Dijon Métropole, 50 ans de destin commun

En cinquante ans, le petit District créé autour de cinq communes est devenu une métropole de 23 communes et quelque 265 000 habitants. Une histoire institutionnelle, certes, mais surtout une aventure humaine, individuelle et collective : celle d’élus qui ont progressivement appris à mettre en commun des projets qu’aucune commune n’aurait pu porter seule.

©Michel Joly

Il faut se représenter le Dijon de 1976 pour mesurer le chemin parcouru. À l’époque, cinq communes – Ahuy, Chenôve, Dijon, Plombières-lès-Dijon et Saint-Apollinaire – acceptent de faire un bout de chemin ensemble au sein du District de l’agglomération dijonnaise. Une révolution douce, dans un paysage municipal où chacun tient jalousement à son petit chez soi. 

« Chaque commune voulait préserver son indépendance, et craignait de se faire phagocyter par Dijon », se souvient le journaliste Jean-Louis Pierre dans le cadre d’une table ronde retrospective. 

Le pari de Jean Royer, premier président du District, et de ses compagnons de route est alors d’initier une coopération qui n’efface pas les communes, ni ne signe trop fortement la prééminence de la ville principale. 

Robert Poujade, d’ailleurs, ne brigue pas la présidence de la structure. Pari réussi : les premiers sujets sont très concrets : les bus, les déchets, le logement, puis les zones d’activités. L’intercommunalité s’élargit rapidement : Fontaine-lès-Dijon, Longvic, Quetigny et Talant rejoignent le dispositif en 1978, puis d’autres communes au fil des années

La communauté de l’agglomération dijonnaise (Comadi) est fondée le 24 décembre 1999, sous l’impulsion de Maurice Lombard. Elle compte alors 16 communes et signe un élargissement des compétences intercommunales.

La ruse de la taxe professionnelle

Ce pas de plus vers la coopération tient à une petite ruse politique. « La taxe professionnelle a été l’instrument pour faire adhérer de nouvelles communes. Robert Poujade a trouvé la martingale pour vaincre la réticence des communes bénéficiant d’une forte taxe professionnelle, laquelle de-vait abonder le budget de la communauté d’agglomération. Il a assuré tous les maires qu’ils recevraient de celle-ci l’équivalent, au franc près, de leur taxe professionnelle. Ça a levé toutes les réticences », se souvient Michel Bachelard, maire de Quetigny de 2003 à 2016.

Les premiers équipements publics matérialisent cette nouvelle solidarité. L’usine d’incinération, les bus articulés de la STRD, le complexe funéraire de Mirande ou encore les zones industrielles de Longvic et de Cap Nord sont autant de preuves que l’union peut faire la force. Michel Bachelard l’affirme : grâce au District, sa commune pouvait accéder à un service d’urbanisme qu’elle n’aurait jamais pu financer seule.

Une nouvelle donne politique?

Le 1er janvier 2000, le District devient communauté d’agglomération. La nouvelle structure dispose de ressources propres et voit ses compétences s’élargir à l’économie, l’aménagement, la politique de la ville, l’environnement, l’eau et l’assainissement. 

En mars 2001, l’arrivée du socialiste François Rebsamen à la mairie de Dijon, historiquement à droite, bouleverse les équilibres politiques de l’agglomération. Comment celle-ci va-t-elle s’adapter à cette nouvelle donne ? D’autant que le nouveau maire de Dijon a déjà une vision d’ensemble du territoire. « Pour rassembler, il faut être fort, j’ai décidé de briguer la présidence de l’agglomération », note-t-il.

Pour convaincre, il joue, lui aussi, sur la corde sensible. « Je me demande comment rassembler, alors que le RPR demeure fort à Dijon et alentours. J’appelle le trésorier du RPR de l’époque, Patrick Chapuis, qui est devenu maire de Fontaine-lès-Dijon, et lui propose un poste de vice-président de l’agglomération, à la condition qu’il construise 500 logements sociaux sur sa ville. Il m’a dit ok. C’est en faisant ce rassemblement gauche-droite qu’on a réussi à créer le mouvement », se souvient l’actuel président de la métropole, avant d’assaisonner librement son propos d’humour, à propos de « la carotte et le bâton » qu’il faut souvent savoir manier en politique.

Les grands travaux

Commence alors le temps du Grand Dijon, et surtout celui des grands projets. Le Zénith, la piscine olympique, le centre de tri, les opérations de renouvellement urbain dans six quartiers et la piétonnisation du cœur de ville : autant de réalisations qui changent le visage de l’agglomération et donnent une traduction très concrète à la coopération.

« C’est ça, l’interco, mettre en commun des projets qu’on ne peut faire seul », estime Rémi Delatte, maire de Saint-Apollinaire de 1995 à 2017. Une formule qui résume aussi le basculement progressif d’une logique de voisinage vers celle d’une communauté de destin.

