Louis-Auguste Duband (Festival des Luternes) : « Ce festival est un résumé de tout ce qui me rend heureux »

Cet été, les Hautes-Côtes de Nuits vont à vibrer au rythme du Festival des Luternes. Rencontre avec Louis-Auguste Duband, vigneron-musicien du cru à l’origine de cet événement jazz et vin.

Louis-Auguste Duband, l'esprit libre des Luternes. De la Corse à l'Oregon, ce jeune vigneron-saxophoniste bouscule les traditions pour offrir un week-end pur jazz et vin
Louis-Auguste Duband, l’esprit libre des Luternes. De la Corse à l’Oregon, ce jeune vigneron-saxophoniste bouscule les traditions pour offrir un week-end pur jazz et vin. © Nicolas Salin

À 30 ans, Louis-Auguste Duband incarne cette nouvelle génération de vignerons qui fait bouger les lignes. Enfant des Hautes-Côtes de Nuits revenu sur le domaine familial après des voyages formateurs en Corse et aux États-Unis, ce saxophoniste de formation a décidé de lier ses plus grandes passions – le vin, le jazz et la gastronomie – au sein d’un événement unique : le Festival des Luternes.

Dijon Beaune Mag : Vous êtes un enfant du pays, mais vous avez pas mal voyagé avant de revenir aux sources…

Louis-Auguste Duband : Je suis revenu de voyage en novembre 2022 pour m’installer sur le domaine familial (ndlr, le domaine David Duband à Chevannes). Ma famille est ici depuis 150 ans. Mes arrière-grands-parents et mes grands-parents ont planté ces vignes. Avant de m’installer, j’ai pas mal bougé. Après mon école de commerce qui ne me plaisait pas plus que ça, j’ai tout arrêté pour faire un BTS viti-œno en alternance à la Viti de Beaune. J’ai bossé chez mes cousins au domaine Amiot-Servelle à Chambolle-Musigny, puis je suis parti en Australie. Le Covid m’a fait rentrer, alors j’ai enchaîné sur la Corse, à Porto-Vecchio, et enfin la Californie et l’Oregon aux États-Unis en 2022. Ces voyages m’ont profondément marqué et ont fait le vigneron et l’homme que je suis aujourd’hui.

Vous parlez de la Corse et des États-Unis comme de véritables déclics…

En Corse, j’ai découvert un peuple fier de son identité, de son histoire et de sa terre. Ça m’a donné une claque et une envie folle de défendre mon propre terroir, les valeurs de notre belle région. Aux États-Unis, en Oregon, j’ai vu une viticulture où la quasi-totalité des vignes est irriguée. C’est là que je me suis dit : « Le jour où on devra irriguer en Bourgogne avec de l’eau potable pour une boisson qui n’est pas de première nécessité, je ferai autre chose ». À la place, je préfère planter des arbres, travailler sur les couverts végétaux pour amener de la biodiversité et de la matière organique à la terre. C’est cette philosophie de préservation, cette envie de rendre notre terre pérenne pour les générations futures, que je ramène de mes voyages.

Outre votre parcours de vigneron voyageur, vous êtes aussi musicien…

J’ai commencé le saxophone à 7 ans à l’école de musique de Nuits-Saint-Georges. Quand je suis arrivé au collège Marcelle-Pardé à Dijon, en classes horaires aménagés musique, ils voulaient absolument me faire faire du classique. Sauf que le conservatoire, de par son statut de rayonnement régional, se devait d’ouvrir ses styles. Comme le département jazz existait déjà, ils ont dû ouvrir la section jazz pour les jeunes. J’ai fait quelques mois de classique pour le doigté et la dextérité, mais je suis vite arrivé sur le jazz. Mon prof nous mettait direct en groupe : il prenait un pianiste, un batteur, un bassiste, un guitariste de différentes classes et il créait des ateliers. C’est comme ça que j’ai grandi, entre la vigne le matin et le jazz l’après-midi.

Parlons du Festival des Luternes. Quand on écoute votre description du lieu, sur les hauteurs de Chevannes, on imagine une dimension mystique…

Il y a un truc inexplicable, c’est chargé en énergies. Je pense que c’est l’histoire qui marque ces lieux et qui fait qu’on s’y sent bien. Sur le spot du festival, on est à 450 ou 500 mètres d’altitude, entre vignes et forêts. On voit jusqu’à l’observatoire de Dijon, le soleil se couche juste derrière la scène… Quand on est là-haut, le cerveau réagit différemment, on ne réfléchit plus de la même manière, les choses se font instinctivement. C’est une vraie parenthèse de plénitude et de déconnexion. On a tous besoin de se déconnecter de nos semaines, de profiter de l’instant présent sans penser au lendemain. Même sans festival, vous montez là-haut avec une merguez au feu de bois et une guitare, ça vous fait le même effet.

