L’abbaye de Cîteaux inaugure son exposition sur la nature pré-parlementaire de l’ordre cistercien. Elle se tient dans le Définitoire, une belle bâtisse du XVIIIe siècle servant aux assemblées monacales, dont le rayonnement était européen.

« Bâtir la paix mutuelle, gouverner par la Charité : idéal et réalités. » Vaste sujet. La nouvelle exposition à l’abbaye de Cîteaux, du 26 juin à novembre, aborde pour la première fois la chose politique, tout en restant spirituelle et patrimoniale. Comment bâtir un monde commun ? Telle est la question fondatrice de l’esprit cistercien, posée il y a plus de 900 ans par les pères fondateurs. Et approuvée par le pape Callixte II, venu consacrer l’église de Saulieu. « Cîteaux inaugure un type d’organisation pré-parlementaire sans exemple au XIIe siècle », prévient notre guide en préambule à l’exposition, incluse dans la visite guidée de l’abbaye.

Dérogeant au système féodal, les Cisterciens assoient leur relation sur la Charte de Charité nourrissant l’esprit d’entraide et d’« amour mutuel » qui les lient. Cette charte s’est, entre autres, traduite en assemblées plénières (ou Chapitres généraux) pour délibérer et légiférer en commun. Passant en quelque sorte de l’utopie à la « realpolitik ». « C’était le premier Parlement européen puisque c’était le lieu où se rassemblaient des élus venant de toute l’Europe », commente un frère dans L’Émission Patrimoine de Stéphane Bern. Quand les abbés n’arrivaient pas à s’accorder, des conseillers ou « définiteurs » (du latin definire, légiférer) tranchaient. D’où le terme de définitoire pour désigner le lieu des colloques.

Sucrerie, usine de brosses, colonie pénitentiaire…

L’édifice de 80 mètres, de pierres et de briques sur trois niveaux, est assez vaste pour accueillir 500 délégués, tous abbés affiliés à l’abbaye-mère. « À la fin du XVIIe siècle, Cîteaux connait des difficultés. Le désir d’unanimité se perd. Par cette construction, l’unité des Cisterciens se réaffirme », explique-t-on encore. Au rez-de-chaussée, la partie consacrée à l’exposition faisait office de réfectoire.

Le définitoire proprement dit se tenait dans la partie ouest. « Il avait lieu chaque année en septembre, à une date qui correspond à la célébration de la Sainte Croix », renchérit le frère Bernard-Marie. Après la Révolution, alors que l’abbaye est vendue comme bien national, les lieux sont reconvertis en sucrerie, puis en usine de brosses, en ateliers d’ajustage, de ferronnerie et même en colonie pénitentiaire.

Frère Bernard-Marie devant le Définitoire de l'Abbaye de Cîteaux
Incluse dans le parcours guidé de l’abbaye, l’exposition est en relation directe avec le Définitoire, long de 80 m et qui fera l’objet d’une restauration. Présenté ici par le frère Bertrand-Marie, récemment élu conseiller municipal de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux. © E.P

Une prometteuse restauration

Une étude de restauration finalisée d’ici à l’automne est annoncée. Avec appel à la générosité. « Toutes les communautés cisterciennes vont participer à la restauration, chacun selon ses moyens, dons, prêts à taux zéro, prières… », assure le frère Bertrand-Marie, porté par la Charte de Charité qui, en 900 ans, a fait ses preuves.

Le projet a déjà bénéficié du soutien de la Fondation du Patrimoine et de la Mission Stéphane Bern, via le Loto du patrimoine. La vocation du définitoire est déjà tracée : il devrait abriter le Cerccis (Centre européen pour le développement de la culture cistercienne) présent à l’abbaye, adossé à un centre de ressource et d’expositions. Celle en cours a été confiée aux designers dijonnais Les Pistoleros. Soulignée de bleu, de rouge ou de vert, les présentoirs font un clin d’oeil à Etienne Harding, fameux enlumineur, rédacteur de la Charte de Charité et précurseur politique.


Abbaye de Cîteaux
« Bâtir la paix mutuelle, gouverner par la Charité : idéal et réalités »
Uniquement dans le cadre des visites guidées.
Entrée de 5,50 à 8,50€
Réservation en ligne – 03.80.61.32.58.

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