Dijon. Dans les coulisses de l’Unité de valorisation énergétique (UVE)

D’ici 2031, Dijon Métropole va engager l’un des plus importants chantiers industriels de son histoire. L’Unité de valorisation énergétique sera profondément modernisée pour produire davantage de chaleur à partir de 140 000 tonnes de déchets annuelles, tout en réduisant sa consommation d’eau, de gaz et ses émissions. Une mue engagée il y a déjà vingt-cinq ans, qui pose aussi une question délicate : comment alimenter un tel équipement sans freiner les efforts de réduction et de tri des déchets ?

©Arnaud Morel/DBM

Dans l’immense fosse à ordures, la pince continue inlassablement son ballet. Pilotée par un opérateur depuis son joystick, elle doit brasser et aérer une montagne de poubelles grises. Plusieurs milliers de tonnes de déchets sont ainsi homogénéisées avant d’être dirigées vers les fours. Rien, ou presque, ne doit arrêter cette mécanique industrielle qui fonctionne 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. En 2024, l’Unité de Valorisation Énergétique dijonnaise (UVE) a traité 141 879 tonnes de déchets, dont l’essentiel provenait des déchets ménagers non recyclables de Côte-d’Or. L’installation traite ainsi les déchets de plus de 93 % de la population départementale.

Mais cette usine, née en 1974 comme un simple incinérateur, s’apprête à changer encore de dimension. Dijon métropole engage 193 millions d’euros d’investissement d’ici 2031, avec une ambition précise : produire davantage d’énergie sans augmenter la quantité de déchets traités. À terme, la production annuelle de chaleur doit atteindre 225 GWh, soit 57 % de plus qu’aujourd’hui. Cette chaleur sera injectée dans le réseau de chaleur urbain métropolitain, qui dessert déjà environ 55 000 équivalents-logements.

Le chantier relève autant de la rénovation industrielle que de la reconstruction. Une nouvelle ligne de traitement sera construite, puis l’une des deux lignes actuelles sera rénovée tandis que la dernière sera démantelée. L’opération doit être conduite sans interrompre le traitement des déchets ni l’alimentation du réseau de chaleur. La nouvelle ligne doit entrer en service en 2029, la ligne rénovée en 2030, avant l’achèvement global du chantier en 2031.

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Plus de chaleur, moins d’eau et de gaz

La principale évolution concerne la valorisation de la chaleur. Aujourd’hui, l’UVE fournit environ 150 GWh de chaleur par an au réseau métropolitain et produit parallèlement quelque 37 GWh d’électricité, grâce à son groupe turbo-alternateur. « Notre turbo-alternateur, qui tourne à 6 700 tours minutes, peut ventiler sa production entre chaleur et électricité selon les besoins », note Damien de Malliard, le directeur du site. Celui-ci va d’ailleurs être changé pour un modèle plus performant encore.

Les chaudières seront également remplacées afin de mieux tenir compte de l’évolution du pouvoir calorifique des déchets, tandis que les échangeurs thermiques seront renforcés. Un ballon de stockage thermique doit par ailleurs permettre de mieux ajuster production et besoins du réseau. Entre mai et septembre, l’objectif est que l’énergie issue de l’UVE puisse couvrir l’intégralité des besoins du réseau de chaleur.

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Le chantier comporte aussi un important volet environnemental. Le traitement actuel des fumées, réalisé par voie humide, consomme environ 110 000 m³ d’eau par an. Il sera remplacé par une filtration à sec, qui doit réduire de 90 % les rejets aqueux. La modernisation doit également diminuer la consommation de gaz naturel de quelque 2 GWh par an et anticiper les futures exigences européennes en matière d’émissions industrielles.

À l’arrivée, la Métropole estime que l’équipement permettra d’éviter près de 50 000 tonnes de CO2 par an. EDF accompagne le projet dans le cadre des certificats d’économies d’énergie (CEE) : l’énergéticien a identifié un potentiel théorique d’environ 1,1 TWh cumac (cumulé et actualisé), correspondant à quelque 7,9 millions d’euros de CEE. Le montant définitif dépendra toutefois des économies effectivement constatées.

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Une usine qui a changé de métier

Cette transformation ne constitue pourtant pas une rupture. Elle prolonge une histoire industrielle entamée il y a plus d’un demi-siècle. Créée en 1974 et mise en service l’année suivante, l’usine avait d’abord pour fonction de débarrasser l’agglomération de ses déchets en évitant leur enfouissement. Au prix d’une sérieuse pollution atmosphérique. « Nous devions alors faire des prélèvements d’herbe à des dizaines de kilomètres à la ronde pour mesurer l’ampleur de leur contamination », se souvient François Rebsamen. Depuis, elle n’a cessé d’évoluer pour limiter drastiquement ses rejets et récupérer l’énergie produite par la combustion.

Le véritable tournant remonte au début des années 2000. L’ancien directeur de l’UVE, Philippe Roumillac, décédé en 2020, avait alors plaidé pour sa modernisation, soutenu par Jean-Patrick Masson. Le projet de valorisation thermique aboutira en 2004.

Depuis, l’incinérateur n’est donc plus seulement une destination finale pour les ordures. La vapeur produite par les fours est transformée en électricité et surtout en chaleur, directement valorisée dans le réseau urbain. Les mâchefers issus de la combustion sont, après maturation et extraction des métaux, valorisés en sous-couches routières ; seules les cendres résiduelles sont destinées à l’enfouissement. 

L’UVE est aujourd’hui exploitée en régie directe par Dijon métropole, avec une quarantaine d’agents. Une singularité dans un secteur largement dominé par les opérateurs privés. 

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Le paradoxe du déchet devenu énergie

Reste une équation moins confortable. Plus les habitants trient, recyclent, réemploient et réduisent leurs déchets, moins ils alimentent la fosse de l’UVE. Or celle-ci est simultanément appelée à devenir un rouage majeur du système énergétique métropolitain. Pour produire davantage de chaleur, il faut donc continuer à disposer d’un volume important de déchets résiduels.

Le paradoxe est réel, même s’il ne signifie pas que la métropole aurait intérêt à brûler les déchets recyclables : l’UVE est précisément destinée aux déchets qui ne peuvent plus être valorisés autrement. Le tri à la source et le recyclage restent donc prioritaires, tandis que l’incinération intervient en bout de chaîne. Mais l’équilibre économique et énergétique du nouvel équipement repose bien sur la disponibilité d’un flux régulier de déchets non recyclables. C’est tout l’enjeu d’une installation qui traite aujourd’hui les déchets de près de 500 000 habitants, bien au-delà des seules communes métropolitaines.