Qu’est-ce qu’une « Luterne » ?

C’est une vieille légende de chez nous, une sorte de dahu bourguignon. Pour faire simple, ce seraient les lutins du Nord qui, chassés de leurs forêts, ont suivi les cours d’eau jusqu’en Bourgogne et se seraient acoquinés avec une muse. De là est née la Luterne. Quand j’étais gamin dans le village, on m’en parlait déjà comme d’une bestiole qui traînait. Ça amène un côté féerique, ça pousse à l’imagination…

Concrètement, qu’avez-vous prévu au Festival des Luternes (1-2 août) ?

On va partager tout ce qui me fait vibrer : de la bonne musique, des vins de copains et de la super bouffe. C’est un événement très accessible et éclectique. Côté musique, on oublie le jazz élitiste ou ennuyeux. On sera sur de la world music, du jazz dansant et des sets exclusivement sur vinyle tout le week-end avec des artistes dijonnais comme Fabzeu (ex-collectif Risk) ou l’équipe de Phona, et le dimanche, Philippe de Radio Meuh.

Que pourra-t-on déguster ?

Côté vin, j’ai fait un appel du pied à mes confrères vignerons. Plus de 70 domaines ont répondu présent en donnant du vin. On aura une carte incroyable avec des grands domaines de Bourgogne mais aussi du Jura, d’Alsace, de la Loire, de l’Italie ou de l’Allemagne. Je veux que les gens qui n’ont pas forcément les moyens de se payer ces bouteilles dans un bar à vins puissent les déguster chez nous, pour le prix d’une place très abordable (ndlr, 35€ le pass week-end). Côté gastronomie, le chef Jérémy Pèze (Le Soufflot à Meursault et Zanta à Beaune) nous régalera avec une proposition street-food de haut vol : smash hot-dogs, club pastrami et tartinades pour l’apéro. Bref, un moment de pure convivialité, sans chichi, les pieds dans l’herbe.

Organiser un festival de cette ampleur dans les Hautes-Côtes, c’est un sacré défi logistique. Où en êtes-vous des préparatifs à deux semaines de l’événement?

On ne chôme pas, c’est sûr ! Je suis tôt dans les vignes pour finir ma saison au domaine, et après j’enchaîne sur le festival jusqu’à pas d’heure. Cette année, on est structurés. Pour la première édition, c’était le baptême du feu, mon oncle était tout seul à la régie technique et mes parents, ma famille et mes amis géraient les entrées. Cette année, on a une équipe de 10 professionnels sur la production pure. Mon régisseur technique est un pote qui travaille sur de grosses tournées comme Indochine, mon attaché de prod arrive du Théâtre de Reims… On vient de commander un bar de 10 mètres par 6 qu’un copain du village va monter. Les t-shirts du staff et le merchandising sont validés. Ma petite sœur débarque en renfort avec une équipe de dix copains pour prêter main-forte. C’est une vraie ruche.

Et côté chiffres, à quoi doit-on s’attendre pour cette édition ?

La billetterie grimpe bien (cliquez ici). En regardant le fichier des entrées de la première année, je me suis rendu compte que je ne connaissais presque personne. Les gens venaient de Dijon, de toute la Bourgogne, c’est magique. Mieux encore : plusieurs techniciens et DJ qui bossent avec nous cette année étaient en fait de simples festivaliers la première fois ! C’est la plus belle récompense. On reste sur un format à taille humaine, mais avec plus de 70 vignerons partenaires qui nous envoient des bouteilles tous les jours au domaine, l’ambiance s’annonce dingue. Le but, c’est juste que les gens viennent chasser la Luterne et profiter du moment.

Qu’est-ce qui vous fait vibrer à l’approche de ce week-end ?

Voir le truc prendre vie. Ce festival, c’est un résumé de tout ce qui me rend heureux. On ne fait pas de la musique pour jouer tout seul dans son studio, on ne fait pas du vin pour le boire tout seul dans sa cave, et on ne fait pas de la cuisine pour manger tout seul à sa table. Le bonheur, ça n’a de sens que si c’est partagé. Quand je vois des potes de longue date, des vignerons de toute la France et des gens qui ne se connaissaient pas la veille, tous réunis sur notre colline, un verre à la main en train de danser au coucher du soleil… je me dis qu’on a tout gagné. On offre une parenthèse de pure liberté. Ramener cette vie et cette communion dans nos Hautes-Côtes, c’est ma plus grande fierté. Alors venez, oubliez tout le reste le temps d’un week-end, et venez profiter avec nous !

📍 Festival des Luternes, Chevannes
📆 Samedi 1er et dimanche 2 août 2026
💶 25 euros par jour, 40 euros le pass deux jours (35 euros en prévente)
👉 Réservations sur helloasso.com