ex-cadre SNCF, « locomotive » de la Fête du Train qui attire des milliers de passionnés tous les trois ans, ce Jurassien d’origine s’est installé ici en 1983. Il voue depuis une passion sans bornes pour Meursault. « J’ai acheté la maison pour la cave… Mon épouse me reproche souvent de prendre plus soin du village », sourit cet amateur de beaux flacons, engagé de longue date dans la vie locale.

Pour ce nouveau mandat, le pilier Philippe Ballot, premier adjoint durant près de quarante ans, a souhaité prendre du recul. Ses homologues viticulteurs Jean-François Mestre et Marie-Laure Bouzereau font donc partie de la garde rapprochée, tout comme le fidèle « monsieur travaux » Bernard Guyot, au sein d’un « conseil expérimenté et rajeuni » à l’image de Jean-Victor Morey et Henri Gaunoux (devinez leur métier).

La salle et les pompiers

Trois chantiers majeurs occuperont l’équipe. D’abord cette salle événementielle à l’entrée nord du village, ambitieux projet chiffré à 8 millions d’euros. D’ici 2028, cet espace modulable de 880 m² accueillera 600 convives et remplacera avantageusement l’actuel caveau communal en cœur de village. « Un bâtiment écoresponsable, évoquant la minéralité de Meursault et intégré à un massif de 350 arbres que nous allons planter pour créer une forêt », évoque le maire, heureux d’avoir vu 52 candidatures sur son bureau, celle du cabinet alsacien Dominique Coulon & associés ayant été retenue. Privatisations, expos, mariages et bien sûr Fête du Train y trouveront un écrin idéal.

La caserne des pompiers n’est pas en reste. Enclavée en centre-bourg, dangereusement proche de l’école, elle va déménager vers la gare et fusionner avec Merceuil pour porter les effectifs à une trentaine de volontaires, « afin de coller à la dynamique du SDIS qui consolide les centres de première intervention ». De quoi rendre La Bouzine heureuse.

Ce changement permettra en outre de réorganiser la place du Murger, avec un parking pour les parents des jeunes écoliers. Cet aménagement s’intègre à une série d’autres « sur les deux entrées nord de Meursault », avec le soutien du Département dans le cadre du programme d’embellissement lié aux 90 ans de la Route des Grands Crus. Clin d’œil « louis-de-funesque » supplémentaire, une gendarmerie est aussi en construction, quartier de la gare, en partenariat avec Orvitis, soit 21 logements d’ici début 2027 et la perspective joyeuse de nouvelles familles accueillies.

Planètes alignées

Meursault surfe aussi sur un dynamique inédite de projets privés. Réouverture du Château de Cîteaux sous l’élégante signature du groupe hôtelier Fontenille Collection, renouveau de l’emblématique hôtel-restaurant Le Chevreuil, cure de jouvence de la cuverie du Château de Meursault qui pourra accueillir dès la fin de cette année la 93e Paulée, sans parler de l’ancien Relais de la diligence, futur outil de travail du domaine Gauffroy intégrant une table gastronomique promise au chef voisin Takashi Kinoshita… « Les planètes s’alignent, ces projets de grande qualité vont faire rayonner Meursault davantage et renouveler sa proposition d’accueil », apprécie Denis Thomas, appliquant à lui-même l’idée « de ne pas avoir peur d’investir pour l’avenir ».

Pionnière viticole

La viticulture est bien sûr un pilier de cette capacité d’investissement. Grâce à Hubert Rougeot, la commune est propriétaire d’une dizaine d’hectares, qu’elle loue à de jeunes viticulteurs. « Meursault a toujours eu un train d’avance et une culture de l’innovation dans de nombreux domaines, y compris dans l’éclairage public, l’eau potable, le réseau d’assainissement », analyse son maire, doublement concerné puisqu’il est aussi vice-président du Conseil départemental en charge de la viticulture.

La commune a été la première à se doter d’une station de lavage dédiée aux engins viticoles, visant un retraitement responsable des produits phytosanitaires. Cette démarche s’inscrit dans une réflexion globale sur la gestion de l’eau, en concertation avec l’organisme de défense et de gestion (ODG) de l’appellation, présidé par Elsa Matrot et Thomas Berthelemot.

Dès 2021, Meursault a ainsi demandé l’intégration dans son cahier des charges d’un droit à l’expérimentation pour chaque exploitant, entre ajustement de densité de plantations et test de nouveau matériel végétal, via l’introduction de cépages accessoires (melon, césar, tressot…) pour affronter le dépérissement du vignoble et la fréquence des aléas climatiques. Une procédure qui fait école puisqu’elle a servi de base pour les autres villages viticoles, en lien avec la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB).

© Jean-Luc Petit/DBM

Tourisme et vie de village

De quoi protéger un trésor qui attire 60 000 visiteurs chaque année. Denis Thomas vise à ce titre le développement d’un « slow tourisme de qualité », si possible fléché en douceur par la véloroute de la Voie des Vignes, et demeure attentif à la proportion de logements en location saisonnière. Meursault en abrite plus de 70 — « ce qui est très bien pour l’économie et la rénovation du bâti » — et doit, comme d’autres communes voisines, « réfléchir à la bonne formule pour garder un centre-ville authentique et vivant, qui fait travailler ses commerces et perpétue un certain esprit de village ». Sur ce dernier point, la Bouzine veille au grain.