Dans le même esprit, la décision de Quetigny et de Saint-Apollinaire de réserver des terrains à l’intercommunalité pour le développement économique constitue, selon François Rebsamen, « le premier pas vers la communauté de destin ».

La coopération cesse alors d’être seulement un moyen de mutualiser des services : elle devient un puissant outil de développement.

Du District à la métropole

Communauté d’agglomération en 2000, Grand Dijon puis communauté urbaine en 2015, l’ensemble intercommunal devient officiellement Dijon métropole en 2017. 

Ce statut de métropole est obtenu grâce à l’intervention de François Hollande, alors Président de la République, qui s’en amusera publiquement quelques années plus tard. « Le bassin dijonnais n’avait pas tout à fait la taille suffisante pour justifier d’un statut de métropole au regard de la loi, nous avons fait une exception. » 

La notion de zone d’emploi, plus de 400 000 habitants en l’occurence, a notamment pesé dans la balance. Une profondeur d’emploi qui, par ailleurs, s’avère aujourd’hui une clé de lecture fondamentale pour les entreprises en quête d’implantation.

Avec les nouveaux moyens, financiers et techniques associés à ce statut, Dijon Métropole poursuit une transformation en profondeur. Le tramway, mis en service en 2012, constitue un marqueur majeur de cette nouvelle échelle. Le centre de tri, la gestion de l’eau, la rénovation urbaine ou encore la transformation du siège métropolitain dans l’ancienne caserne Heudelet, avenue du Drapeau, ont progressivement composé un paysage d’équipements et de services communs. 

Le réseau de chaleur, la valorisation énergétique des déchets et les politiques de mobilité ont ensuite renforcé cette dimension métropolitaine.

Pour Véronique Vacher, directrice de projet à la Métropole, le tournant est aussi urbanistique : le SCoT, le programme local de l’habitat puis les documents de planification ont progressivement permis de penser le territoire à une échelle plus vaste que celle de chaque commune.

Une journée dans la vie d’un habitant de Dijon Métropole

 7h15 • Chez Julien, à Quetigny.
La douche, le café, la chasse d’eau : avant même d’avoir ouvert ses volets, Julien a déjà sollicité plusieurs services métropolitains. L’eau arrive au robinet, les eaux usées repartent, les déchets attendent dans leur bac. Julien, lui, cherche encore ses clés.

8h • Il file au travail. Sa voiture reste au garage : bus Divia, puis tramway. Il pourrait aussi prendre son vélo, mais il pleut. La Métropole s’occupe de ses transports, de la voirie, des feux et de l’éclairage. Julien s’inquiète de ne pas rater sa correspondance.

 12h30 • Sandwich avalé dans une zone d’activités. Les commerces, les entreprises, les terrains aménagés : derrière ce décor banal se cache encore une compétence métropolitaine. Julien pense davantage à son café.

 18h • Retour à vélo. La pluie a cessé. Il traverse un quartier où apparaissent de nouveaux logements, longe un espace public aménagé et passe sous un éclairage qui adapte son fonctionnement à la fréquentation. OnDijon veille. Julien aussi : il vient d’éviter un nid-de-poule.

 19h • Les enfants réclament la piscine. Direction un équipement sportif métropolitain. Demain, ce sera peut-être le Zénith, une bibliothèque ou une autre sortie. Mais d’abord, il faut préparer le dîner.

21h • Dernier geste : les emballages dans le bac jaune, la vaisselle sous le robinet, les déchets qui repartiront cette nuit. Julien ferme les volets.

Et demain ?

Nathalie Koenders, première adjointe de François Rebsamen, est élue maire de Dijon en mars dernier. Pour l’heure, elle ne préside pas la métropole mais entend bien le faire si son mentor est élu sénateur. La première femme à diriger l’intercommunalité dijonnaise s’inscrirait alors dans les pas de François Rebsamen quant à sa vision de la coopération entre communes, qui doit rester sur la base d’un principe gagnant-gagnant.

Les projets ne manquent pas : destin de la Cité de la gastronomie et du vin dont le hall d’entrée représente une opportunité touristique majeure pour les 23 communes, troisième ligne de tramway, amélioration des dessertes en bus, développement des mobilités décarbonées, création et développement d’un Service express régional métropolitain et poursuite de la transition écologique. 

Le projet T3, encore soumis aux décisions des élus métropolitains, doit relier Chenôve à Cap Nord en desservant notamment Wilson, l’université et le CHU ; sa mise en service est envisagée pour 2030.

Reste la question du périmètre. Faut-il élargir encore la métropole pour mieux épouser le bassin de vie, alors que les dernières intégrations, Corcelles-les-Monts et de Flavignerot, datent de 2013 ?

« La peur politique, en 2001, était telle que des communes qui devraient être dans la métropole n’y sont pas. Nous n’avons pas l’unité du bassin de vie. La métropole de demain devrait sans doute intégrer des communes comme Asnières-lès-Dijon, Messigny-et-Vantoux ou Varois-et-Chaignot », estime enfin François Rebsamen. Tant de choses, en effet, restent à construire.